Depuis quelques mois, la Guinée connait de vives tensions politiques causées par le changement annoncé de la constitution et la possibilité subséquente, pour le Président Alpha Condé, de solliciter un 3e mandat, alors qu’il achève son 2e et dernier mandat (selon la constitution actuelle) vers la fin 2020. Pour les supporters du projet, le but visé n’est pas de favoriser le Président Condé et ce dernier n’a encore jamais dit qu’il était intéressé par un 3e mandat. Pour ceux qui s’y opposent, le but ultime de toute cette entreprise est d’octroyer un 3e mandat au Président Condé.

Aujourd’hui, je voudrais juste partager quelques éléments qu’il vaudrait mieux, à mon humble avis, garder présent à l’esprit en ces moments que traverse la Guinée. Plus tard, j’analyserai les arguments avancés tant en faveur du projet de changement constitutionnel que contre.

Le premier élément qu’il faut garder à l’esprit est un enseignement tiré de l’expérience des démocraties dans le monde ; l’expérience, ce « guide qu’il faudrait toujours suivre chaque fois qu’on en a l’occasion » (selon James Madison). Pour Adam PRZEWORSKI (dans Why Bother with Elections, 2018), la probabilité qu’il y ait une alternance à la prochaine élection dépend du passé. Ainsi, dans des pays qui n’ont jamais connu l’alternance au pouvoir, la probabilité d’en avoir une à la prochaine élection est de 0.12. Dans les pays ayant connu une alternance lors de l’élection précédente, cette probabilité est, déjà, de l’ordre de 0.30. Dans les pays ayant connu deux alternances, la probabilité d’en avoir à la prochaine élection est de 0.45, quasiment une élection sur deux. Selon qu’il décide de se présenter ou non en 2020, le Président Condé pourrait réduire ou non les chances d’un transfert pacifique du pouvoir au sommet de l’Etat, inédit en Guinée.

Le deuxième élément concerne la situation spécifique de la Guinée qui inciterait certains à souhaiter le maintien au pouvoir du Président Condé. Le Libéria et la Sierra Léone, deux voisins de la Guinée ont, dans leur histoire politique récente, connu des années pénibles de guerre civile aux coûts humain, économique, politique, social extrêmement lourds. Pourtant, dans ces deux pays, les présidents Johnson Sirleaf et Ernest B. Koroma ont respecté la limitation des mandats et permis le transfert pacifique du pouvoir à de nouveaux présidents élus. Il est difficile d’imaginer quelles spécificités justifieraient que la Guinée fasse moins que ces deux pays, sur le respect de la limitation des mandats. Au contraire ! Faudrait-il le mentionner, selon Afrobaromètre, le nombre de Guinéens qui sont « d’accord » ou « tout à fait d’accord » avec la limitation des mandats présidentiels à 2 est de 84%, en 2013, et 85%, en 2015.

Troisième élément, la tendance générale dans la sous-région est plutôt au respect de la limitation des mandats. De fait, ce n’est qu’au Togo que, malgré la réforme constitutionnelle récente réintroduisant la limitation des mandats, il reste difficile de dire si elle sera respectée ou non. A l’exception notable de Faure Eyadéma (dans sa 15e année à la tête du Togo) aucun président en exercice n’a fait plus de 10 ans au pouvoir dans toute l’Afrique de l’Ouest. Pour nous, Ouest-Africains ou Africains, il est incompréhensible, inconcevable d’imaginer que le Professeur Alpha Condé, avec son expérience politique et sa compétence qui font autorité, choisisse de suivre l’exemple du Togo et non celui de la quasi-totalité des autres pays de la sous-région, à commencer par ses voisins immédiats déjà cités.

