Un an après l’attaque meurtrière des Peulhs par une frange des populations de Cobly, dans le nord-ouest du Bénin, « une accalmie relative » règne entre les deux communautés mais, sous la cendre, le danger couve encore. Autrefois complices, chacun est aujourd’hui sur ses gardes.

Flore NOBIME

 

 

« Nous avons été attaqués. Il y a eu des morts. Il y a eu beaucoup de dégâts. Nos maisons ont été saccagées et incendiées. On a dû fuir. On a perdu nos bêtes». Treize mois sont passés. Amidou Tchokey se rappelle l’horreur. Dans son blouson gris qu’il porte sur un boubou bleu foncé, le chef du campement de Gouré Potal (campement de l'entente, en fulfuldé) dans le village de Pintinga, dans la commune de Cobly, à la lisière de la frontière entre le Bénin et le Togo, n’a pas oublié.

Membre de la communauté peulh de Cobly, l’homme, âgé d’une soixantaine d’années, s’en souvient comme si c’était hier. Sur la place publique de Gouré Potal  où il est assis après la grande prière de ce vendredi, il accepte de parler pour la première fois du drame. Il revient sur ce que les siens et lui ont vécu. Le ton est monocorde quand il parle du saccage des campements et de la fuite vers Cobly-centre, et Gouandé, dans la commune voisine de Matéri. Sous son front généreux barré de rides profondes, le regard est terne. « Le plus dur dans ces conflits communautaires, ajoute-t-il, d’une voix éraillée, c’est les incendies. Quand on brûle les maisons, tout part en fumée. On perd tout ». Autour de lui, il y a exclusivement des hommes qui acquiescent.

Leur vie a basculé ce 7 juillet 2018. « Tout est parti de la découverte du cadavre charcuté d’un paysan dans son champ à Tchamonga. Les familles de la victime ont tout de suite soupçonné les Peulhs. C’est ainsi que les gens ont commencé à s’attaquer aux Peulhs en guise de représailles. Le conflit s’est propagé de Datori jusqu’à atteindre le village de Pintinga dans l’arrondissement de Tapoga qui abritait un grand nombre de Peulh », raconte Gnimpo Comlan Gnammou, le secrétaire général de la mairie de Cobly.

Le bilan de l’expédition punitive contre les Peulhs, est lourd. D’après des chiffres fournis par l’ONG Potal Men, il est de 7 morts, 2 disparus, 3900 personnes déplacées, 142 habitations saccagées et brûlées. Des animaux, bœufs, petits ruminants et volailles ont aussi été perdus. « C’est un triste événement dont on se rappelle encore comme si c’était hier. Aujourd’hui nous avons au moins 7 personnes qui sont en prison par rapport à cela. C’est triste, ça fait partie des conflits qu’il faut éviter », souligne le contrôleur général de police Mohammed Saké, directeur de la Sécurité publique à la Direction générale de la Police Républicaine.

La terre comme enjeu…

Connus comme un peuple nomade, de plus en plus de Peulhs se sédentarisent. Dans l’Atacora, cette mutation sociologique engendre des incompréhensions et des conflits entre agriculteurs autochtones et éleveurs peulhs. Des conflits qui deviennent recrudescents dans ce département. En l’espace de 7 mois, de juillet 2018 à février 2019, le département a enregistré onze conflits. Bilan : neuf morts, des blessés graves et légers, des déplacés, des dégâts matériels et financiers.

La terre est ainsi au cœur des conflits. En matière de jouissance du foncier, en effet, la plupart du temps, les Peulhs sont considérés comme étrangers sur le territoire qu’ils occupent. « Le Peulh, quel que soit le temps qu’il met dans un milieu est considéré toujours comme un étranger. Quand ils s’installent quelque part, les terres deviennent fertiles grâce à la bouse des vaches et du coup, on crée des situations pour qu’ils se déplacent. On leur dit d’aller ailleurs. Il n’est plus facile de trouver ailleurs avec la pression sur le foncier, et les Peulhs résistent », déplore Bio O. Djega, le directeur exécutif de Potal Men.

Après les événements de Cobly, certains Peulhs sont revenus vivre dans les localités théâtre du drame. A Yangou, par exemple, un hameau de l’arrondissement de Tapoga, quelques tentes en matériaux précaires ont refait surface sur les ruines du campement saccagé un an plus tôt. Beaucoup d’autres déplacés ont préféré s’installer à Gouré Potal. « Les populations de Pintinga ont pu nous donner un domaine de 835,26 hectares au profit des Peulhs déplacés…. Ils habitent là et y font le pâturage », explique Gnimpo Comlan Gnammou. Aujourd’hui, Gouré Potal compte environ 2600 personnes.

