Un jugement rendu il y a 49 ans, exécuté il y a 48 ans, est ressuscité depuis quelques années par certaines personnes pour exproprier des propriétaires terriens à Hêvié, Tori Avamè et Houèdo. Conséquence, les déguerpissements opérés sur des dizaines d’hectares sèment la terreur et les victimes soupçonnent une manipulation grossière de la justice et des autorités locales.

04 avril 2012. Il y a comme un tremblement de terre chez Edouard Codo, lorsqu’il reçoit une signification de jugement qui lui enjoint de déguerpir d’un domaine qu’il a acquis depuis 1993 à Hêvié, dans la commune d’Abomey-Calavi. Ce sont les héritiers de feu Tchin A. Affodji qui lui opposent cette décision de justice. Celle-ci a été prise sur la base d’une autre décision réputée prise le 14 novembre 1970 et qui octroie à leur parent un domaine sur lequel se serait retrouvé Edouard Codo. Effaré, le retraité ne sait quoi faire et assiste impuissant à l’assaut contre ses biens.

Comme lui, une centaine d’acquéreurs de parcelles sont sous les mêmes menaces d’expulsion et de déguerpissement forcé. Une ordonnance, n°10/1CRC/16 du 14 juin 2016 liste ainsi une vingtaine d’acquéreurs que le tribunal de première instance d’Abomey-Calavi ordonne d’expulser, à la requête des mêmes héritiers de feu Tchin A. Affodji. Concrètement, ce sont près de 200 hectares qui sont concernés par cette opération inédite, allant de Tori Avamè à Hêvié jusqu’à Houèdo.

Là où le faux se révèle

Malgré la violence employée pour exécuter cette décision de justice, des témoins n’ont pas manqué de dire ce qu’ils savent des terres objets de litige.

Eunagnon Trékpo est l’un de ces courageux. Il est un témoin vivant du jugement d’homologation du procès-verbal de délibération du conseil de famille des héritiers de feu Tchin A. Affodji. « Les héritiers de feu Tchin A. Affodji ne sont propriétaires d’aucun domaine de terre sis au lieudit Djogbé Sato à Hêvié comme le rapporte le jugement d’homologation du procès-verbal de délibération de conseil de famille, dans lequel mon nom est cité comme témoin », avoue le vieil homme. Il déclare sur l’honneur que les domaines ayant fait l’objet du jugement de novembre 1970 ont déjà été morcelés et vendus. De fait, il s’est avéré impossible de retrouver au greffe du tribunal de Cotonou, le jugement 165 bis du 14 novembre 1970, sur la base duquel les ayant-droits de feu Tchin A. Affodji fondent leurs actions.

En dehors des tentatives individuelles qui ont échoué, le greffier en chef du tribunal de première instance de Cotonou n’en trouve pas trace jusqu’ici dans les archives de la juridiction. Sollicitée à deux reprises par des huissiers de justice requis à cet effet, elle a régulièrement signifié que les fouilles opérées n’ont pas permis de retrouver la décision initiale que brandissent pourtant les pseudo propriétaires terriens. Le 28 décembre 2018, maitre Désirée Tossounon Zakari A. greffier en chef du tribunal de première instance de Cotonou, suite à la requête de l’huissier Antoine C. Lassehin, n’a pas dit autre chose. « Les recherches effectuées à ce jour pour vérifier l’existence réelle du jugement civil dit N°165 bis rendu le 14 novembre 1970 sont demeurées infructueuses. Lesdites recherches se poursuivent », assure la femme de droit. Les propriétaires spoliés de leurs biens soupçonnent alors un faux grossier, une falsification de décision de justice qui a déjà permis d’arracher des familles entières de leurs maisons.

Un mode opératoire rocambolesque

Un collectif des victimes a été formé. Il compte aujourd’hui environ une centaine de personnes. De fait, les recherches ont permis de découvrir que le jugement introuvable 165 bis ressemble trait pour trait à un autre jugement, 167 du même jour 14 novembre 1970, par lequel le même tribunal de Cotonou connaît du cas de Tchin A. Affodji face au sieur Mèhounou Kouton. Sur le même dossier opposant les mêmes parties, le tribunal de Cotonou est ainsi censé avoir pris le même jour deux décisions absolument identiques, en affublant l’une d’elles de la référence 165 bis. Un témoin de l’époque, Tchoudi Hodaï admet formellement que ledit jugement a déjà été exécuté depuis 1971, les domaines concernés ayant été morcelés et vendus depuis longtemps par leurs ayant-droits. « C’est à tort qu’ils font établir des titres fonciers sur Djogbè Zoungo, titres qu’ils transposent à volonté sur d’autres localités en cas de résistance des vrais ayant-droits », déclare –t-il.

C’est là en effet que le dossier se corse. Sur la base du jugement dont personne ne trouve trace au greffe du tribunal de Cotonou, les ayant-droits de feu Tchin A. Affodji se sont fait établir des titres fonciers, notamment depuis 2013. Les victimes n’hésitent pas alors à parler de « faux et usage de faux ». Ils se confient au président et au procureur de la république près le tribunal de première instance d’Abomey-Calavi à travers un mémoire déposé le 11 janvier 2019 auprès de cette juridiction. Dans ce document, ils font observer qu’il s’agit d’un « jugement imaginaire qui reprend le caduque 167 de la même date dans ses qualités, motifs et dispositifs. » Mais il n’a pas suffi de reprendre mot pour mot le jugement 167, il a fallu également obtenir la complaisance d’une bonne partie de l’administration foncière, au plan communal et central, mais aussi de solides complicités au sein de l’appareil judiciaire.

Chaque fois que les titres fonciers douteux font l’objet de dénonciation et de résistance farouche de la part des acquéreurs vigilants dans une localité donnée, la manœuvre se déplace ailleurs, toujours dans la zone, au grand dam des acquéreurs dont la quiétude est ainsi mise à rude épreuve. En attendant d’ouvrir un pan de cette autre manœuvre, on peut souligner que bien que la cause soit déjà au tribunal, les déguerpissements et altercations se multiplient dans la commune d’Abomey-Calavi.

Olivier ALLOCHEME 

Les cérémonies de décès du dernier roi d'Abomey, Dédjalagni Agoli Agbo ont officiellement commencé depuis le 11 août 2018. Elles ont duré plusieurs mois. Elles ont été constituées d'une succession de rituels, les uns aussi importants que les autres avec tout ce qu'ils ont de hautement sacré. Que savoir de ces rituels ? Nous avons fait pour vous une incursion dans l'intimité de la tradition dans la cité des Guédévi .

