Le Nouveau Gabon : M. Lionel Zinsou, quelle est votre position sur la polémique qui a actuellement cours autour du FCFA en Afrique ?

Lionel Zinsou : Pour cette question de la sortie des pays africains de la zone franc CFA, je voudrais vous rappeler qu’il faut d’abord s’en tenir aux contours financiers, monétaires et économiques au lieu de se figer sur les considérations et controverses politiques.

 

C’est-à-dire…

Autrement dit, la question primordiale qu’il faut toujours se poser autour d’une monnaie, est celle de savoir, si elle fait bien son travail. Car, pour une monnaie, il faut qu’elle assure bien les paiements. Il faut par exemple qu’elle n’ait pas un marché noir. Or, en Afrique, il existe plusieurs monnaies qui ont des marchés noirs et de nombreux taux de change. De telle sorte que le plus souvent, on a du mal à maitriser sa valeur contre les principales devises. Heureusement, le franc CFA, comme d’autres monnaies, à l’instar de celles du Maghreb est une monnaie saine. Il n’a pas de marché noir et encore moins, de multiples taux de change.

La deuxième question qu’il faut se poser, c’est celle de savoir si elle conserve sa valeur. Est-ce qu’elle permet aux épargnants d’avoir une visibilité sur leurs transactions. C’est d‘ailleurs l’autre très grande fonction de la monnaie. Dans ce cadre, le FCFA dispose d’une très grande stabilité. Dévalué une fois en 70 ans, il a une très grande capacité de garder la valeur de l’épargne.

La troisième considération, c’est son intégration régionale. Le franc CFA est une monnaie qui permet à plusieurs pays d’échanger entre eux de façon très simple. C’est un facteur d’intégration très important des deux zones économiques que sont : la Cémac et de l’Uemoa. Non seulement, elle facilite les échanges, elle favorise également les mouvements financiers entre ces deux zones, ainsi que le fonctionnement des marchés financiers. Donc, si la question est de savoir si le FCFA fait son travail, nous pensons à ce niveau qu’il le fait effectivement.

 

Au-delà de ces différents aspects, y a-t-il d’autres critères qu’une monnaie doit également remplir ? 

Oui, il y a d’autres questions telles que la parité fixe. C’est un aspect que la plupart des pays recherchent avec leurs principaux partenaires. Si vous prenez par exemple les pays du Golfe, personne ne peut le nier, ce sont des pays riches et souverains, et maitres de leurs décisions en matière économique et financière. Leur monnaie a une parité fixe avec le dollar. Ce qui est un avantage considérable pour leurs économies. Car, une parité fixe est une visibilité de long terme vis-à-vis des pays avec lesquels on fait beaucoup d’échanges.

Or, dans cette logique, l’euro zone, première puissance mondiale d’exportation, est le premier partenaire de l’Afrique en matière d’importations, d’exportations, des investissements étrangers et pour l’Aide publique au développement. Ces quatre éléments sont hautement importants pour les pays de la zone franc. En outre, avec l’euro zone, l’on a une large visibilité sur les échanges.

Si vous prenez la zone rand, elle est en parité fixe avec le rand sud-africain. Pourquoi, parce que l’Afrique du sud est le premier partenaire des pays de l’Afrique australe. On a de nombreux exemples à travers le monde en matière de monnaie.

 

D’aucuns soutiennent que le franc CFA est un goulot d’étranglement des économies africaines

C’est une question qu’il faut bien appréhender. Car, il suffit de regarder la zone franc par rapport aux autres pays et à d’autres monnaies. Il se trouve que la zone de l’Uemoa est la région d’Afrique, où la croissance est plus forte depuis maintenant trois ans. Donc, il n’est pas établi que les pays de la zone franc soient en retard de développement par rapport à leurs voisins, lorsqu’on prend en considération tous ces aspects techniques.

 

Qu’en est-il des réserves de changes contenues dans les comptes d’opérations du trésor français?

A ce niveau on peut se dire qu’il y a évidemment de la place pour des réformes. Car, il n’est pas important que les réserves de changes soient partiellement contenues dans les comptes d’opérations du trésor français. Mais ce détail pour moi est secondaire. La zone franc est pleinement souveraine. Puisque l’on peut fixer la politique monétaire, les taux d’intérêts qui sont des éléments majeurs de la souveraineté monétaire.

En revanche, si on pense qu’il y a un trésor caché, avec les deux mois de réserves de changes dont dispose la Cémac, contre quatre pour la zone de l’Uemoa dans les comptes d’opérations du trésor français, il faut néanmoins relever que si ces réserves qui ne sont déjà pas très importantes pour couvrir le financement de nos importations, sont dépensées pour autre chose, alors on risque d’avoir des problèmes de liquidités. 

La preuve, beaucoup de pays du continent ont du mal aujourd’hui à importer, parce qu’ils n’ont plus assez de réserves de changes. En conclusion, il ne faut pas penser qu’il y a un trésor caché qu’il faut à tout prix récupérer.

Par contre, ce que j’observe, c’est qu’il y a très peu de gouvernements, même si on en compte quelques-uns, et très peu de chefs d’entreprises pour qui, cette question devient lancinante.

 

D’autres disent du franc CFA, qu’il est une devise étrangère, qu’en dites-vous ?