« Une accalmie relative »

Aujourd’hui, la paix revient, mais la méfiance subsiste. «Après le conflit, des actions de sensibilisation au niveau des villages riverains ont concerné les deux acteurs, à savoir les réfugiés qui vivent à Gouré Potal, et les autochtones de ces villages. Ceci dans le but de renforcer la cohésion sociale entre les deux communautés, et prévenir les éventuels cas de conflits qui vont naitre », explique Boni Yaourou, expert pour la paix à l'ONG Potal Men.

«Quand il y a un problème, ils m’informent et moi j’informe les autres acteurs, on se rencontre pour trouver des solutions. Même s’il y a des provocations de la part de certains paysans », déclare Moussa Birigui, le président des éleveurs de Cobly.  « Cela ne manque pas. Lors des sensibilisations, il est revenu que les autochtones ont un lien direct avec les populations togolaises qui, depuis des années, venaient cultiver l’espace sur lequel nous sommes installés actuellement. C’est peut-être ce qui les amène à ces provocations », pense Boni Yaourou. « On a une accalmie relative parce qu’on ne peut pas dire que tout est rose », reconnaît de son côté, Gnimpo Comlan Gnammou.

Au sein de la population, des voix s’élèvent aussi pour appeler à l’apaisement et au pardon. « Les agriculteurs et les éleveurs sont tenus de vivre ensemble. Que les deux groupes se pardonnent mutuellement …Les peulhs sont nos amis, nos parents, nos bienfaiteurs. Ils sont des hommes comme nous », plaide Michel Taouema Datcha, un agriculteur de Cobly.

«La collaboration avec la communauté peulh est bonne ici. Quand nous avons besoin de bœufs pour labourer, les peulh nous aident.  Ils attachent leurs bêtes dans nos champs pour les fertiliser. Nous devons éviter les querelles et les accepter. Aujourd’hui on leur a trouvé un domaine ici. Mon souhait est que tout le monde, les autorités surtout, soutienne cette initiative pour éviter que le mal ne resurgisse », exhorte Jacques Kombito, conseiller du chef du village de Pintinga.

Les déplacés retrouvent peu à peu la cohésion. « Nous sommes contents d’être ici. Avant, on était dispersés. Pour se voir, on devait parcourir de longues distances. Aujourd’hui on est ensemble. On vit, on mange, on rit ensemble », lance, dans la foulée, Ousmane Hama, un vieil homme à la barbichette immaculée. Les habitants de Gouré Potal réapprennent à se connaître. Une nouvelle vie reprend.

 

 

Ce que disent les lois et les textes règlementaires

Loi n°2013-01 du 14 août 2013 portant code foncier et domanial en

République du Bénin:

  • Article 316: Tous les Béninois ont une égale vocation à accéder aux ressources naturelles en général et aux terres agricoles en particulier, sans discrimination de sexe ou d’origine sociale dans les conditions prévues par la Constitution, les lois et les règlements.
  • Article 318: Les autorités des collectivités territoriales prennent par arrêté les dispositions réglementaires nécessaires à l’exploitation et à la gestion des ressources naturelles de leur ressort territorial, conformément à la Constitution, aux lois et règlements en vigueur.

Loi n°2018‐20 du 23 avril 2019 portant Code pastoral en République du Bénin

Article 68 : Dans Chaque hameau ou village où s’exerce l’élevage sédentaire, il est délimité par les collectivités territoriales en relation avec les organisations professionnelles des agriculteurs et des éleveurs des campements pastoraux. Tout campement pastoral est d’utilité publique.

Article 96 : Sans préjudice de la réparation civile, quiconque est coupable d’altération d’équipements agricoles, d’infrastructures pastorales, de logements d’agriculteurs ou de gardiens de bétail, est puni d’un emprisonnement de un mois à douze mois.

 

Trois questions à Xavier Zola, juriste, expert foncier

« Il faut faire évoluer les mentalités »

 

Comment remédier aux conflits communautaires de source foncière entre éleveurs et agriculteurs ?

Le code foncier et domanial est un outil conçu pour favoriser la cohésion sociale. Il s'agit de faire en sorte que les conflits fonciers diminuent. Ça veut dire que les conflits entre éleveurs et agriculteurs doivent pouvoir diminuer. Avec le code foncier et domanial, il y a une grande partie de la bataille qui a été gagnée. Les dispositions existent. Le défi est d'arriver à les transposer dans la réalité de tous les jours.

