Installés le jeudi 16 mai 2019, les 83 députés devant siéger pour le compte de la 8e législature ont bien des défis à relever. Issus tous, de deux blocs de la mouvance présidentielle, ce qui est inédit, ils disposent de 1460 jours pour remplir dignement ou trahir la mission que leur assigne la Constitution en toute indépendance.

 Par Alain SESSOU

4 ans pour combler ou non les attentes des Béninois

 Alain SESSOU

La mise en application des dispositions du nouveau Code électoral et de la Charte des partis politiques a révélé la fragilité du système législatif du Bénin. Ceci est renforcé par une interprétation polémique des lois électorales et le manque de vulgarisation des nouveaux textes votés. Si la 8e législature doit prendre la mesure des défis à relever, elle doit davantage veiller à la rectitude à l’hémicycle..

Tous les nouveaux représentants de la Nation sont sortis des entrailles de l’Union progressiste (Up) et du Bloc républicain (Br). Deux partis constitués à la veille des législatives du 28 avril 2019 et se réclamant tous, soutiens inconditionnels du président Patrice Talon. En clair, les deux partis représentés au parlement pour les quatre années à venir sont de la mouvance présidentielle. De quoi laisser perplexes certains observateurs de la vie politique sur leur indépendance et par ricochet, sur leur efficacité à constituer une véritable Institution de contre pouvoir.

À priori, il y a vraiment de quoi douter de la performance de la 8e législature par rapport au rôle classique que lui a dévolu la Constitution : légiférer et contrôler l’action du Gouvernement. En effet, tous autant qu’ils sont, les 83 députés sont élus grâce à l’onction du Chef de l'État.  Par conséquent, ils lui sont redevables. «Car tout s’est passé comme s’ils sont nommés par le président de la République », affirme un observateur attentif de la vie politique béninoise. Et pourtant c’est dans ces conditions qu’ils ont le devoir d’accomplir dignement leur mission aux yeux du peuple pour redorer le blason de la démocratie béninoise. D’où de gros défis à relever.

Corriger le tir en vue des prochaines échéances électorales

D’abord, la gravité de la crise politique engendrée par le processus électoral est préoccupante. Ensuite, les réactions peu favorables enregistrées à l’international et au plan national par rapport au scrutin ont besoin d’être prises au sérieux. D’où, une fois encore, la lourde responsabilité des élus de la 8e législature. À y voir de près, ils sont les premiers à répondre du tourbillon dans lequel nous ont propulsés les législatives du 28 avril dernier. Car, sur les 83 élus, plus de 40 députés de la 7e législature ont retrouvé leurs sièges. Et les géniteurs du nouveau code électoral et de la charte des partis qui ont conduit à la tenue des législatives non inclusives, créant du coup la grave crise, se confondent avec ces députés. Dès lors, le premier défi après l’installation est de prendre de la hauteur par rapport aux dommages créés consciemment ou non à la démocratie béninoise née de la Conférence nationale des forces vives de la Nation.

Aucune œuvre n’étant parfaite, les deux lois ont montré beaucoup de limites. Ce que doivent comprendre les députés. Et à partir de là, ils doivent s’atteler à corriger les erreurs qui ont empêché l’organisation des élections législatives inclusives le 28 avril denier. En principe, cela ne devrait poser aucun problème, d’autant que tous les 83 députés sont de la majorité parlementaire, soutiens inconditionnels du Chef de l'État. Et comme ils s’étaient entendus entre-temps certainement avec l’Exécutif pour concocter des lois qui ont posé tant de problèmes

 

La part des journalistes

Avant, pendant et après les législatives du 28 avril 2019, le traitement de l’information relatif au scrutin à bien des égards a manqué de professionnalisme au point de mettre en péril la paix. Il faut reconnaître que des efforts sont faits par certains acteurs des médias. Mais dans la plupart des cas, la communication a pris le pas sur l’information. Mais qu’à cela ne tienne : on pouvait hausser les épaules et dire tant mieux si tout au moins les faits étaient séparés des commentaires. On pouvait hausser les épaules si on ne faisait pas d’amalgames entre informations et les articles de communication.