Dans le royaume du Danxomè, quand le Monarque rejoint ses ancêtres, le grand public n'est pas informé de ce qui se passe dans la discrétion. Seuls les fils majeurs dont le Vidaxo (successeur désigné du roi), c'est-à-dire ceux qui ont déjà une femme et une progéniture sont informés. Ceux qui sont mineurs, c'est-à-dire les moins de 15 ans ne le sont pas. Si le décès intervient par exemple autour de 18h, avant 21h, le Monarque est enterré déjà. Et n'importe qui ne participe pas à cet enterrement, seuls les plus proches y participent. 

On fait appel à des fossoyeurs spéciaux. Ils viennent de Houawé. Ils viennent devant le Palais. On prend une toile noire pour leur bander les yeux. On les amène au lieu qui a été choisi pour creuser la fosse devant servir comme dernière demeure du Monarque. Des fois avant sa mort, le Monarque même a déjà préparé son enterrement en apprêtant tout ce qu'il faut pour son ensevelissement. Il a déjà acheté le pagne avec lequel on va le couvrir. On l'appelle Xhalokpakpa (la main aux quatre doigts, sans le pouce). Sa longueur fait à peu près 18 mètres. Le roi est enterré sans cercueil. On le met dans son " Li, c'est-à-dire le tombeau après avoir fait tout ce qu'il y a comme sacrifices et libations. Quand on finit de fermer la fosse, on bande à nouveau les yeux aux fossoyeurs et on les sort du Palais.  Ils ne devront plus jamais remettre les pieds à Abomey, sauf si un autre Monarque rejoint ses ancêtres. Personne ne doit savoir aussi que c'est eux qui ont fait la fosse qui a servi à ensevelir le roi. Après çà, la vie redevient normale au Palais. Pas de fuite d'annonce du décès du roi.

En attendant le sacre du futur roi, c'est le premier ministre du roi qui libère les affaires courantes du royaume. C'est à eux d'annoncer la date à laquelle la mort du Monarque sera rendue publique. Ce délai peut être plus de trois mois. Mais jamais moins de trois mois. Cette annonce s'appelle Assikplata ou le Zankoukou . Toute la famille royale se rassemble, croise les bras sur la tête dans une lamentation prolongée pour annoncer ensemble la disparition du Monarque. Cette lamentation d'ensemble commence depuis la maison jusqu'à l'extérieur de celle-ci.  Ce cri est accompagné du Zinli (41). Et c'est en ce moment que les sujets, c'est-à-dire la population apprend la maladie en même temps que la mort du roi. Personne ne verra son corps. Mais tout le monde est convaincu de ce qu'il est réellement mort. Il faut préciser qu'avant l'annonce officielle, aucun tambour ne doit résonner dans le royaume. Pas de cérémonie bruyante.  

Après la cérémonie des 41 Zinli, des sacrifices et autres libations se font. Mais pas au vu et au su du grand public. La famille continue aussi de recevoir les condoléances des uns et des autres. Dans l'ancien temps, lorsqu'on met le roi dans son  Li, on ferme la fosse jusqu'au 3/4 et le 1/4 qui reste demeure ouvert. C'est le jour du Assikplata qu'on ferme 1/4 qui reste. C'est ça ce qu'on appelle le Zankou.

Pour être plus précis sur les rites funéraires royaux dans le royaume du Danxomè, signalons qu'une  pratique ancienne consistait à faire accompagner le défunt souverain d'une partie de ses épouses et de quelques-uns de ses serviteurs. Un Vidaxo comme le prince Ahanhanzo fut aussi accompagné dans son sépulcre par un jeune serviteur Nagot qui est désormais représenté dans le Assin de la collectivité Ahanhanzo comme membre à part entière de la famille.

À en croire les historiens, cette pratique n'est pas une invention du royaume du Danxomè et était déjà connu dans l'Égypte antique. De façon précise et selon d'autres sources que nous avons consultées, tous les rois du Danxomè se font enterrer par 41 de leurs épouses. Mais aujourd'hui, la tradition a évolué et aucune épouse n'accepterait de nos jours qu'on l'enterre avec son époux quoiqu'en soit le degré d'amour. Quand ont fini le Zankou, c'est la question de succession du roi défunt qui devient la préoccupation majeure.

Dans l'ancien temps, la succession précède les obsèques du roi défunt. Dès qu'on a fini l'ensevelissement du roi défunt et qu'on a congédié les fossoyeurs, les cérémonies d'intronisation du prochain roi débutent puisqu'il était déjà connu et c'est lui qui se chargera d'organiser les obsèques de son père, le roi défunt. Mais de nos jours, il est difficile de le faire car la succession n'étant plus automatiquement patrilinéaire, toutes les lignées royales aspirant à désigner le successeur. 

Les détails du Assikplata 

Généralement, pour annoncer le départ d'un roi vers ses ancêtres, c'est un des Migan qui vient porter la nouvelle aux sujets du roi, c'est-à-dire le peuple. Le Migan lui-même est informé par le Tavi qui est le premier responsable des pompes funèbres royales. C'est lui qui est installé sous le grand parasol qu'on remarque souvent à des occasions solennelles. Il a la réputation de parler très peu. C'est lui qui constate le décès et informe le Migan qui, à son tour, vient porter la nouvelle. Dès que l'information est donnée, il y a un certain nombre de rythmes qui retentissent.  

 

D'abord avant qu'on annonce le deuil, il y a le rythme qui annonce la sortie du roi qu'on appelle Dogba. Ce rythme est précédé du Kpalingan qui loue d'abord le roi. Et c'est après ça qu'on vient annoncer la mort du roi. Dès qu'on annonce le décès du Souverain, il y a des coups de canon qui sont tirés (au total 41). Dès que le premier coup de canon part,  nous avons une série de 41 groupes de Zinli qui commencent par jouer tous au même moment. Et c'est ça qui annonce le deuil. On les laisse jouer pendant un certain temps. Et pendant qu'ils jouent, les fils du roi défunt, les Gbonougan (Ministres du roi)...sont officiellement autorisés à pleurer. C'est pour cela qu'on appelle ce moment en fongbé (langue fon) Assikplata , c'est-à-dire porter les mains à la tête. Cette posture exprime bien l'attitude de quelqu'un qui est dans la détresse. Celui qui a perdu uniquement son père utilise la main gauche. Celui qui a perdu uniquement sa mère utilise la main droite. Celui qui a perdu les deux parents utilise les deux mains. Après ça, on les invite à s'asseoir. 