Qui peut se prévaloir d’un droit de propriété et qui peut le dénier à un autre?

Sur le principe, le code dit que l’Etat détient tout le territoire national et que l’Etat peut, à partir d’une certaine présomption, confirmer le droit d’une personne physique, d’une personne morale sur une partie du territoire national. C’est ce qu’il faut vraiment comprendre. La question est beaucoup plus relative à des réalités sociologiques entre des ethnies, ou à des cas où l'on se retrouve des groupes majoritaires ou minoritaires. Il y a aussi certains cas où certaines ethnies se pensent supérieures à d’autres. Aujourd’hui, il faut que les populations de manière générale, et celles qui font l’objet de ces problèmes, commencent à formaliser leurs droits pour que l’Etat puisse œuvrer à protéger ces droits qu’elles pourraient avoir. Donc, s'il s'agit d'une première occupation, si les gens se sont installés là depuis, ils ont à s’adresser à l’administration communale, donc au maire de leur localité, pour se faire délivrer l'attestation de détention coutumière. On note par ailleurs des problèmes de possession ou d’occupation, où certains estiment que d'autres n’ont pas à s’installer, qu’ils ne peuvent pas être propriétaires. Ce sont les actions d’information, de communication, de sensibilisation qui peuvent aider à expliquer, faire comprendre pour que chacun sache à quoi s'en tenir. Il faut faire évoluer les mentalités.

Que pensez-vous des cas d’expulsion, par des populations  dites autochtones, de certaines communautés des espaces occupés par ces dernières, même depuis des décennies ?

Pour les questions relatives au droit de propriété, au droit d’exploitation de la terre, aux contrats d’usage de la terre, il y a deux cas qu’il faut dissocier. Il y a le droit de propriété qu’on peut transférer, c’est-à-dire que quand je vends ou quand je donne, ça veut dire que le droit de propriété passe de ma main et rentre dans la main de l’autre. Et ça s’arrête là. Quand je prête, quand je loue, quand je mets à disposition, ça suppose que je garde toujours le droit de propriété et c’est le droit d’exploitation que je transfère. Et le code a bien prévu que dans ces cas, il faut formaliser également les contrats d’usage. Si on se retrouve dans des cas de contestation de droit de propriété ou de limite ou d'exploitation de la terre, il faut bien faire recours aux mécanismes de règlement, soit un règlement à l’amiable, soit les parties se présentent devant le tribunal de conciliation de la localité, ou carrément elles vont au tribunal pour aller régler cela. Il faut aujourd’hui formaliser toutes les situations et régulariser les situations déjà existantes.

 A l’école, aller aux toilettes est un geste normal relevant de la satisfaction des besoins physiologiques de l’être humain. Et pourtant dans presque tous les établissements scolaires publics du Bénin, il constitue un exercice assez compliqué pour les apprenants. Un vrai casse-tête à cause du manque d’hygiène de ces lieux d’aisances. Malgré le coût économique et sanitaire engendré, des toilettes insalubres et malodorantes dans les écoles restent banales et n’émeuvent personne. Enquête…

Jeudi 9 mai 2019 au Collège d’Enseignement Général de Houéyiho, un quartier de la ville de Cotonou. Il est 9h15. La cour de l’établissement est silencieuse. Seules parviennent des salles de classe, les voix de quelques professeurs en plein cours. D’un pas alerte, Priscilla A., classe de 4ème sort d’une des cabines du bloc de latrines situé juste derrière les salles de classe. Dans des gestes effrénés, elle époussète sa robe kaki avec un bout de tissu qu’elle sort d’une de ses poches. Tour à tour, son nez fait l’inspection de ses mains, avant-bras et bras, puis de sa robe. Son écœurement est perceptible à l’étirement de ses lèvres. « Je sens mauvais », nous confie-t-elle avec un trépignement à la question de savoir ce qui n’allait pas. Nous lui expliquons les raisons de notre présence dans l’établissement. Elle se confie. « Je n’ai pas l’habitude d’aller aux toilettes à l’école. Mais, je ne me sens pas bien depuis ce matin. Je n’ai pas pu résister cette fois-ci », explique l’élève de la classe de 4ème.