"Le Professeur Alpha Condé est trop intelligent pour se laisser embarquer dans cette histoire de 3e mandat". Voilà ce que m’a dit un citoyen guinéen lors de mon dernier séjour à Conakry, fin juillet dernier. Je suis également porté à croire que le Président Condé saura prendre la décision qui préserve la paix et la stabilité dans son pays, augmente les chances de consolidation de la jeune démocratie guinéenne et contribue à consolider la tendance générale en matière de respect de la limitation des mandats en Afrique de l’Ouest.

 

A Suivre !

 

 *Mathias HOUNKPÈ*

 Installés le jeudi 16 mai 2019, les 83 députés devant siéger pour le compte de la 8e législature ont bien des défis à relever. Issus tous, de deux blocs de la mouvance présidentielle, ce qui est inédit, ils disposent de 1460 jours pour remplir dignement ou trahir la mission que leur assigne la Constitution en toute indépendance.

 Par Alain SESSOU

4 ans pour combler ou non les attentes des Béninois

 Alain SESSOU

La mise en application des dispositions du nouveau Code électoral et de la Charte des partis politiques a révélé la fragilité du système législatif du Bénin. Ceci est renforcé par une interprétation polémique des lois électorales et le manque de vulgarisation des nouveaux textes votés. Si la 8e législature doit prendre la mesure des défis à relever, elle doit davantage veiller à la rectitude à l’hémicycle..

Tous les nouveaux représentants de la Nation sont sortis des entrailles de l’Union progressiste (Up) et du Bloc républicain (Br). Deux partis constitués à la veille des législatives du 28 avril 2019 et se réclamant tous, soutiens inconditionnels du président Patrice Talon. En clair, les deux partis représentés au parlement pour les quatre années à venir sont de la mouvance présidentielle. De quoi laisser perplexes certains observateurs de la vie politique sur leur indépendance et par ricochet, sur leur efficacité à constituer une véritable Institution de contre pouvoir.

À priori, il y a vraiment de quoi douter de la performance de la 8e législature par rapport au rôle classique que lui a dévolu la Constitution : légiférer et contrôler l’action du Gouvernement. En effet, tous autant qu’ils sont, les 83 députés sont élus grâce à l’onction du Chef de l'État.  Par conséquent, ils lui sont redevables. «Car tout s’est passé comme s’ils sont nommés par le président de la République », affirme un observateur attentif de la vie politique béninoise. Et pourtant c’est dans ces conditions qu’ils ont le devoir d’accomplir dignement leur mission aux yeux du peuple pour redorer le blason de la démocratie béninoise. D’où de gros défis à relever.

Corriger le tir en vue des prochaines échéances électorales

D’abord, la gravité de la crise politique engendrée par le processus électoral est préoccupante. Ensuite, les réactions peu favorables enregistrées à l’international et au plan national par rapport au scrutin ont besoin d’être prises au sérieux. D’où, une fois encore, la lourde responsabilité des élus de la 8e législature. À y voir de près, ils sont les premiers à répondre du tourbillon dans lequel nous ont propulsés les législatives du 28 avril dernier. Car, sur les 83 élus, plus de 40 députés de la 7e législature ont retrouvé leurs sièges. Et les géniteurs du nouveau code électoral et de la charte des partis qui ont conduit à la tenue des législatives non inclusives, créant du coup la grave crise, se confondent avec ces députés. Dès lors, le premier défi après l’installation est de prendre de la hauteur par rapport aux dommages créés consciemment ou non à la démocratie béninoise née de la Conférence nationale des forces vives de la Nation.

Aucune œuvre n’étant parfaite, les deux lois ont montré beaucoup de limites. Ce que doivent comprendre les députés. Et à partir de là, ils doivent s’atteler à corriger les erreurs qui ont empêché l’organisation des élections législatives inclusives le 28 avril denier. En principe, cela ne devrait poser aucun problème, d’autant que tous les 83 députés sont de la majorité parlementaire, soutiens inconditionnels du Chef de l'État. Et comme ils s’étaient entendus entre-temps certainement avec l’Exécutif pour concocter des lois qui ont posé tant de problèmes

 

La part des journalistes

Avant, pendant et après les législatives du 28 avril 2019, le traitement de l’information relatif au scrutin à bien des égards a manqué de professionnalisme au point de mettre en péril la paix. Il faut reconnaître que des efforts sont faits par certains acteurs des médias. Mais dans la plupart des cas, la communication a pris le pas sur l’information. Mais qu’à cela ne tienne : on pouvait hausser les épaules et dire tant mieux si tout au moins les faits étaient séparés des commentaires. On pouvait hausser les épaules si on ne faisait pas d’amalgames entre informations et les articles de communication.