 L'animation par les 41 Zinli va se poursuivre et ceux qui s'occupent des pompes funèbres royales viennent avec des morceaux de percale, avec de l'argent et des bouteilles de Gin royal (liqueur). Chaque musicien qui est sur le vase en pot de terre reçoit un foulard, de l'argent dans le vase et la bouteille de Gin qu'on lui porte à la bouche. Ce geste sera répété au niveau de chaque musicien. Le morceau de percale qui leur a été remis est entouré autour du vase. Et c'est cela qui signifie en fongbé, Yé bla ta nou Zinli lè (on a coiffé les Zinli ). Pendant que l'animation se poursuit, tous ceux qui veulent, peuvent déposer des présents pour accompagner les enfants éplorés et la famille royale. C'est ça le Zindo de façon générale. Mais dans le cas d'espèce, on parle de pleurs. C'est-à-dire on a pleuré pour le roi (yé yavi nu dokounon). 

À la fin, on fait le point de tout ce qui a été collecté. L'annonce du montant global est faite publiquement. C'est après cela que les gens vont se retirer et on va programmer l'arrivée du Honton, l'ami du roi. C'est lui qui se charge de faire le Godido qui est une étape très importante dans les obsèques du Souverain et qu'on ne doit pas négliger. Le Godido est une cérémonie qui permet à l'ami intime du défunt de venir le couvrir d'une manière particulière aussi avec le Godo qui est en fait le calicot, un genre de sous-vêtement. Il est fait d'un petit morceau de tissu avec lequel on couvre le sexe. Le cadavre doit être protégé à partir de ses orifices pour éviter la décomposition rapide. Seul celui qui vous est vraiment cher peut jouer ce premier rôle, c'est-à-dire boucher les orifices du cadavre avec le Godo. Et la partie qu'on protège, c'est le sexe. Donc c'est l'ami intime du défunt qui fait le Godido. Après on prend une natte traditionnelle Kplakpla , on ajoute une bouteille de liqueur (de préférence Gin royal) avec un litre de Sodabi (liqueur de fabrication artisanale), du tissu percale, un tissu traditionnel qu'on appelle Avogan. On attache les deux extrémités de la natte traditionnelle. Tout est porté par un enfant à l'extérieur de la concession mortuaire. C'est depuis la voie qui mène à la maison mortuaire qu'on commence par animer. Quand on arrive à l'entrée de la maison, on décharge le jeune homme, on lui donne de l'argent. 

Au cours de la cérémonie Godido , l'ami intime qui est venu couvrir les orifices vulnérables de son ami défunt raconte la vie du défunt du début de leur amitié jusqu'à la mort du défunt, notamment les derniers moments vécus ensembles. Tout ceci est raconté à une vedette de la chanson traditionnelle qui le met en musique. C'est généralement un moment pathétique où il y a beaucoup de pleurs et de lamentations. Pendant que la vedette est en train de magnifier le roi défunt, pendant qu'il est en train de chercher les mots les plus sensibles pour accrocher les parents du Souverain défunt, il reçoit beaucoup d'argent. Après, il fait le point de ce qu'il a reçu et il rend compte. Dès que le Honto ouvre le bal, tous les amis possibles du défunt Monarque passent pour présenter leurs condoléances. Après ce rituel de Godido, il y a ce qu'on appelle le Agounnon Zinli. Les enfants vont amener leurs différents Zinli qu'ils vont jouer. Après, les différents dignitaires, les Gbonougans...vont aussi jouer. Les frères du défunt souverain vont aussi amener leurs groupes de Zinli. Agassou viendra animer. Le Zomadonou viendra pleurer son père à travers son rythme Kpézin, ainsi de suite. C'est ce qui fait que la cérémonie dure plusieurs jours. Après tout ceci, les enfants seront marqués à travers un rituel qu'on appelle yé na dé ko. Ils iront au marché avec une petite forme de tatouage de terre rouge au front, à la poitrine et au bras. Au marché, ils vont rencontrer le responsable du marché qui est à Zomadago . Il les reçoit. Après avoir reçu des présents de leur part, celui-ci les autorise à faire des emplettes. Après les emplettes, ils retournent dans la maison mortuaire. Et c'est à ce moment là que le Chef des pompes funèbres viendra encore s'asseoir pour le chió didi, c'est-à-dire l'enterrement proprement dit qui marque la fin des rituels.

La succession au trône 

C'est le Vidaxo qui succède au Monarque qui a rejoint les ancêtres. Maintenant, il y a diverses catégories de Vidaxo. Normalement, c'est le fils aîné qui est le Vidaxo. Pour le désigner, il faut aussi qu'il réponde à certains critères. S'il est frappé par ces critères, il ne peut pas succéder à son père. Il faudra alors descendre au niveau de ses frères. Si dans ta vie tu as tué, tu ne peux pas accéder au trône. Si tu es un voleur, tu es exclu. Si tu as commis une fois l'adultère, tu es éliminé de la course au trône. Si tu es porteur d'une infirmité physique et visible, tu ne peux plus être successeur au trône. Tu dois avoir sur chaque main les cinq doigts. Si par mégarde il y a une malformation au niveau de ta main et que tu as un 6è doigt, tu es exclu. Un successeur au trône ne doigt pas souffrir de bégaiement. Voilà donc pour ce qui est des critères. 

Dans le cas d'espèce, un fils de feu Dédjalagni Agoli Agbo peut bien lui succéder car lui aussi a succédé à son feu père, TogniAhossou. Ce dernier aussi a succédé à son grand frère du nom de Kodo qui est devenu roi sous le nom fort de Ayi dó dò do. C'est lui qui a remplacé en 1940 Agoli Agbo, le dernier Monarque d'Abomey. Globalement donc tout c'est passé de père en fils. Donc c'est bien possible qu'un fils du roi Agoli Agbo qui vient de nous quitter lui succède au trône. Mais il y a une précision de taille à apporter. La royauté est rentrée dans trois familles : les fils de GLELE, les fils de Béhanzin et ceux de Agoli Agbo. Béhanzin a déjà régné. Agoli Agbo aussi. Normalement, cela doit remonter aux descendants de GLELE. C'est ce qui se rapporte. Je ne sais pas si les GLELE ont déjà désigné en leur sein celui qui portera la charge. S'ils ne parviennent pas à en trouver, appel sera fait aux enfants de Béhanzin. Mais là aussi, ce n’est pas encore la parfaite entente. 

Le premier ministre du roi ne peut en aucun cas lui succéder. Il n'est pas prince. Le roi en fait est un étranger au royaume. Il est originaire d'ailleurs, selon l'histoire. Or les gens d'Abomey sont des Guédévi. Le roi est à moitié né dans le peuple et à moitié né dans la famille royale. Sa maman doit être fille d'esclavage ou Guédévi. Mais il est impossible que son papa soit prince et que sa maman soit Princesse. Bref il ne faut pas être de sang royal pur. 