Au CEG Godomey, le lendemain 10 mai. C’est la récréation. A l’entrée du bloc de latrines situé presque en plein milieu de l’établissement, une petite file se forme. Les sept cabines sont toutes occupées. Paul Gbègnon, élève en classe de troisième, attend impatiemment que l’une d’entre elles se libère. « Pendant la récréation, c’est souvent difficile d’aller aux toilettes », souligne-t-il. Et sur la question de l’entretien, il indique avec une certaine désinvolture que c’est sale et sent mauvais, mais qu’il n’a pas le choix.

Pour ces deux élèves et pour la grande majorité de leurs compères, c’est toujours avec la mort dans l’âme qu’ils fréquentent les latrines installées dans leur école.

Des écoles sinistrées ?

Au CEG Sainte Rita de Cotonou, plus d’une dizaine de cabines ont érigées. Mais aucune n’est fréquentable. On y remarque deux types de cabines. Celles conventionnelles et celles à chasse. Délabrées et abandonnées, les cabines à chasse ne manquent pour autant pas d’attirer l’attention. Malgré l’absence de toute arrivée d’eau, des fèces laissés par les élèves depuis des mois sont encore visibles dans les pots, soit asséchés, soit baignant dans l’urine des derniers visiteurs, forcés de les utiliser en urgence. Selon les explications de plusieurs élèves de l’établissement, ils se voient obliger d’y faire un tour quand les cabines à fosses situées non loin de là sont toutes occupées. « Je ferme mon nez quand je vais là-bas (cabines à chasse, ndlr) », déclare l’un d’eux. Les latrines à fosses, quand bien même actuellement utilisées par tous les apprenants de l’établissement, sont toutes aussi repoussantes. En plus d’être inondées d’urine, les bords sont parsemés de bouts d’excréments, et par endroit, on note des matières fécales à même la dalle.

Aux CEG Godomey, Houéyiho, le Méridien ou à l’école primaire publique de Wolèguèdè et dans tous les établissements scolaires, primaire comme secondaire, du Bénin, le constat est presque le même. « Il était carrément impossible d’être à l’aise quand, obligé, on devait aller aux toilettes au Lycée Mathieu Bouké », explique Benjamin Otchoumaré, élève dudit établissement entre 1999-2005.

Pour les responsables d’établissement, la faute de l’insalubrité des latrines est d’abord aux élèves. « Les apprenants ne prennent pas le temps de faire les choses comme il se doit. Ils déposent l’urine ou les matières fécales n’importe où », déclare Bernard Lahamy, directeur du CEG du Godomey. D’autres raisons, non négligeables existent également. Thomas Sonou, directeur du CEG Houéyiho pointe du doigt l’effectif pléthorique des écoles. « L’effectif est écrasant. Nous sommes autour de 5 000 chez nous », dit-il comme lassé d’une situation devenue un casse-tête. « Pour des toilettes publiques, cela ne peut que créer de petits soucis au gestionnaire », ajoute-il. Bernard Lahamy déplore aussi le nombre insuffisant des cabines disponibles et le manque de moyens financiers.

Pour Félix Adégnika, coordonnateur national du Water Supply and Sanitation Collaborative Council (WSSCC, Conseil de concertation pour l’approvisionnement en eau et l’assainissement, en français), c’est simplement un drame qui se joue dans les écoles en matière d’hygiène et d’assainissement. En plus de ce que toutes ne sont pas dotées de latrines (seulement 85% en 2017), obligeant les apprenants à déféquer à l’air libre, c’est aussi que les cabines sont insuffisantes dans les établissements qui en ont. « Le ratio d’une latrine pour 50 élèves retenu par le Bénin n’est du tout pas respecté », fustige-t-il. Et pour ne rien arranger, il n’y a souvent pas d’eau pour permettre aux apprenants de se laver les mains. « Pour les 3/5 des établissements scolaires publics, il n’y a pas de dispositifs de lavage des mains », regrette Félix Adégnika. Selon lui, l’Etat doit prendre ses responsabilités.