Le comble qui en fait est un drame, c’est les informations imaginaires communément appelées Fake news qui non seulement ont entaché la période électorale, mais constituent des sources de déstabilisation permanente de la paix au Bénin. Juste deux faits. Le premier : Dimanche 12 mai en quelques secondes, le monde sera informé par les réseaux sociaux que le curé de la paroisse Sainte Cécile de Cotonou a été interpellé par la police républicaine pour diffamation lors de son homélie et poursuivi pour incitation à la haine. Deuxième fait, dans la même journée la toile s’enflamme par une folle rumeur annonçant l’encerclement à nouveau du domicile de l’ancien président Boni Yayi. Et cette fois-ci pour l’enlever. 

Deux « vraies » fausses informations qui sont de nature à fragiliser davantage la quiétude sociale. Il est vrai qu’on ne peut pas éviter que de soi-disant communicants mal intentionnés restent dans leur couloir de communication saupoudré de fake news. Mais de grâce, lorsqu’on choisit d’être journaliste, il faut s’obliger à respecter le code de l’éthique et de la déontologie. C’est pourquoi à partir de l’installation de la 8e mandature de l’Assemblée nationale, les journalistes et autres activistes de réseaux sociaux doivent savoir que la paix et la stabilité du Bénin dépendent du traitement qu’ils vont en faire. Autrement ils seront tenus responsables tout comme les hommes politiques de la déliquescence éventuelle de la démocratie béninoise.

 

  Béninois, seule la rectitude nous sauvera

Par Père Etienne SOGLO

 

Lisons d’abord ce texte biblique : « Dieu,… tu formas l’homme par ta Sagesse pour qu’il… gouverne le monde avec justice et sainteté, qu’il rende avec droiture  ses jugements … Le plus accompli des enfants des hommes, s’il lui manque la Sagesse que tu donnes, sera compté pour rien… Des cieux très saints daigne l’envoyer… qu’elle travaille à mon côté et m’apprenne ce qui te plaît. Car elle sait tout, comprend tout, guidera mes actes avec prudence, me gardera par sa gloire » (Sg 9, 1-2.6. 10-11).

Béninois, mes frères, pourquoi faut-il que notre vie politique, à chaque élection, marche en dents de scie : applaudissements, gémissements - applaudissements, gémissements… ainsi sans fin ? Pouvons-nous nier la valeur très opportune de la prière biblique ci-dessus ? Notre manque de sagesse, de discernement, de perspicacité, nous fait  tourner  en rond comme des gens enfermés dans le noir. Nous offrons l’image d’un pays sans boussole !

Visitons-nous le passé de ceux que nous élisons, soupesons-nous leur degré de rectitude ? Nous avions vomi Kérékou ; nous l’avons réélu pour encore le vomir. Aujourd’hui, nous avons un héros national en la personne de Boni Yayi. Dites-moi, il y a trois ans… Que savez-vous du trio Talon - Azannaï - Yayi ? Et aujourd’hui ? Que dites-vous du K.O. qui se lit et implique chaos : un acte vertueux dont les auteurs se sont vantés comme gens habiles. Mais un acte vertueux est répétitible en toutes périodes, en toutes circonstances, sous tous les régimes. Qui accepterait le K.O ? Que pensez-vous du K.O. d’aujourd’hui, non pas d’un trio, mais le K.O. du peuple, et cependant  inadmissible, n’est-ce pas ?