La succession au trône suit des normes bien précises. Elle s'organise sous l'autorité du fils aîné de la famille royale des Houégbadja. On l'appelle Agbohèssou. C'est du moins ce que révèlent les sources que nous avons confrontées. Au temps de GLELE, on a choisi Mèlé pour organiser avec Agbohèssou cette succession. Malheureusement, GLELE était encore en vie quand Mêlé a rejoint les ancêtres. Il n'a donc pas véritablement participé à l'organisation de la succession.  Mèlé ne peut d'ailleurs même pas régner. Son Papa est Prince et sa mère Princesse. Et c'est pourquoi à l'époque les Ahanhanzo ont été conviés. Malheureusement, GLELE était en vie quand Ahanhanzo a aussi rejoint les ancêtres. Il n'a pas pu régner.

Dans la succession au trône des Houégbadjavi, le Fa joue un rôle éminemment important. En effet, quand aucun critère ne frappe le candidat à la succession, on fait appel au fa. On le consulte pour voir si le prétendant peut vraiment régner sur le trône et répondre aux aspirations de ses sujets. Ceux qui consultent ce fa, c'est les Bokonon de Dadah , c'est-à-dire du roi. Et ces Bokonon sont : Djissa, Lanhoussi, Guèdègbé, Holo,...Ils sont tous réunis dans le Palais. Chacun explique selon sa science ce qu'a révélé le fa sur le successeur au trône. 

El-Hadj Affissou Anonrin

 

Ils sont chaque année des milliers d’étudiants à passer devant des jurys de trois voire quatre membres, selon le cas, pour défendre le résumé de trois ou quatre laborieuses années d’acquisition du savoir via un document dont le nombre de pages varie, selon les niveaux d’études.

Devant le jury qui a pour missions d’apprécier l’œuvre intellectuelle du candidat, de recevoir ou de rejeter le travail à lui soumis, l’étudiant en fin de formation en Licence, en Master, ou même le doctorant, a, au bout d’une quinzaine de minutes de présentation de son œuvre, l’obligation de convaincre le jury. Après la jubilation suite au verdict du jury, une seule question taraude l’esprit de bien des témoins actifs des belles et ambitieuses propositions contenues dans le mémoire : que deviennent les propositions, suggestions et recommandations des mémoires après les soutenances ? Educ’Action s’en préoccupe…

Nous sommes dans la salle 2 de l’ex-FLASH de l’Université d’Abomey-Calavi (UAC). Etroite, la salle est comble et tout le monde est sur le pied de guerre, attendant le fameux jury de trois membres qui se révèle le jour même au candidat. Quand ils entrent d’une démarche solennelle, l’assistance se lève. Face aux trois enseignants désignés pour évaluer la centaine de pages de son mémoire de maîtrise, l’impétrant vêtu de son costume bleu et d’une cravate à parements bleus, stressé, attend impatiemment la délivrance qui résulte de l’avis favorable du jury sur son travail. Un président, un rapporteur et un examinateur, qui, à tour de rôle, vont prendre le temps de disséquer dans les moindres détails cette œuvre scientifique. Au dehors, pendant ce temps, amis et parents s’affairent devant l’agape fraternelle composée de tranches de pain contenant un mélange de carotte, de farine, de poisson et autres légumes pour faire saliver plus d’uns, le tout accompagné de boissons fraîches en canettes. A l’intérieur de la salle, le candidat, pour qui les petits plats sont mis dans les grands, essuie les nombreuses questions des membres du jury, laissant transparaître des sueurs froides sur son visage. Après plus d’une heure et demie d’échanges, l’impétrant et l’assistance sortent pour permettre aux membres du jury de se concerter afin de délibérer. Quand ils reviennent dans la salle, d’une voix solennelle, le président du jury lance : « le jury après délibération, vous accorde la mention très bien avec la note de 16 sur 20 ». Voilà ainsi présentée l’ambiance d’une soutenance de mémoire à l’UAC. Au sortir de ces scientifiques échanges et après de nombreux mois de recherches précédant la soutenance, le mémoire subit des fortunes diverses.

Des mémoires soutenus à l’approfondissement des idées par d’autres étudiants…

« Après la soutenance, la relation que la bibliothèque entretient avec les facultés et les établissements nécessite que ces derniers y acheminent les mémoires. Nous avons les versions papiers et les versions numériques. Pour des contraintes d’espace, nous recevons directement les versions numériques depuis déjà quelques temps. Ces versions sont déposées sur une plateforme locale de l’université qui permet aux étudiants de venir les consulter ici à la bibliothèque ». Ce sont là les propos de Anselme Déguénon, Responsable de la division marketing et communication de la Bibliothèque centrale de l’UAC. En effet, les étudiants à la recherche d’informations se rapprochent de la bibliothèque pour, disent-ils, s’inspirer du travail de leurs aînés. L’objectif pour ces chercheurs en herbe est d’abord de voir les thèmes déjà traités afin d’en trouver le leur et ensuite pour faire des recherches dans chaque domaine concernant leurs thèmes en s’inspirant de la structure des anciens mémoires. Pour ce faire, Anselme Déguénon précise qu’une plateforme a été créée à cet effet. « Depuis la création de cette plateforme, la fréquentation de la bibliothèque est beaucoup plus élevée que les années antérieures. Maintenant, nous essayons de généraliser cela au niveau des autres bibliothèques de l’UAC », conclut l’agent bibliothécaire. Cependant, il ne manque pas de relever certaines difficultés dans les relations avec les différents établissements qui sont censés alimenter la bibliothèque avec ces précieux bijoux intello-scientifiques. Il s’explique en ces termes : « les chefs de département se comprennent pas encore le fait qu’il faut mettre l’information à la disposition des étudiants. Ils se disent que les étudiants vont faire du copier-coller, craignant ainsi les possibilités de plagiat ». Entouré de documents et mémoires décoratifs de son bureau, il revient sur les difficultés inhérentes à l’usage des versions numériques. En effet, il fait l’amer constat que le nombre de machines est insuffisant pour faciliter la consultation des mémoires sur place par les étudiants. Ce qui est une mesure de protection de la propriété intellectuelle afin d’éviter le plagiat. Pour éviter le plagiat, la stratégie développée par Anselme Déguénon est la suivante : « Premièrement, les mémoires sont cryptés en format PDF. Ainsi, on ne peut ni copier, ni coller. Ensuite, on n’autorise pas la copie du fichier numérique aux étudiants. A la rigueur, on peut le faire à un enseignant. Enfin, l’étudiant vient prendre note sur place et c’est fini ». Outre la mise en réseau des ordinateurs de cette bibliothèque vieille de plus de 40 ans, la réelle difficulté ici « c’est que le système n’est pas encore totalement fiable pour que tout le personnel s’y mette », martèle l’homme. La conséquence : « J’ai plus de mille mémoires en version numérique et c’est à moi seul de les encoder, de faire la mise en forme avant de les insérer dans les autres postes », se plaint Anselme Déguénon, soulignant ainsi la charge de travail qui pèse sur ses épaules.