 Un lourd tribut pour le pays

Pour Félix Adégnika, coordonnateur national du WSSCC, le manque d’hygiène et d’assainissement a un coût social et économique dont on ne mesure pas encore l’ampleur au Bénin. En effet, le défaut d’entretien des latrines, en général, et au niveau des établissements scolaires en particulier est un véritable problème de santé publique. Selon le docteur en médecine, Isaac Houngnigbé, l’apprentissage, l’hygiène et la santé sont intimement liés. « L’école est l’endroit où les enfants passent la majeure partie de leur temps. Si les conditions d’hygiène y sont mauvaises, les enfants sont exposés à des risques de maladies et d’infections », explique-t-il. Les enfants peuvent ramener chez eux les agents infectieux contractés sur le lieu de garde ou à l’école, et infecter ainsi d’autres membres du foyer. Il s’agit essentiellement d’infections intestinales par les vers, telles que l’ankylostomiase, la trichocéphalose, l’ascaridiose et la schistosomiase. « Les vers se transmettent facilement au sein des groupes d’enfants qui jouent ensemble, se touchent, se rendent aux toilettes et souvent, ne se lavent pas les mains au savon en sortant », confie le docteur. Selon les estimations données par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le manque d’assainissement est à l'origine de près 280 000 décès par maladies diarrhéiques chaque année dans les pays à revenu faible.

Egalement, prévient le docteur Isaac Houngnigbé, les maladies liées au péril fécal sont une des causes les plus importantes de retard de croissance physique et intellectuel. Alain Tossounon, journaliste et expert en matière d’hygiène et assainissement désigne aussi l’absence de toilettes propres comme un obstacle énorme à l'éducation, à l'égalité et à la sécurité des enfants. « Un enfant malade ne peut plus aller à l’école et prend du retard sur ses camarades », souligne-t-il. « Beaucoup d'études ont montré qu’améliorer l'accès aux infrastructures d'hygiène et d'assainissement réduit non seulement l'absentéisme mais aussi l'incidence et la sévérité des maladies au sein des élèves », renchérit le docteur Isaac Houngnigbé.

 

L’entretien : Qui est en responsable ?

Pour maintenir propres les latrines érigées dans leur établissement, les directeurs ne manquent pas de prendre des initiatives. « Au cours de l’année scolaire, nous y mettons des produits désinfectants qui diminuent surtout les odeurs de manière sensible », explique Bernard Lahamy, directeur du CEG Godomey. Au CEG Houéyiho, des services extérieurs sont requis tous les trois ou six mois pour cette désinfection. « S’ils viennent 4 à 5 fois dans l’année, le coût de cette prestation extérieure nous revient autour de 400 mille FCFA », confie Thomas Sonou. Pour les excréta, il faut attendre les rares fois où le gardien, sur instruction du directeur, est disposé à faire le nettoyage. Ou, quand des apprenants récalcitrants sont chargés de le faire comme punition, avec les conséquences sanitaires impliquées et reconnues par les chefs d’établissement.

La loi n° 97-029 du 15 janvier 1999 portant organisation des communes en République du Bénin et la loi n° 98-005 du 15 janvier 1999 portant organisation des communes à statut particulier mettent à la charge des collectivités locales la construction, la réparation et l’entretien des écoles maternelle et primaire, et secondaire (communes à statut particulier). Par ailleurs, les collectivités locales sont également responsables des questions d’hygiène et d’assainissement (loi n°97-029 du 15 janvier 1999). Paradoxalement, les mairies ne semblent pas véritablement s’intéresser à la question. Joint au téléphone, un cadre de la mairie d’Abomey-Calavi avoue que rien n’est fait dans ce sens. « L’assainissement a ceci de déplorable que c’est seulement quand il y a crise qu’on se lève », se désole Félix Adégnika.

Nos tentatives pour avoir l’appréciation des autorités compétentes des ministères des enseignements maternel et primaire, et secondaire sont restées sans suite. Toutefois, « quand on parle aux responsables du ministère, la réponse générique, c’est "manque de moyens", se plaint Félix Adégnika.

 

Accorder plus d’attention

En 2010, l’Assemblée générale des Nations Unies a reconnu le droit à l’eau potable et à l’assainissement comme un droit de l’homme. Egalement, l’atteinte des objectifs 3 (Accès à la santé et au bien-être), 4 (Accès à une éducation de qualité) et 6 (Accès à l’eau potable et à l’assainissement) de l’Agenda 2030 auquel le Bénin est partie prenante passe forcément par l’école. « C’est dans les écoles que les enfants apprennent les comportements et prennent des aptitudes. Malheureusement, elles sont négligées et ça se répercute sur l’ensemble de la vie de la communauté », se désole Félix Adégnika. Pour cela, l’Etat doit également accorder une plus grande attention aux questions d’hygiène et d’assainissement, exhorte Richard Houssou de la Direction nationale de la santé publique. « Quand la priorité est clairement définie, la volonté politique l’accompagne », déclare-t-il. Le journaliste Alain Tossounon regrette l’abandon de la création des comités de santé dans les écoles qui étaient un début de solution. « On n’accorde plus la même attention à ces questions alors que cela a un impact sur la santé des apprenants », déplore-t-il.