Je vous rappelle un épisode amusant : Il est interdit de faire de la propagande à vingt quatre heures des votes et, évidemment, a fortiori, le jour du scrutin. Mais nos mères, nos sœurs, nos filles avaient trouvé ingénu de se crier les unes aux autres le jour même du dernier scrutin présidentiel et jusque devant les urnes qu’elles y venaient « sur hauts talons ». Sur hauts talons, c’est un fait évident et c’est leur droit de le proclamer. Qui aurait osé les réprimer ? … Mais aujourd’hui tout le monde admettrait-il pareille ingénuité ?

On ne s’improvise pas honnête homme. Chacun de nous a une histoire faite d’une série d’actes, de comportements, d’habitudes, lesquels nous dessinent un visage que nous ne saurions contrefaire, pour nos besoins de circonstance, sans devenir un singe.

 

A chacun de faire un bilan moral

Une donnée de notre culture actuelle est de pratiquer et d’apprendre l’astuce à nos enfants,  en guise d’éducation. La résonnance de ma pensée est plus sonore en langue Fon : "Mi no kplon bibi, mi no kplon jijɔ a". La vertu qu’inculque l’éducation est qualité d’homme incrustée, permanente. La constance est sa caractéristique. L’astuce, elle,  guette les circonstances et l’opportunité ; elle joue à l’habileté, au plus malin.

Nous avons un parlement en vue, installé ce jeudi 16 mai 2019,  voté dans les conditions et les circonstances que l’on sait… Parmi les députés, s’en trouvera-t-il pour déposer ostensiblement le tablier en se posant la question de savoir qui il va représenter et pour qui il va décider ? C’est le signe de l’acquisition du pouvoir à tout prix, vaille que vaille, advienne que pourra.

Notre pays est malade de façon inquiétante, non seulement dans les sommets, mais aussi dans la masse. Nous nous sommes laissés aller à la dégradation morale, à l’esprit tarabiscoté, biscornu, au manque de logique ; nous prisons la rouerie. Quand il y va de notre intérêt, souvent d’ailleurs imaginaire, tous les sophismes sont bons. Il est ahurissant dans les campagnes d’entendre  raisonner les  travailleurs prétendument à la recherche de travail. Dès qu’ils en ont trouvé, écoutez-les débiter leurs nécessités à satisfaire, condition primordiale pour qu’ils commencent le travail.

L’argent une fois reçu, ils sont en situation de force pour commencer leur chantage et vous faire pirouetter. Ceci n’est qu’un exemple entre mille. Il faudrait faire le bilan moral de chaque lieu, de chaque conglomérat humain, de chaque institution. « Le navire Bénin » prend eau de toutes parts et donne l’impression d’un naufrage prochain faute de rectitude de vie dans nos divers secteurs.

Les croyants, les vrais, doivent savoir que le destin du pays leur est confié par Dieu et qu’ils en répondront. Chacun, dans son secteur de vie, doit vivre la rectitude en plus d’une pratique religieuse rigoureuse qui implique et exige cette rectitude. Aux chrétiens, par exemple, je recommande fraternellement la lecture de Sodome et Gomorrhe, effondrement définitif de deux villes  parce que Dieu n’y a pas trouvé dix justes (Gn 18, 16 - 19, 38). Combien de justes y a-t-il au Bénin ? Efforçons-nous d’en être en assumant  vaillamment une vie droite.

Pratique religieuse rigoureuse qui implique et exige la rectitude, ai-je dit. Et voici qu’au moment de l’écrire je découvre chez Saint Basile de Césarée cette phrase que je vous livre : « Le baptême n’est pas la suppression d’une souillure extérieure, mais l’engagement envers Dieu d’une conscience droite ». Ainsi se trouve tracé le chemin de vie des baptisés. Et toujours dans la ligne de la rectitude, je vous propose de lire et de méditer le Psaume 100 (Hébr. 101).