Le comble qui en fait est un drame, c’est les informations imaginaires communément appelées Fake news qui non seulement ont entaché la période électorale, mais constituent des sources de déstabilisation permanente de la paix au Bénin. Juste deux faits. Le premier : Dimanche 12 mai en quelques secondes, le monde sera informé par les réseaux sociaux que le curé de la paroisse Sainte Cécile de Cotonou a été interpellé par la police républicaine pour diffamation lors de son homélie et poursuivi pour incitation à la haine. Deuxième fait, dans la même journée la toile s’enflamme par une folle rumeur annonçant l’encerclement à nouveau du domicile de l’ancien président Boni Yayi. Et cette fois-ci pour l’enlever. 

Deux « vraies » fausses informations qui sont de nature à fragiliser davantage la quiétude sociale. Il est vrai qu’on ne peut pas éviter que de soi-disant communicants mal intentionnés restent dans leur couloir de communication saupoudré de fake news. Mais de grâce, lorsqu’on choisit d’être journaliste, il faut s’obliger à respecter le code de l’éthique et de la déontologie. C’est pourquoi à partir de l’installation de la 8e mandature de l’Assemblée nationale, les journalistes et autres activistes de réseaux sociaux doivent savoir que la paix et la stabilité du Bénin dépendent du traitement qu’ils vont en faire. Autrement ils seront tenus responsables tout comme les hommes politiques de la déliquescence éventuelle de la démocratie béninoise.

 

  Béninois, seule la rectitude nous sauvera

Par Père Etienne SOGLO

 

Lisons d’abord ce texte biblique : « Dieu,… tu formas l’homme par ta Sagesse pour qu’il… gouverne le monde avec justice et sainteté, qu’il rende avec droiture  ses jugements … Le plus accompli des enfants des hommes, s’il lui manque la Sagesse que tu donnes, sera compté pour rien… Des cieux très saints daigne l’envoyer… qu’elle travaille à mon côté et m’apprenne ce qui te plaît. Car elle sait tout, comprend tout, guidera mes actes avec prudence, me gardera par sa gloire » (Sg 9, 1-2.6. 10-11).

Béninois, mes frères, pourquoi faut-il que notre vie politique, à chaque élection, marche en dents de scie : applaudissements, gémissements - applaudissements, gémissements… ainsi sans fin ? Pouvons-nous nier la valeur très opportune de la prière biblique ci-dessus ? Notre manque de sagesse, de discernement, de perspicacité, nous fait  tourner  en rond comme des gens enfermés dans le noir. Nous offrons l’image d’un pays sans boussole !

Visitons-nous le passé de ceux que nous élisons, soupesons-nous leur degré de rectitude ? Nous avions vomi Kérékou ; nous l’avons réélu pour encore le vomir. Aujourd’hui, nous avons un héros national en la personne de Boni Yayi. Dites-moi, il y a trois ans… Que savez-vous du trio Talon - Azannaï - Yayi ? Et aujourd’hui ? Que dites-vous du K.O. qui se lit et implique chaos : un acte vertueux dont les auteurs se sont vantés comme gens habiles. Mais un acte vertueux est répétitible en toutes périodes, en toutes circonstances, sous tous les régimes. Qui accepterait le K.O ? Que pensez-vous du K.O. d’aujourd’hui, non pas d’un trio, mais le K.O. du peuple, et cependant  inadmissible, n’est-ce pas ?

Je vous rappelle un épisode amusant : Il est interdit de faire de la propagande à vingt quatre heures des votes et, évidemment, a fortiori, le jour du scrutin. Mais nos mères, nos sœurs, nos filles avaient trouvé ingénu de se crier les unes aux autres le jour même du dernier scrutin présidentiel et jusque devant les urnes qu’elles y venaient « sur hauts talons ». Sur hauts talons, c’est un fait évident et c’est leur droit de le proclamer. Qui aurait osé les réprimer ? … Mais aujourd’hui tout le monde admettrait-il pareille ingénuité ?

On ne s’improvise pas honnête homme. Chacun de nous a une histoire faite d’une série d’actes, de comportements, d’habitudes, lesquels nous dessinent un visage que nous ne saurions contrefaire, pour nos besoins de circonstance, sans devenir un singe.

 

A chacun de faire un bilan moral

Une donnée de notre culture actuelle est de pratiquer et d’apprendre l’astuce à nos enfants,  en guise d’éducation. La résonnance de ma pensée est plus sonore en langue Fon : "Mi no kplon bibi, mi no kplon jijɔ a". La vertu qu’inculque l’éducation est qualité d’homme incrustée, permanente. La constance est sa caractéristique. L’astuce, elle,  guette les circonstances et l’opportunité ; elle joue à l’habileté, au plus malin.