Pour le coordonnateur national du WSSCC, les contrôles dans les établissements scolaires doivent aller au-delà des aspects académiques, cantines et autres. « Il faut faire en sorte que la propreté des toilettes soit un critère d’évaluation de la gouvernance de ces écoles », conseille-t-il. Selon Richard Houssou de la Direction nationale de la santé publique, une telle doléance a déjà été adressée aux ministères en charge des enseignements. Sa concrétisation devrait corriger beaucoup de choses sur le terrain. Alain Tossounon en attend énormément. « Le ministère de la santé, à travers la direction nationale de la santé publique, devrait travailler ensemble avec les ministères des enseignements pour veiller au respect des conditions d’hygiène et d’assainissement dans les écoles », indique-t-il.

En attendant, notons qu’une étude de l’OMS en 2012 a calculé que pour chaque dollar (US $) investi dans l’assainissement, on obtient en retour 5,50 dollars (US $) provenant de la baisse des dépenses de santé, des gains de productivité et de la diminution du nombre des décès prématurés.

 

Jesdias LIKPETE

Enquête réalisée avec l’appui financier de l’Ambassade des Etats-Unis près le Bénin

 

Les populations d’Adounko ont tout pour vivre paisiblement, mais qui, paradoxalement, ne parviennent pas à émerger. L’absence de l’énergie électrique a handicapé le développement de cette région et le bien-être social a pratiquement disparu du quotidien des habitants.

Jean-Discipline Adjomassokou

Adounko est une localité située à environ 13 km à l’ouest de Cotonou partagée entre les communes de Ouidah et d’Abomey Calavi. Adounko Kpèvi et Adounko Ayignon relèvent de Ouidah tandis que Djèkpota centre, Adounko Daho et Aclakou Gbagoudo sont sous l’administration d’Abomey Calavi. Un vaste territoire où vit depuis plusieurs années une population de plus de 30 000 habitants. Les populations ont comme activités principales la pêche et l’agriculture. On y découvre aussi des temples des divinités comme le Zangbéto, Egungun, Dan, Oro etc. C’est une zone séparée par la mer, d’un cours d’eau qui porte le nom de la localité Adounko. Les berges lagunaires bordées de cocotiers favorisent le développement touristique intense. Une zone pittoresque et touristique qui attire plusieurs personnes à organiser des pique-niques et des rencontres en quête de calme et de repos. Le vent doux qui souffle sur la région adoucit l’ardeur du soleil et conduit tout visiteur à se balader même les pieds nus sur des chemins sablonneux à longueur de journée en écoutant les chants des oiseaux sans se lasser. Mais lorsque le crépuscule commence par tomber, Adounko change de visage, l’obscurité s’étend partout empêchant de voir loin. Tout s’évanouit dans le noir et là, Adounko présente un aspect de mélancolie et de dégoût. A ce moment, les visiteurs se pressent à quitter les lieux. Du coup, les rues deviennent désertes et la vie est insupportable. La raison fondamentale réside dans l’inexistence de l’énergie électrique dans toute la localité.

Nid d’insécurité

A 20h, nous nous pointons dans la concession de dame Viviane Sossou, vendeuse de bouillie à Adounko Kpèvi. Elle s’active à servir à manger à ses enfants. Elle nous exprime son sentiment sur la situation: «Notre vie est désagréable ici à cause du manque d’électricité ». Elle éclaire sa demeure avec une lanterne. Elle voulait aller remettre un colis à l’une de ses amies dont la maison est située à une centaine de mètres de chez elle. Mais elle se rebiffe à remplir cette obligation parce qu’elle a peur de l’obscurité. « Nous ne sortons plus de nos maisons  à partir de 20h car les agressions des bandits sont récurrentes », regrette-t-elle. Adounko est devenu depuis quelques années un nid d’insécurité. Les malfrats sèment la terreur dans la localité. Rien ne leur échappe. « Les maisons abandonnées et les parcelles inoccupées sont des lieux de refuge pour les hors la loi », a déclaré Monsieur Nestor Comlan Byll, chef des quartiers Adounko Daho, Djèkpota centre et Aclakou Gbagoudo. Les femmes sont les plus exposées surtout lorsqu’elles reviennent du marché ou de la ville la nuit. Elles subissent les pires traitements des malfrats qui les dépouillent de tous leurs biens et abusent d’elles. Ils disparaissent dans la nature sans être inquiétés après leurs forfaits. « L’éclairage de la localité pouvait nous permettre de combattre ce fléau. Mais hélas », a ajouté Monsieur Nestor Comlan Byll. La lumière n’étant pas disponible, les enfants de Viviane Sossou, allongés sur une natte en paille, repartiront le lendemain à l’école sans pouvoir apprendre leurs leçons.  