Voyez en outre comment les circonstances providentiellement nous interpellent. Les praticiens du bréviaire dans l'Église prient et supplient le matin du mardi dans la quatrième semaine de Pâques :

- « Dieu, Maître de la vie, restaure en nous l’image de ton Fils : que nous devenions en lui des créatures nouvelles.

- Détruis les germes de mensonge et de perversité : que nous vivions dans la vérité du Christ.

- Donne-nous d’abattre les murs qui séparent et de bâtir la ville où tous ensemble ne font qu’un.

- Change nos cœurs de pierre en cœur de chair : que nous renaissions d’en haut.

Réponse à ces supplications : «  Dans ton amour, Seigneur, souviens-toi de nous ». Oui, Seigneur, souviens-toi du Bénin !

Les chrétiens ont vécu leur carême et vivent maintenant leur Pâques. Les musulmans vivent leur ramadan. Ce ne sont pas des actes attachés à un temps, mais une mystique de vie. La conscience droite doit  être de toujours et, toujours, animer tout.

Il s’agit d’aboutir à la résurrection individuelle et collective. Le naufrage collectif n’est que le naufrage individuel multiplié par le nombre d’inconscients malheureux.

Oui, Béninois, seule la rectitude nous sauvera, et sortira notre pays du piétinement sinon de la reculade perpétuelle pour nous lancer dans le développement. Voyez le spectacle ahurissant des sorties de classes qui déversent dans nos rues des milliers d’enfants dans chacune de nos villes,  tous candidats à la désespérance parce que sans horizon. Une poudrière ? Non ! Un volcan en perspective ! Alors, prenons conscience.

 

Au gré de mes lectures, je suis tombé, il y a quelques jours, sur le livre de Steven Levitsky et Daniel Ziblatt intitulé "Comment meurent les démocraties", publié chez Crown New-York en 2018. A la lecture de ce livre, je ne peux m’empêcher de partager avec vous de larges extraits, ci-dessous que j’ai tirés des pages 77 à 96. L’ouvrage, tel un livre d’histoire, fourmille d’illustrations que les auteurs se sont procurées sur tous les continents pour étayer leurs affirmations. Cet article, le premier, ne porte que sur l’une des manières par lesquelles les démocraties peuvent mourir, d’autres étant exposées dans le livre. En l’occurrence, il s’agit de la stratégie qu’ont utilisé et utilisent encore des gouvernants élus démocratiquement pour assassiner la démocratie de manière méthodique.

Je reviendrai prochainement sur d’autres aspects développés dans cet ouvrage.  En ce qui concerne le présent papier, je précise que les ajouts venant de moi-même sont mis entre crochets, pour éviter toute confusion avec les propos des auteurs du livre.  

"… La méthode à laquelle recourent des leaders élus démocratiquement [pour miner, travestir, fausser, subvertir la démocratie] est simple mais subtile. Généralement, l’assaut contre la démocratie commence doucement […] de manière presqu’imperceptible pour la plupart des citoyens [puisque] les élections s’organisent toujours, l’opposition est toujours représentée au Parlement et les journaux indépendants circulent encore.

L’érosion de la démocratie se fait par bribes, à petites touches successives, par de menues mesures […] généralement prises sous un vernis légal puisqu’elles sont adoptées par le Parlement et jugées conformes à la constitution par la Juridiction constitutionnelle, sous le couvert de la poursuite d’objectifs légitimes, parfois même louables, tels que la lutte contre la corruption, l’amélioration de la qualité de la démocratie, le renforcement de la sécurité de la nation, l’assainissement du processus électoral…

Afin de mieux comprendre comment fonctionne l’assaut contre la démocratie, il est utile d’imaginer un match de football. Afin de garantir la victoire, il faut commencer par contrôler l’arbitre, ensuite écarter au moins certains des meilleurs joueurs (stars) de l’autre équipe, enfin réécrire les règles du jeu afin de consolider les avantages acquis …

Voyons maintenant comment tout ceci peut s’appliquer en politique

Dans les Etats modernes, il y a plusieurs institutions chargées de mener des investigations et de sanctionner les fautes [commises] aussi bien par les officiels que par les citoyens ordinaires. Il s’agit, entre autres, du système judiciaire, des organismes en charge de faire respecter les lois, des services de renseignement, du service des impôts, des autorités de régulation […] Contrôler ces entités non seulement met le gouvernement à l’abri, mais encore lui offre un puissant moyen de faire appliquer la loi de manière sélective … [Ce sont les arbitres !]