Oui certains vont jusqu’à attaquer le franc CFA au niveau de sa dénomination. Personne ne peut douter de l’indépendance du Rwanda avec le franc rwandais, de l’indépendance de la Suisse avec le franc suisse, en réalité moi, je crains que le changement de nom d’une monnaie n’ait vraiment pas d’importance. Mais, si c’est politiquement et symboliquement important, il y a de la place pour des réformes pour ce sujet.

 

Selon vous, à quel niveau se situe donc le problème ?

Le débat sur la sortie de la zone franc ne mérite pas de polémique. Et rien de tout ce qui se dit jusque-là autour du franc CFA ne mérite d’envenimer le débat. Pour moi, c’est un sujet qui doit plutôt être calme et traité par les spécialistes des questions économiques et financières.

 

Propos recueillis par Stéphane Billé

Reçu sur la radio soleil FM le samedi 19 Août 2017, le politologue Mathias Hounkpè s’est prononcé sur la situation politique nationale à l’heure de la rupture. Lisez plutôt.

Propos recueillis par DonklamAballo et Virgile Ahouansè

 

Mathias Hounkpè

Soleil Fm : Est-ce que pour les premiers pas posés jusque là vous avez l’impression que  Patrice Talon, politiquement, sait là où il va et qu’il a une ligne de conduite ?

Mathias Hounkpè : C’est très difficile à dire. Et quelques raisons peuvent expliquer ce genre de difficulté de lecture. Lorsque le Président prend le pouvoir avec la promesse ferme de ne faire qu’un seul mandat, cela suppose que la manière d’analyser ses stratégies politiques ne peut pas être la même que celle d’appréciation de la gestion de l’espace politique par un candidat qui veut faire ses deux mandats constitutinnels. Et donc naturellement, personne ne s’attendait à ce qu’il ait une stratégie particulière à part, je dirai, les dispositions pour garantir les majorités pour les politiques qui lui tiennent à cœur.  Je pense que de ce point de vue également, on verra tout à l’heure à travers les points que vous avez mentionnés ici,qu’il n’a pas, à mon avis, fait suffisamment attention de garantir les conditions minimales pour que les réformes qui lui tiennent à cœur soient passées.

 Mais les donnes ont changé depuis peu. La question du mandat unique est pratiquement dépassée maintenant...

« Nous nous sommes concertés pour en arriver là »

Le député Basile Ahossi

De Yayi Boni à Patrice Talon, il n’a pas changé. C’est un homme de principe et cela se remarque dans ses prises de position et son franc-parler. Dans cette interview accordée à votre quotidien Matin Libre, il l’a d’ailleurs martelé. « Léon Comlan Basile Ahossi est et reste de la mouvance présidentielle…, très critique ! ». A bien le suivre, c’est sa façon d’analyser autrement les choses, qui l’a amené à voter « abstention » pour faire échec au projet de modification de la Constitution, introduit à l’Assemblée nationale par le gouvernement. Pour le député de la 17ème circonscription électorale, c’est un vote qui a été bien peaufiné, ensemble avec ses collègues qui ont opté pour le rejet, le 4 avril 2017. Lire l’interview dans laquelle cet ancien cadre de l’administration douanière, a également fait le bilan de l’An 1 du chef de l’Etat au pouvoir, puis dénoncé les maux qui minent le Parlement, 7ème législature, que préside Me Adrien Houngbédji. 

 (Interview exclusive avec le président de Social Watch Bénin)

La Maison des Médias : Acteur principal de la société civile luttant pour la bonne gouvernance, vous avez suivi récemment la situation engendrée par l’organisation du concours à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS). l’Autorité nationale de lutte cotre la Corruption (ANLC) au regard des irrégularités qu’elle a relevées propose purement et simplement l’annulation de ce concours ce que vient de faire le Conseil d’Administration malgré la réplique du cabinet Agefic qui a organisé ledit recrutement qu’il estime transparent. Qu’est-ce qui selon vous doit changer dans l’organisation des recrutements dans la fonction publique, dans les offices ou sociétés publics pour la sauvegarde de la bonne gouvernance ?

Au Bénin, un an après son élection, le président Patrice Talon vient d’essuyer un revers politique. Il voulait mettre en place un mandat unique, mais mardi dernier, son projet de révision constitutionnelle a été rejeté par le Parlement. Patrice Talon va-t-il tout de même quitter le pouvoir en 2021, comme il l’avait promis lors de la campagne de l’an dernier ?

Patrice Talon: En ligne de Cotonou, le chef de l’Etat béninois répond aux questions de Christophe Boisbouvier. 

RFI : Est-ce que vous êtes surpris par le rejet de votre projet de révision constitutionnelle?

Patrice Talon : Certes, je suis un peu surpris. Mais les évènements de ces derniers temps auxquels RFI a largement contribué, je ne veux parler de l’intoxication, justifient bien ce qui s’est passé. Mais j’ai pris acte de cela, en bon démocrate.

Dans votre projet, il y avait la mise en place d’un mandat unique. C’était votre promesse de campagne. Mais aussi l’interdiction de toute garde à vue ou détention pour le chef de l’Etat ou les ministres en fonction. Certains y ont vu une prime à l’impunité…