Un déficit qui plombe  l’activité  économique

Les localités d’Adounko regorgent des potentialités économiques et touristiques qui devraient leur permettre d’assurer un développement harmonieux. Malheureusement, cette localité abandonnée à elle-même ne bénéficie d’aucun projet pour favoriser son essor. Il n’existe pas de bars et restaurants, ni d’un atelier de soudure ou d’une scierie et encore moins d’une poissonnerie ou d’un centre informatique ou de photocopie ou encore moins d’une quelconque unité de production. Les activités qui nécessiteront l’utilisation de l’énergie électrique ne sont pas les bienvenues à Adounko.  Les femmes qui tentent d’obtenir des microcrédits sont souvent désillusionnées. Les activités tombent en faillite et elles se retrouvent avec des dettes. « Je n’arrive plus à vendre mes poissons frais parce que je ne peux pas les mettre au frigo et je suis en faillite. Je croule sous le poids des dettes », a expliqué Odette Zossoungbo, vendeuse de poissons frais à Adounko Daho. « Les activités de nos femmes ne prospèrent pas faute d’électricité », déplore Monsieur Nestor Comlan Byll. Il est également impossible de se procurer des glaçons pour étancher la soif. Le seul salon de coiffure, pour hommes, d’Adounko Kpèvi ne comble pas les attentes de sa clientèle. Son propriétaire Denis Ganmètognimon fait fonctionner son salon à l’aide d’un groupe électrogène. Ce moteur le lâche régulièrement et décourage sa clientèle. Il ne vit pas de son métier car il fait un chiffre d’affaires d’à peine 500 FCFA par jour. Les jeunes sont abandonnés à eux-mêmes parce que toutes leurs initiatives économiques se soldent par un échec. C’est le cas de Fulbert Anagonou, un jeune qui avait ouvert un bar à Adounko Daho, mais il s’est précipité pour mettre les clés sous le paillasson parce qu’il n’arrivait pas à refroidir les boissons avec même des glaçons.

Les toiles d’araignées et les risques

 Les habitants qui possèdent l’électricité dans leurs maisons à Adounko ont dû la tirer  depuis Cococodji  (la zone du Collège d’enseignement général Le Méridien) par le système archaïque et à risque appelé ‘’Toiles d’araignée’’ sur une distance de plus de 4 km. Pendant les saisons pluvieuses, les bois qui tiennent les fils électriques tombent au gré du vent dans l’eau ou sur la voie publique. Les femmes et les enfants sont souvent victimes d’électrocution. Parfois, certaines personnes mal intentionnées volent les fils électriques la nuit et plongent les propriétaires dans le noir. Mais les utilisateurs de ce système de toiles d’araignée ne sont pas du tout satisfaits de la qualité de l’énergie qui leur parvient. Ils assistent à la baisse permanente de tension ou à la coupure de longue durée de l’énergie électrique sans raison. Au domicile de Monsieur René Aballo cette nuit, c’est l’obscurité qui dicte sa loi. Il est alimenté par les toiles d’araignée. Ses voisins qui utilisent le même système disposent de l’énergie électrique. René Aballo ne comprend pas encore cette anomalie de ce soir. Il décide de faire le parcours à pied en compagnie de son fils pour vérifier l’état des toiles d’araignée à l’aide d’une torche. La mort dans l’âme, il constate que ses fils électriques ont été sectionnés et emportés par des inconnus. « Je suis malheureux », nous lance-t-il tout abasourdi. La seule Cafétéria Habib Lopez de Aclakou Gbagoudo fonctionne sur la base des toiles d’araignée. Mais son tenancier se plaint de l’augmentation des frais de consommation dont il est chaque fois contraint de payer. « Le transport de l’énergie par les toiles d’araignée nous coûte trop cher », a fait savoir Dadjè Habib, le tenancier de cette cafétéria. Beaucoup d’habitants viennent charger leurs portables auprès de ce dernier contre 100 FCFA. Il faut de longues heures pour charger un portable à cause de la baisse de tension. Mais également, Dadjè Habib déplore les dommages que subissent ses appareils électroménagers en raison des coupures intempestives et de la baisse de tension. Le jour où Dadjè Habib ne parvient pas à satisfaire ses clients, ceux-ci parcourent les 4 km pour charger leurs portables à Cococodji. Certains résidants de la localité qui ont opté pour l’énergie solaire subissent aussi des désagréments. C’est le cas de Monsieur Jean-Jacques Gbozèkpa Quenum, le chef quartier Adounko Ayignon, qui n’arrive pas à allumer son poste téléviseur à cause de la faible puissance de cette énergie renouvelable. Le conseiller Aurélien Zinsou, un élu local d’Adounko Daho est aussi victime de cette anomalie : « La puissance de l’énergie solaire est faible. J’ai dû remettre mon poste téléviseur à un ami de peur qu’il tombe en panne », avance-t-il. La nuit, les moteurs des groupes électrogènes vrombissent dans plusieurs maisons et empêchent même les occupants de dormir tranquillement. « Il n’est pas rentable d’utiliser un groupe électrogène. Je dépense plus de 30 000 FCFA pour le carburant chaque mois », a expliqué Monsieur  Cosme Adjovi, un opérateur économique d’Adounko Ayignon. Il regrette des dommages dont ses appareils électroménagers sont régulièrement victimes. « Il y a 3 mois, j’ai changé deux (02) ventilateurs et le poste téléviseur », a-t-il souligné.