Une fois les arbitres sous contrôle, [l’on] peut maintenant se tourner vers les opposants. Les autocrates [de notre époque] n’éliminent pas toutes traces de dissidences [comme cela se faisait par le passé]. Plusieurs d’entre eux font l’effort de s’assurer que les acteurs-clés, [c’est-à-dire] toutes personnes capables de mettre en difficultés le gouvernement, sont écartés, affaiblis ou achetés. Par acteurs-clés il faut entendre [ici, non seulement] les opposants politiques [mais encore] les hommes d’affaires qui financent l’opposition, les grands organes de presse et, dans certains cas, les leaders religieux ou [socio-]culturels qui jouissent d’une certaine stature morale publique.

Une fois les acteurs majeurs de l’opposition, les médias et les hommes d’affaires écartés ou achetés, l’opposition est complètement dégonflée, réduite à la portion congrue. L’on peut maintenant passer à la vitesse supérieure, c’est-à-dire changer les règles du jeu. Afin de consolider leur pouvoir, les autocrates des temps modernes lancent des réformes de la constitution, du système électoral et d’autres institutions de manière à désavantager ou affaiblir considérablement l’opposition … 

En contrôlant les arbitres, en affaiblissant les opposants et en changeant les règles du jeu, les leaders élus peuvent établir un avantage important – et permanent – sur leurs opposants. L’une des plus grandes ironies de cette manière dont meurent les démocraties est que la défense de la démocratie peut être utilisée comme prétexte pour l’anéantir.

 

A suivre !

Mathias HOUNKPE

 

Il n’y a pratiquement plus d’élection en Afrique où l’on n’observe une utilisation massive des réseaux sociaux, que ce soit par les candidats eux-mêmes ou les citoyens. Ces dernières années, du Sénégal au Kenya ou encore de l’Afrique du Sud en Algérie, les candidats aux différentes élections, à des degrés divers selon les pays, semblent ne plus pouvoir se passer des réseaux sociaux dans leurs stratégies de campagne électorale. Afin de séduire les électeurs, tout y passe : du compte twitter à la page Facebook sans parler des vidéos sur Youtube ! Des activistes des réseaux sociaux sont mobilisés, souvent à plein temps, par les équipes de campagne des candidats pendant les périodes des élections.  

D’où la question de savoir si réellement les réseaux sociaux peuvent aider sinon à gagner les élections, du moins à accroître les chances de gagner les élections en Afrique. La question est loin d’être anodine. Deux raisons au moins, confirment le bien-fondé de s’interroger et, mieux, devraient inciter les politiciens à ne pas attacher plus de prix qu’il n’en faudrait à l’influence des réseaux sociaux et de l’Internet.

Comme le montre bien la figure no.1 ci-dessus, représentant des données tirées du rapport « Measuring the Information Society 2017 » de l’Union Internationale des Télécommunications (UIT), le taux d’utilisation d’Internet est plutôt encore assez faible en Afrique de l’Ouest. A l’exception du Cap-Vert et du Ghana qui sont aux environs de 50 et 40 %, tous les autres pays sont à moins de 30%, avec la Guinée et la Guinée Bissau fermant la marche à moins de 10%. Même si ces pourcentages ont dû augmenter depuis 2016, et que le taux de pénétration de l’Internet est assez remarquable, il n’est pas exagéré de penser que l’Afrique de l’Ouest et, au-delà, une bonne partie de l’Afrique sont encore globalement loin de l’utilisation universelle de l’Internet.