 

Des mémoires comme production de la connaissance …

A quelques encablures de la bibliothèque centrale de l’UAC, le locataire de la Faculté de Sciences Agronomiques (FSA) de l’UAC, le Professeur Joseph Hounhouigan nous apprend qu’un « mémoire est une production scientifique. Cela veut dire que c’est une forme de découverte ou une forme de production de la connaissance ». En tant que production scientifique, tout mémoire nourrit d’abord sa mère : la science. En somme, la charité bien ordonnée commence par soi-même. Cela se fait par la publication dans les revues ou journaux scientifiques tant locaux qu’internationaux. Pour ce faire, les travaux qui ont mobilisé l’attention de l’étudiant et de son directeur de recherche doivent refléter une certaine qualité par la pertinence du thème choisi et par leur rigueur méthodologique. Sur ce plan, le nouveau locataire du rectorat annexe de l’UAC, le Professeur Marcel Zannou, d’un ton ferme, affirme qu’« on ne publie pas n’importe quoi ! C’est ce qui peut avoir un impact qui est publié parce que les journaux qui doivent publier ont des comités de lecture. Si le travail n’est pas bon, il est jeté à la poubelle ! ». Dans la même dynamique, le Docteur Cossou Kissi, enseignant au département de Génie Mécanique et Energétique de l’EPAC, renchérit en ajoutant que « si les thèmes sont bien choisis et sont en adéquation avec les problèmes que nous avons, c’est que l’étude doit forcément aboutir à des solutions que nous devons pouvoir prendre en compte ». Ainsi, la question de la qualité et de la pertinence des productions des étudiants est relancée. Mais l’épineuse question de la vulgarisation des résultats/solutions aux sujets de recherches traités se pose toujours.

Documents dans une bibliothque universitaire 

Des résultats de recherches de mémoires soutenus comme instruments au service du développement …

En plein après-midi, il fait sombre dans le couloir qui mène à ce haut lieu de production de la connaissance et de la science. Quand on lève la tête en marchant, on voit les entrailles de l’Ecole Polytechnique d’Abomey-Calavi (EPAC) où câbles, charpente et tuyaux s’entremêlent pour faire circuler ce qu’il y a de bon et de mauvais pour soutenir la vie. Une fois la porte franchie, on retrouve vite l’ambiance de laboratoire de recherche. Documents, ordinateurs, instruments et tableaux se côtoient pour faire jaillir l’étincelle créatrice dans un méli-mélo qui ne dit pas son nom. Bienvenue dans la tanière du Professeur Antoine Vianou, l’école doctorale des sciences de l’ingénieur. Pour cet ancien Vice-recteur de l’UAC, « la recherche est produite pour tout l’univers. C’est pour cela qu’il faut publier ce qui en ressort. Si nous n’en n’avons pas besoin ici, d’autres personnes vont s’en servir ». Même son de cloche chez son successeur, le Professeur Marcel Zannou, qui renchérit en ces termes : « les résultats d’une recherche doivent servir pour la progression sur le plan académique et sur le plan du développement ». Pour lui, le développement s’entend d’abord amélioration des conditions de vie et de bien-être des populations.

Le mémoire comme aide à la décision politique …

Dans la même logique que son prédécesseur et son successeur, le Professeur Maxime Da Cruz, alors Vice-recteur chargé des affaires académiques et de la recherche scientifique de l’UAC devenu Recteur de la plus ancienne des universités Nationales du Bénin, souligne la nécessité de valoriser les résultats de l’étudiant ou du chercheur pour booster le développement dans les domaines où le besoin se fait sentir. « Dès que le chercheur a produit les résultats de ses recherches, il faut travailler à mettre ces résultats à la disposition de la Nation à travers la résolution d’un certain nombre de problèmes au niveau du monde industriel » a-t-il précisé. « Il faut mettre les recherches à la disposition de ceux qui peuvent les utiliser parce qu’elles contiennent des indications qui peuvent être utilisées pour aller faire des expertises dans les services publics ou les structures privées », ajoute Joseph Hounhouigan pour corroborer les propos du Recteur de l’UAC. Le mémoire, à travers l’analyse de la situation qui y est faite et ses conclusions, occupe aussi une place dans l’essor économique à travers les innovations apportées pour la résolution des problèmes sociaux et économiques. C’est ici qu’interviennent les structures étatiques telles que le Centre Béninois de Recherche Scientifique et de l’Innovation (CBRSI), dirigé actuellement par le Professeur Marc Kpodékon. Assis dans son bureau de l’étoile rouge, il soutient que « les mémoires de maîtrise et de master y compris les thèses nous sont envoyés, mais c’est très rares ». Et pour cause, poursuit-il, « il n’y a pas d’accord entre le CBRSI et les universités qui dit qu’il faut envoyer les mémoires et les thèses ici. C’est à leur bon vouloir qu’ils sont ou non envoyés. Si nous voulons traiter des thématiques données, nous allons dans les universités. Quand des personnes ont besoin d’informations, nous les orientons vers les universités ou facultés qui leur fournissent les informations ». Cet amer constat met en lumière une faille dans le traitement de l’information scientifique. Ce qui justifie la raison de cette enquête de votre journal. La pertinence d’un lien entre ces deux structures est encore relevée par le Directeur Général du CBRSI. Insistant sur cette nécessaire jonction, il reconnaît que cela peut, considérablement, améliorer la diffusion des résultats de recherches car, une recherche n’a de valeur que si elle est diffusée, selon ses propos. A l’en croire, il est donc important d’avoir d’autres structures de diffusion des résultats de recherches. Malgré ces contraintes, Marc Kpodékon, s’affairant devant son ordinateur alors qu’il sonnait déjà 18 heures, laisse entendre que l’essentiel, c’est qu’il y ait un répertoire où on peut consulter ces mémoires-là afin qu’on puisse y déposer les recherches. Selon lui, il est important qu’il y ait un lien entre la recherche universitaire et la recherche non universitaire. Et les entreprises l’ont bien compris.

