La situation politique chaotique du Togo préoccupe l'Eglise catholique. Dans un message aux fidèles, le père Pierre Marie Chanel Affognon, aumônier national des cadres catholique plaide pour un engagement responsable de tous en faveur de la résolution de la crise.

"Votre engagement et votre conversion, avec de nouveaux choix sont indispensables pour un nouveau départ de notre pays vers la démocratie, l'Etat de droit, la justice sociale, la bonne gouvernance, la paix et le développement intégral", a-t-il lancé en prélude à la tenue du dialogue politique de Février 2018.

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Démarré le mercredi 1er novembre 2017, le Recensement Administratif à Vocation d’Identification de la Population (RAVIP) poursuit son cours sur toute  l’étendue du territoire national sur fond de colère par endroits. Ce  lundi 5 février, des habitants de Dèkoungbé ont affiché  leur déception face au processus d’organisation mis en place par le gouvernement.

Des résidents de Dèkoungbé se font enregistrer


« Découragement, colère, insatisfaction… ». Tels sont les signes perceptibles sur la plupart des visages des personnes venues se faire enrôler au poste t de Dèkoungbé ce lundi 5 février. Résidants dans l’arrondissement de Godomey, précisément aux alentours du complexe scolaire Saint Georges, les habitants de Dèkoungbé ont  affiché leurs mécontentements ce lundi matin, sur la manière dont est organisé le Ravip. C’est sous un hall peint en marron et jaune clair, que se font enregistrer les habitants de cette localité. Contre toute attente, les agents recenseurs opposent un refus catégorique pour la moindre déclaration , sur l’état des lieux et les conditions de travail sur le terrain. Selon l’agent principal de ce poste de travail, il leur est interdit de  donner la moindre information à la presse.  Malgré la faible affluence constatée ce jour,, l’opération  se déroule très lentement . « Depuis 5h que nous sommes venus ici jusqu’à l’heure où nous parlons ( 16 heures), nous sommes toujours assis sans savoir quand nous allons réellement rentrer », a affirmé l’une des femmes du lot. Les esprits s’échauffaient de part et d’autres. Avec la mine renfermée chez certains, la fatigue était également au rendez-vous chez d’autres qui n’avaient d’autres choix que de s’asseoir sur de petites briques, dans l’espoir d’être appelés suite aux différents numéros qui leur ont été distribués par les agents recenseurs.  Elie Hounkpatin, jeune étudiant à l’Université d’Abomey-Calavi (UAC), renchérit : «il y a trop de désordres autour du recensement, notamment l’insuffisance de postes d’enrôlement et l’absence totale des forces de sécurité sur les lieux ». De plus, selon quelques témoignages recueillis usr place, l’importance de cet outil du Ravip, semble être moins connue pour la majorité des habitants de cette localité. Pour certains, ils se sont déplacés malgré eux car ils ne maitrisent même pas l’utilité de l’outil. Pour d’autres, c’est juste pour remplir une formalité. « Je ne connais même pas sa signification(le Ravip) et en quoi il me sera utile. Mais je le fais pour éviter tout problème après », a confié M. Richard Kakpo. En revanche M. El Hadj Ganiyi A. Mama, chef quartier Godomey-Plateau, a démontré l’importance et l’utilité du Ravip. Selon lui, cette carte est véritablement un outil de développement dont va  profiter énormément le peuple béninois. Toutefois, l’autorité locale se désole de l’organisation n mise en place par le gouvernement.  « Notre arrondissement compte 49 quartiers et on nous a envoyé à peine une douzaine de kits pour les 6 mois. Ce qui fait que nous ne pouvons que faire un mois dans chaque quartier pour le moment », déclare Mama. Par ailleurs, il fustige. le processus de recrutement des agents recenseurs qui pour lui est un échec. Il explique que ces agents ne maîtrisent pas les terrains sur lesquels ils sont envoyés, ce qui fait qu’ils s’y perdent. A cet effet,  l’autorité locale s’essaye de faire une proposition de solutions au problème.  « Il faut que le gouvernement revoie sa copie en associant davantage, les gens qui connaissent le terrain afin d’avoir un résultat fiable », a-t-il lancé.

Marcel Fandji,

Journaliste-stagiaire à la Maison des Médias

 L’hypothèse fondamentale  sur laquelle repose tout ce papier est que les honorables députés qui ont voté, le 28 décembre 2017, pour le retrait du droit de grève aux travailleurs des secteurs de la Santé et de la Justice sont de bonne foi et animés des meilleures intentions pour le pays. Même dans cette hypothèse, ce vote représente une véritable menace pour l’intérêt général et pour la consolidation de la démocratie et des Droits de l’Homme au Bénin. Cette affirmation est soutenue par plusieurs raisons développées dans les lignes qui suivent.