Nous avons un parlement en vue, installé ce jeudi 16 mai 2019,  voté dans les conditions et les circonstances que l’on sait… Parmi les députés, s’en trouvera-t-il pour déposer ostensiblement le tablier en se posant la question de savoir qui il va représenter et pour qui il va décider ? C’est le signe de l’acquisition du pouvoir à tout prix, vaille que vaille, advienne que pourra.

Notre pays est malade de façon inquiétante, non seulement dans les sommets, mais aussi dans la masse. Nous nous sommes laissés aller à la dégradation morale, à l’esprit tarabiscoté, biscornu, au manque de logique ; nous prisons la rouerie. Quand il y va de notre intérêt, souvent d’ailleurs imaginaire, tous les sophismes sont bons. Il est ahurissant dans les campagnes d’entendre  raisonner les  travailleurs prétendument à la recherche de travail. Dès qu’ils en ont trouvé, écoutez-les débiter leurs nécessités à satisfaire, condition primordiale pour qu’ils commencent le travail.

L’argent une fois reçu, ils sont en situation de force pour commencer leur chantage et vous faire pirouetter. Ceci n’est qu’un exemple entre mille. Il faudrait faire le bilan moral de chaque lieu, de chaque conglomérat humain, de chaque institution. « Le navire Bénin » prend eau de toutes parts et donne l’impression d’un naufrage prochain faute de rectitude de vie dans nos divers secteurs.

Les croyants, les vrais, doivent savoir que le destin du pays leur est confié par Dieu et qu’ils en répondront. Chacun, dans son secteur de vie, doit vivre la rectitude en plus d’une pratique religieuse rigoureuse qui implique et exige cette rectitude. Aux chrétiens, par exemple, je recommande fraternellement la lecture de Sodome et Gomorrhe, effondrement définitif de deux villes  parce que Dieu n’y a pas trouvé dix justes (Gn 18, 16 - 19, 38). Combien de justes y a-t-il au Bénin ? Efforçons-nous d’en être en assumant  vaillamment une vie droite.

Pratique religieuse rigoureuse qui implique et exige la rectitude, ai-je dit. Et voici qu’au moment de l’écrire je découvre chez Saint Basile de Césarée cette phrase que je vous livre : « Le baptême n’est pas la suppression d’une souillure extérieure, mais l’engagement envers Dieu d’une conscience droite ». Ainsi se trouve tracé le chemin de vie des baptisés. Et toujours dans la ligne de la rectitude, je vous propose de lire et de méditer le Psaume 100 (Hébr. 101).

Voyez en outre comment les circonstances providentiellement nous interpellent. Les praticiens du bréviaire dans l'Église prient et supplient le matin du mardi dans la quatrième semaine de Pâques :

- « Dieu, Maître de la vie, restaure en nous l’image de ton Fils : que nous devenions en lui des créatures nouvelles.

- Détruis les germes de mensonge et de perversité : que nous vivions dans la vérité du Christ.

- Donne-nous d’abattre les murs qui séparent et de bâtir la ville où tous ensemble ne font qu’un.

- Change nos cœurs de pierre en cœur de chair : que nous renaissions d’en haut.

Réponse à ces supplications : «  Dans ton amour, Seigneur, souviens-toi de nous ». Oui, Seigneur, souviens-toi du Bénin !

Les chrétiens ont vécu leur carême et vivent maintenant leur Pâques. Les musulmans vivent leur ramadan. Ce ne sont pas des actes attachés à un temps, mais une mystique de vie. La conscience droite doit  être de toujours et, toujours, animer tout.

Il s’agit d’aboutir à la résurrection individuelle et collective. Le naufrage collectif n’est que le naufrage individuel multiplié par le nombre d’inconscients malheureux.

Oui, Béninois, seule la rectitude nous sauvera, et sortira notre pays du piétinement sinon de la reculade perpétuelle pour nous lancer dans le développement. Voyez le spectacle ahurissant des sorties de classes qui déversent dans nos rues des milliers d’enfants dans chacune de nos villes,  tous candidats à la désespérance parce que sans horizon. Une poudrière ? Non ! Un volcan en perspective ! Alors, prenons conscience.