Le mémoire comme élément déclencheur de partenariat …

« Nous avons par exemple des contrats avec Orange en France dans le cadre de la recherche sur un composant important du téléphone portable. Grâce à ce partenariat, Orange finance l’achat de matériel pour la poursuite de la recherche ». C’est avec un visage tout fier et un large sourire que AntoineVianou illustre ce modèle de partenariat entre son laboratoire et cette grande multinationale française de la téléphonie mobile. Cette prouesse est le résultat d’une thèse soutenue par l’un de ses doctorants en cotutelle avec l’université de Limoge en France. Face à de tels cas d’école, Maxime da Cruz insiste sur « la nécessité de savoir à quelles fins les entreprises peuvent exploiter ces résultats. Qu’est-ce que l’on peut tirer comme éléments de résolution d’un certain nombre de problèmes soulevés dans la société ? » Joseph Hounhouigan éclaircit davantage. « Les mémoires peuvent être effectivement utilisés pour créer une entreprise, mais cela ne suffit pas. Une entreprise, ce n’est pas le savoir dans une discipline donnée, mais c’est un ensemble de savoirs qui créent l’entreprise ». Entre preuves et justifications, il soutient par des exemples tangibles que « si un chercheur trouve une nouvelle formulation pour nourrir la volaille et que c’est publié, tous ceux qui ont lu et qui sont dans le domaine de la production peuvent utiliser cette formulation pour augmenter la productivité dans leur domaine ». De la même manière, « si, par exemple, un chercheur développe une nouvelle méthode de valorisation d’un produit forestier, tous ceux qui ont lu peuvent aller conseiller des ONGs pour créer des entreprises pour valoriser cette méthode ». Le lien entre recherche et essor économique est tout trouvé mais quelle est la place du chercheur ?

 

Que gagne le mémorant après de riches contributions au développement de son pays ?

La plupart des personnes interrogées dans le cadre de cette enquête ont indiqué que le mémoire n’est qu’une étape d’introduction dans la production de la connaissance (savoirs, savoir-faire, …) mais Maxime da Cruz va plus loin dans le traitement réservé aux nouveaux « Maîtrisards ». Un fonds d’encouragement est mis à la disposition de tout étudiant ayant soutenu à la fin de sa formation « … Dès qu’on a soutenu un mémoire et qu’on en a apporté la preuve, il y a ce qu’on appelle les frais de mémoires. Ce n’est pas grand-chose, c’est juste un peu d’argent pour soutenir les étudiants », dévoile Professeur Maxime Da Cruz. Pour une meilleure valorisation des résultats des travaux de mémoire et de recherche en général, il lève un coin de voile sur les fonds compétitifs de recherche que l’université a initiés. « Ces fonds impliquent la participation de beaucoup de mémorants et de beaucoup de doctorants. Ces étudiants, dans le processus de leur formation et de leur mémoire, ont la possibilité de prendre part à des manifestations au Bénin comme à l’étranger », explique-t-il. Les étudiants en sont-ils informés ? La question reste posée.

 Educ'Action
La Redaction

Au Bénin, l'agriculture constitue le secteur le plus important de l'économie. Les filières maïs et soja, très prisées sont sujettes à de nombreuses transactions et leur exploitation transfrontalière en dit long. La place de l’informel dans ce commerce n’est non plus à négliger. En vérité existe-t-il un écart entre les chiffres officiels d’exportation et la réalité sur le terrain ? De Parakou à Malanville en faisant un détour à Nikki et à Tchikandou, notre enquête parcourt le trajet des exportations du maïs et du soja.

Marie-Louise Félicité BIDIAS

Gros porteur chargé de maïs

Dame Delphine, la quarantaine, grand foulard en tissu pagne noué sur la tête et un autre aux reins, s’active depuis ce matin. D’ici peu, son stock de maïs doit partir en direction de Malanville. Commerçante saisonnière, elle a l’habitude d’acheter le maïs à bas prix dans les villages environnants de la ville de Parakou, située à environ 400 km de Cotonou. Tous les six mois, elle le conditionne, le stocke et l’exporte à bon profit. Et ce jour, deux camions postés devant son magasin doivent faire le plein pour la frontière.

 Des heures plus tard, des gros camions chargés à l’extrême, à la  queue-leu-leu, se dirigent vers l’entrée de la ville de Malanville. Sous l’un d’eux, entièrement recouvert d’une bâche poussiéreuse, repose paisiblement sur un lit de circonstance, suspendu entre quatre boulons, son conducteur. Indifférent à tout ce qui se passe autour de lui, il récupère. Son trajet lui a donné du fil à retordre !

Malanville, le comptoir des exportations

Avec plus de 261 693 habitants (recensement de 2013), cette ville commerciale, couloir de spéculation par excellence, est situé à 738 km et à 8h de route de Cotonou. Avec le fleuve le Niger, dans sa partie septentrionale, elle est reliée par un pont de 600 m de long, à la ville Gaya au Niger. Sur plus d’une centaine de mètres, l’affluant donne peu de garantie sur la maitrise du flux des échanges entre les deux pays. C’est une maigre et faible barrière contre la contrebande. La frontière Est de la ville donne sur le puissant Nigéria. Les autorités douanières déplorent toujours l’insuffisance de moyens pour effectuer les contrôles du trafic fluvial.

Au cœur des transactions multiformes, le marché international de Malanville est le reflet d’une activité commerciale formelle et informelle. Les barrières commerciales à l’entrée et à la sortie du marché sont régulées par des commerçants organisés en associations ou en groupements informels. Les relations commerciales se basent en majorité sur des commandes verbales et des négociations. Les camions sont chargés aussi bien de denrées de première nécessité que de produits viviers dont le maïs et le soja. En 2004, déjà, près de 2000 tonnes de céréales transitaient chaque semaine par ce marché, révèle Guy-Michel Bolivi, dans une étude du Club sahel et l’Afrique de l’Ouest.

Nikki et Tchikandou

Du côté aussi de Nikki, en direction du Nigéria et à 529,7km au nord de Cotonou, on note aussi une effervescence. Le soja et le maïs produits dans cette région sont commercialisés à au moins 80% vers le Nigéria et le Niger, gros consommateurs de ces produits. De Nikki, le transport se fait généralement en camions jusqu’à Tchikandou, dernier village à la frontière avec le Nigéria et situé à 22 km. Des transactions semblables se passent mais, cette fois-ci, en direction du géant Nigéria où ces produits sont très sollicités. 

Camion stationné à Tchikandou

Le maïs et le soja, produits d’exportation très prisés

La campagne 2017-2018, fait mention de 1 600 000 tonnes de maïs produits, contre 1 200 000 tonnes pour la campagne 2016-2017. Le Bénin mise de plus en plus aussi sur le soja. Très prisé, très nutritif, ses produits dérivés sont bon marché. La production de soja entre 2007 et 2016 a été multipliée par plus de 10. Elle vaut 156 901 tonnes. Le sac de 100 Kg de soja coûte 20 000F Cfa tandis que celui du maïs coûtent 13 000 F CFA, au marché « Dépôt » de Parakou.