Par Mathias Hounkpè

Adrien Houngbédji, président de l'Assemblée nationale

Première raison, rendre ce texte exécutoire ne serait ni plus ni moins qu’une violation flagrante de notre Constitution. Et invoquer la décision (très discutable sur laquelle nous reviendrons) de la Cour Constitutionnelle de 2011 (Décision DCC 11-065 du 30 Septembre 2011) qui a jugé le retrait du droit de grève aux hommes en uniformes conforme à la Constitution ne changera rien à cela. Il n’est pas dans notre intérêt, nous Béninois, d’encourager la violation de la Constitution, surtout par ceux qui en sont constitutionnellement les garants. Et il est parfaitement normal qu’un organe tel que la Cour constitutionnelle ou, le cas échéant, la Cour suprême, opère un revirement de jurisprudence si cela s’impose au regard du droit et de l’évolution du contexte et de l’intérêt général, sans pour autant qu’il s’agisse de revirements intéressés. Ceci est encore plus justifiable si une telle attitude permet de coller davantage à l’esprit et à la lettre de la Constitution.

Deuxième raison, rendre ce texte exécutoire, contribuerait à entériner une discrimination inutile entre les travailleurs béninois. En effet, si les députés sont convaincus qu’il est possible dans le contexte actuel du Bénin que les travailleurs puissent défendre de manière crédible leurs droits sans recours à la grève (ce dont on ne peut que douter !), pourquoi alors supprimer le droit de grève seulement pour une catégorie de travailleurs ? Il suffira de partager avec les Béninois la manière dont cela peut se faire et ensuite retirer le droit de grève à tous les travailleurs. Il convient de rappeler ici que l’article 8 de la Constitution, relatif au caractère sacré et inviolable de la personne humaine, place l’accès à la santé, à l’éducation, à la culture, à l’information, à la formation professionnelle, à l’emploi sur un pied d’égalité.

 Troisième raison, rendre ce texte exécutoire, constituerait une menace grave sur l’avenir de la démocratie et de l’Etat de droit au Bénin. En effet, les articles 20 (le caractère inviolable du domicile), 24 (liberté de presse), 25 (liberté d’aller et venir, liberté d’association, de réunion, de cortège et de manifestation), 31 (droit de grève), 37 (le caractère sacré et inviolable des biens publics) etc. sont rédigés dans le même esprit. La Constitution les a installés sur le même palier, celui des droits fondamentaux qu’ils consacrent et n’autorisent les députés qu’à voter des lois pour encadrer la jouissance desdits droits.

Le vote des députés pour le retrait du droit de grève aux travailleurs de la santé et de la justice n’est ni plus ni moins qu’une confusion de deux rôles. Il y a, d’un côté, le rôle de celui qui est chargé d’encadrer les conditions de jouissance d’un droit acquis (à l’aide de lois ordinaires) et de l’autre, le rôle de celui qui juge de l’opportunité du droit, un droit déjà consacré par la Constitution. Le 28 décembre 2017, et même en 2011 déjà, les députés étaient dans le premier rôle. Permettre et encourager cette confusion représente une menace grave sur tous les droits cités au paragraphe précédent. En continuant à prêter la bonne foi aux députés de la législature actuelle, il suffit d’imaginer un jour une majorité de députés qui ne seraient pas dans un tel état d’esprit. La même confusion, qui a conduit au vote du 28 décembre dernier, pourrait permettre le retrait de tout ou partie de tous les droits cités ci-dessus (y compris le caractère sacré et inviolable du bien public). Le danger de la situation actuelle ne tient donc pas seulement à ses conséquences immédiates, déjà fort redoutables, mais encore et peut-être davantage à ses conséquences futures qui seraient imprévisibles et totalement hors de contrôle. Ni les parlementaires actuels, ni la Cour constitutionnelle, ne sauraient ni n’auraient intérêt à prendre le risque certain d’une responsabilité aussi préjudiciables aux intérêts de la Nation et de la démocratie ! 

Quatrième raison, et pour m’en arrêter là aujourd’hui, rendre ce texte exécutoire ne serait rien d’autre qu’un encouragement à la violation des lois de la République qui a commencé depuis quelque temps. Le débat sur la violation du code électoral illustrée par la non installation du COS-LEPI (dans le cadre d’une complicité évidente entre le Parlement et le Gouvernement) est encore sur le tapis et il serait dangereux pour l’avenir du pays d’en rajouter. 

J’ai délibérément choisi de ne pas m’étendre sur l’idée qui consiste à considérer le traitement (salaires et autres) promis aux magistrats comme un facteur qui pourrait atténuer la gravité du retrait du droit de grève à ces derniers. Cette  attitude est extrêmement insultante, méprisante et humiliante non seulement pour les magistrats mais aussi pour les autres travailleurs et pour tous les Béninois. 

A mon humble avis, dans toutes les démocraties du monde, la recherche du juste milieu, permettant à chacun de jouir de ses droits sans pour autant représenter une menace pour les autres, est le chemin de la consolidation de la démocratie et de l’Etat de Droit. Trouver un meilleur encadrement au droit de grève (au lieu de son retrait pur et simple) est probablement la voie de la sagesse.

 

A suivre