La figure no.2, dont les données sont tirées du Round 7 (2017-2018) des sondages Afrobaromètre, montre clairement que la Radio et la télévision, avec au minimum 60% et un peu moins de 30%, demeurent les sources d’information les plus utilisées par les citoyens. L’Internet et, particulièrement, les réseaux sociaux – avec au maximum un peu plus de 30% au Nigéria et moins de 10% au Mali – ne constituent pas des sources privilégiées d’information des citoyens.

Les figures no.1 et 2 devraient, logiquement, inciter à la réserve quant à l’importance de la contribution des réseaux sociaux au succès électoral. Cependant, cette image plutôt mitigée est à nuancer pour trois autres raisons.  

Comme le montre bien la figure no.3, ci-dessus, représentant des données tirées du rapport « Measuring the Information Society 2017 » de l’Union Internationale des Télécommunications (UIT), le taux de souscription au téléphone cellulaire est plutôt assez élevé. D’un minimum de plus de 60% en Guinée Bissau, il a atteint près de 140% en Gambie et au Ghana. Sachant qu’en général, les opérateurs GSM sont les fournisseurs d’internet dans la plupart des pays africains, ces taux assez élevés de souscriptions au téléphone cellulaire devraient rendre l’Internet plus accessible qu’on ne saurait l’imaginer. Mieux, les citoyens, sans être des abonnés à Internet de façon continue, peuvent, selon leurs moyens, s’acheter quelques heures de connexion par jour pour naviguer sur les réseaux sociaux. C’est la première raison.

La deuxième raison qui fait qu’il faut nuancer le jugement qu’aurait pu inspirer les figures no.1 et 2 vient de ce qu’il y a un degré de connexion/jonction entre les réseaux sociaux et les médias traditionnels tels que la radio et la télévision. C’est ainsi qu’un sujet posté ou discuté sur Twitter ou Facebook peut se retrouver, seulement quelques heures après, l’objet de discussions à la radio ou à la télévision. Cette jonction, dont il est encore difficile d’apprécier l’ampleur ou le niveau, lève une partie des limites que constitue le faible taux de recours aux réseaux sociaux par les citoyens pour la recherche de l’information.

 La troisième raison qui fait qu’il faut nuancer le jugement qu’auraient pu inspirer les figures no.1 et 2 vient de ce que les réseaux sociaux sont essentiellement utilisés par les jeunes. Et il est unanimement reconnu aujourd’hui que les jeunes constituent une grande majorité des électeurs dans les pays africains, notamment entre 18 et 35 ans, voire 40 ans. En allant à la chasse aux électeurs sur les réseaux sociaux, les candidats aux élections sont sûrs d’y rencontrer un grand nombre d’électeurs potentiels et, par conséquent, d’augmenter leurs chances d’engranger des votes. 

Même si le taux de pénétration de l’Internet est encore loin de la couverture universelle en Afrique, le recours aux réseaux sociaux demeure important pour les candidats aux élections en Afrique à cause du développement extrêmement rapide des téléphones cellulaires, de la jonction entre les réseaux et les médias traditionnels et du fait que les jeunes sont les plus grands utilisateurs des réseaux sociaux. Sans être la panacée, le recours aux réseaux sociaux par les acteurs politiques peut s’avérer d’une grande utilité, voire d’une grande efficacité pour peu que cela soit non pas à l’aveugle, mais assorti d’une stratégie assez réaliste et bien ciblée.

Mathias HOUNKPE, Politologue

La polémique suscitée par les dispositions du nouveau code électoral n’a pas suffit à faire reculer les députés. Fortement soutenu par les députés du Bloc de la Majorité Parlementaire (BMP), le code a été adopté le 03 septembre 2018, après les débats qui l’ont précédé depuis la semaine écoulée.

Voici l'intégralité de ce texte de loi qui va désormais régir les élections en République du Bénin.