A la Direction générale des Douanes et des droits indirects de Cotonou, l’inspecteur Assouma-Amadou Sahabi explique les taxes requises pour exporter ces produits. La Taxe de voirie, pour l’entretien des voies au profit des collectivités. La Redevance informatique (10 000 F CFA/déclaration), la Taxe statistique (1% de la valeur en douane). En plus et depuis 2018, la Contribution à la recherche agricole. Pour le maïs et le soja, elle s’élève à 10 F CFA par Kg de produit. Non sans oublier aussi le certificat sanitaire/phytosanitaire auprès du Ministère de l'Agriculture.

L’exportation lutte avec l’informel

L’économie du Bénin est basée à plus de 70% sur l’agriculture avec plus des deux tiers de la population active dans ce secteur. Selon l’Institut de statistique et de l’analyse économique (Insae), les exportations au Bénin ont atteint 165,84 milliards de F CFA au 2ème trimestre de 2017 contre 96,86 milliards de F Cfa au 1er trimestre 2017.  

Les flux informels entre le Bénin et le Nigéria, s’élèvent à 4,9 milliards de dollars, selon, la Banque mondiale, dans le rapport sur l’actualisation de l’étude diagnostique pour l’intégration du commerce pour le Bénin. Pour les experts, le caractère informel du commerce parallèle soustrait des pans entiers de l'économie nationale hors du champ de l’impôt et de la réglementation. Il alimente le cercle vicieux de l'informalité, des distorsions et de la pauvreté. Par ailleurs, des marchandises de plus de 800 millions de dollars traversent les frontières du Bénin d’une manière frauduleuse chaque année, principalement du fait de petits commerçants (‘’Enquête Ecene extrapolée sur une année’’). La moitié des échanges légaux nationaux ne bénéficiant pas des réductions tarifaires disponibles sur papier.  

Les statistiques officielles des exportations du Bénin pour 2011 représenteraient moins de la moitié (environ 44 %) des exportations réelles, affirme la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao). Ce sont 2,1 milliards de FCFA d’exportations informelles sur une période de dix jours en 2011, contre un chiffre officiel au prorata de 4,6 milliards de FCFA. Les chiffres officiels ne représentent que 70 % du niveau réel du commerce.

Chiffres officiels mais réalité du terrain oblige

Il demeure toujours difficile de quantifier avec précision le coût exact de l’exportation des produits vivriers comme le maïs et le soja par voie transfrontalière.  Aucune trace, au niveau des autorités, de la quantité de produits passant les frontières au moyen de pirogues, après un premier trajet en charrettes, à motos, en bicyclettes ou même à dos d’âne. La non-maîtrise du flux commercial transfrontalier constitue un réel manque à gagner. Mais pour la Douane, en réalité, les taxes à l’exportation des produits vivriers sont étudiées en conséquence, afin d’encourager l’exportation. Selon elle, la levée d’interdiction d’exploiter le maïs a levé le coin de voile sur l’exploitation illicite de ces produits vivriers. Mais, l’incivisme et l’ignorance poussent toujours certains sur le chemin de l’informel. Pour le chef de service des usagers de la Douane, la Direction de renseignement et d’enquêtes douanières, les Services d’intervention rapide, en permanence, font la recherche. Ceci afin de réprimer la fraude sur toutes ses formes sur leur territoire de compétence, en dehors des bureaux de douane.

Cet article a été rédigé par ‘’Mayro Magazine’’ dans le cadre de "La Richesse des Nations’’, un programme panafricain de développement des compétences médias dirigé par la Fondation Thomson Reuters. Plus d’informations sur http://www.wealth-of-nations.org/fr/ .

La Fondation Thomson Reuters n’est pas responsable des contenus publiés, ceux-ci relevant exclusivement de la responsabilité des éditeurs.

 Lancés en 2012 dans le cadre du Projet des villages du millénaire (PVM) du Bénin et financés par le budget national, les travaux de construction de la maternité de Yokon dans la commune de Dangbo restent inachevés à ce jour. Le chantier est en souffrance et l’entrepreneur aux abonnés absents,au grand désarroi des populations partagées entre colère et désillusion.

Par Flore S. NOBIME

« Elle a accouché au lieu-dit carrefour des trois églises, à une heure du matin», raconte Charles, les yeux imbibés. Un moment difficile pour cet homme qui a vu son honneur d’homme entamé. Il se rappelle ce moment douloureux : « Ma femme était au terme de sa grossesse. Vers une heure du matin, le travail de l’accouchement a commencé. J’ai décidé de l’emmener immédiatement vers la maternité la plus proche mais il était déjà tard ».Charles a du mal à oublier les conditions rocambolesques de la naissance de son dernier né, venu au monde en pleine rue, au beau milieu de la nuit sur une piste de Yokon, un village de l’arrondissement de Zounguè dans la commune de Dangbo à une douzaine de kilomètres de Porto-Novo, la capitale du Bénin. « Si seulement la construction de la maternité avait abouti, ma femme n’aurait pas accouché dans ces conditions  On nous a promis une maternité, mais on n’a rien eu», regrette-t-il.

Inscrite au nombre des infrastructures dont devait bénéficier Yokon dans le cadre du Projet Villages du millénaire du Bénin initié par le gouvernement béninois, la maternité n’a jamais vu le jour. Sur le site retenu pour accueillir cette maternité avec unité de soins et d’autres ouvrages tels que leslogements, paillotes et latrines avec douches, la situation n’est pas fameuse. Les murs montés sont recouverts presque entièrement par la végétation.Même le gros œuvre n’est pas terminé. Dans le hangar qui jadis faisait office de magasin, on peut voir plusieurs dizaines de paquets de ciment offerts aux intempéries qui en ont fait des caillasses inutilisables. A côté, dans un coin, il y a ce qui reste des brouettes, casques d’ouvriers, du matériel de plomberie et d’électricité après l’œuvre de la rouille. Dehors, plusieurs tas de fer à béton partiellement ensevelis de boue ou de sable continuent de rouiller.«C’est ce qui est resté après l’abandon du site par l’entrepreneur et ses ouvriers, et le passage des voleurs », explique Bonaventure, un habitant du village rencontré près du site. Il n’a,par contre,aucune explication sur les raisons de l’abandon des travaux. Le chef du village, Damien Zannou, dit lui aussi, tout ignorer. « Nous ne savons pas ce qui se passe. On a constaté qu’ils ont abandonné le chantier et sont partis depuis quatre ans environ. On ne sait pas si c’est le gouvernement qui bloque ou si c’est l’entrepreneur qui est défaillant », avance le chef.D’autrescomme Michel,un jeune agriculteur, accusent l’Etat : « L’entrepreneur a tout abandonné et a disparu. Et l’Etat ne dit rien. On voit bien que l’Etat ne se soucie même pas de ce que devient le chantier. Qu’il prenne ses responsabilités ». Pour Médard, lui aussi agriculteur,« ces gens n’ont pas pris le travail au sérieux ». « Tout le matériel nécessaire pour la construction de notre maternité a été abandonné, poursuit-il. Ils ont fabriqué les parpaings, monté les murs et tout laissé tomber sans rien dire». Se cachant sous un style humoristique, il ironise : « Ce gâchis est un drôle de  trophéeà l’entrée de notre village ».

Maire de la commune de Dangbo au moment des faits, Clément Gnonlonfoun dit avoir interpellé l’entrepreneuraprès l’abandon du chantier. « J’ai vu l’entrepreneur. Il m’a dit que le projet ne l’a pas payé, c’est pourquoi les travaux  se sont arrêtés »déclare l’ancien maire. Clément Gnonlonfoun ajoute que la mairie n’a été associée au PVM qu’à une seule étape, celle de mise à disposition des terrains. «  Ils nous ont impliqués à ce niveau-là parce qu’ils ne pouvaient pas trouver de terrain s’ils ne s’appuyaient pas sur la mairie. La mairie a donné des terrains et a tout fait pour leur trouver des facilités », explique M. Gnonlonfoun. « …mais quand il s’est agi de passer le marché ils sont restés à Cotonou pour passer leur marché, alors que nous avons un service de passation de marchés à la mairie qui pouvait bien le faire », regrette-t-il.

Pour M. Gnonlonfoun donc, la mairie ne saurait être impliquée dans la situation qui prévaut actuellement à Yokon, car tout se faisait à partir de Cotonou. « Les marchés sont passés à Cotonou. Les gens sont restés à Cotonou pour suivre un marché dans un village de Dangbo, alors que la mairie a tous les moyens pour le faire », ajoute-t-il avant de lancer : « Ils ne nous ont pas donné la latitude de voir clair dans ce qui se faisait ».

Le chantier en ruine, l’entrepreneur menace

Les choses avaient pourtant bien commencé. Dans le cadre de la mise en œuvre du Projet Villages du millénaire du Bénin,les villages de Tohounhoué dans la commune de Toviklin et Yokon dans la commune de Dangboont été identifiés pour bénéficier de la construction de modules de salles de classe, de la fourniture de mobiliers scolaires, de la construction de hangars marchands, d’une maternité avec unité de soins, logement et latrines avec douches. Dans son mémoire de maîtrise en gestion de projet en 2016, sur «L’amélioration du système de passation des marchés publics à la contribution de la performance de la gestion des projets au Bénin », Yétiboca Sanga Pema explique que ce projet est inscrit au PIP, budgétisé et planifié pour être exécuté au cours de l’année 2012. En août 2012, un appel d’offres ouvert réparti en quatre lots est lancé pour la réalisation d’infrastructures socio-communautaires au profit des deux villages.A l’issue des travaux de dépouillement, d’évaluation et d’analyse des offres, le marché unique de construction d’une maternité avec unité de soins, logement, paillottes, et latrines avec douches à Tohounhoué et Yokon est attribué à la société GET Consult. Le dossier d’appel d’offres prévoit une durée de réalisation de quatre (4) mois. Le contrat entre le ministère en charge du Plan et GET Consult est signé le 5 juillet 2013 pour un montant total, pour les deux sites, de137 352 248 FCFA TTC, dont 71 237 709,94 FCFA pour celui de Yokon. Le marché de Yokon est subdivisé en 66 569 058,08 FCFA pour la maternité, l’unité de soins, les logements et la paillote, et 4 668 642,86 FCFA pour les latrines et douches. L’entrepreneur perçoit une avance de 20%, soit 27 470 449  FCFA. Les travaux démarrentmais sont arrêtés sans explicationquelques semaines plus tard.Le chantier est abandonné par l’entrepreneur et les ouvriers qui désertent le site. La nature s’empare des lieux et la végétation recouvre le site.

Qu’est-ce qui explique une telle situation ? Pourquoi l’entrepreneur n’a pas été inquiété outre mesure, alors que l’article 125 de la loi n° 2009-02 du 07 aout 2009 portant code des marchés publics et des  délégations de service public en République du Bénin, en vigueur alors en ce moment dit qu’ « en cas de dépassement des délais contractuels fixés par le marché, le titulaire du marché est passible de pénalités après mise en demeure préalable» ? Est-il protégé ?Pourquoi un tel gâchis de l’argent du contribuable ? Aucune explication sur ce qui est arrivé au chantier. Même le Centre de partenariat et d’expertise pour le développement durable (CePED), l’agence du ministère du plan et du développement chargée de la mise en œuvre du PVM,se sent impuissant. Impossible d’avoir des réponses à ces interrogations. L’entrepreneur est toutefois montré du doigt. « Le marché a été remis à un entrepreneur qui a perçu 20%. Il n’a pas fait le travail et a disparu», informe une source qui a requis l’anonymat. Mieux, elle explique que « les travaux réalisés dégagent un coût de réalisation en dessous des fonds perçus par l’entrepreneur».Nous apprenons aussi que le 20 septembre 2016, la situation du chantier a été au cœur d’une réunion à laquelle prenaient part, entre autres, le directeur des ressources financières et du matériel du ministère des finances d’alors, le directeur du contrôle financier et d’autres cadres... La décision de la reprise et de l’achèvement puis la livraison des travaux par l’entrepreneur est prise et est notifiée à ce dernier le 7 octobre 2016. Le concerné le prend mal. Il refuse de s’y soumettre:« Il a dit ne pas être d’accord et exige une nouvelle avance avant toute reprise du travail». Toutes nos démarches entreprises pour écouterla version de l’entrepreneursont restées vaines. Après plusieurs tentatives, un contact est téléphonique est établi avec lui le 23 avril 2018 mais tourne court. « Je ne veux pas voir mon nom dans un journal», avertit l’entrepreneur avant de brandir la menace d’assigner quiconque mentionnera son nom dans un journal.

Le dossier de construction de la maternité de Yokon connaîtra vraisemblablement une suite, nous promet-on dans le circuit. Selon les dernières informations qui nous sont parvenues, le dossier aurait fait l’objet d’un mémoire déjà envoyé à l’Agent judiciaire du Trésor qui avisera et prendra les dispositions nécessaires.

 

Quid du PVM ?