Quid des infrastructures sociocommunautaires ?

Adounko est doté de quelques infrastructures, mais qui ne fonctionnent pas correctement en raison du manque d’électricité. C’est le cas du centre de santé d’Adounko Ayignon qui est aujourd’hui paralysé dans son bon fonctionnement. Dans cet établissement sanitaire, le calme qui y règne démontre la non fréquentation par les patients. Il est doté d’un aspirateur, mais par défaut d’électricité, cet appareil, dont le rôle est de désencombrer les nouveau-nés qui inhalent le liquide amniotique, est devenu un objet d’ornement dans le centre de santé. Il n’y a pas aussi un appareil frigorifique pour conserver les vaccins. Le personnel est toutes les fois obligé de se référer au centre de santé de Pahou à 15 km pour s’en approvisionner. Lorsque les vaccins ne sont pas disponibles, des infections comme le tétanos font des ravages dans la localité. « Lors des accouchements la nuit, j’utilise la lampe rechargeable », a expliqué l’infirmière Nanette Allakpa Bigo. Mais parfois l’énergie de la lampe s’affaiblit. « Là, j’écarquille les yeux pour pouvoir faire le travail et le drame peut survenir », a-elle ajouté. L’obscurité qui règne autour du centre de santé la nuit empêche les patients d’y aller pour se faire soigner.

Les écoles également ne fournissent pas souvent de bons résultats. . « Rares sont les élèves qui résident dans cette localité jusqu’à obtenir le baccalauréat », déplore Antoine Houessinon, le chef du village d’Adounko Kpèvi. Les parents pour la plupart font usage de lampions ou de lanternes à pétrole lampant pour éclairer leurs maisons. Les enfants ne bénéficient pas de cet éclairage pour réviser les cours. D’où le taux d’échec toujours en hausse chaque année avec l’abandon fréquent des études par les apprenants. Seuls, les parents ayant un peu plus de moyens financiers placent leurs enfants chez d’autres personnes à Cococodji, à Cotonou ou ailleurs pour pouvoir obtenir des résultats satisfaisants. Le centre de l’artisanat d’Adounko Kpèvi également ne s’anime pas comme il se doit, faute d’électricité. Pas de centres de loisirs ni de lieux de distraction pour les jeunes dans la localité.

Les démarches pour l’électricité dans l’impasse

Adounko est une région du département de l’atlantique qui était destinée à se développer plus vite que les localités environnantes. Mais le déficit de l’électricité a non seulement émoussé l’ardeur des bonnes volontés, mais surtout a sérieusement arriéré la localité. Une situation qui afflige véritablement Monsieur Rufin Agblo, l’un des jeunes dynamiques d’Adounko Kpèvi : « Regardez Cococodji, Akadjamè, Avlékété, Togbin et autres autour de nous où l’électricité fait le bonheur des populations. Mais ici, nous vivotons dans l’obscurité ». Effectivement, à cause du manque d’électricité, tous les quartiers d’Adounko n’ont pas pu connaitre un brin de développement. Une situation que ne comprend pas Monsieur Jean-Jacques Gbozèkpa Quenum, le chef du quartier d’Adounko Ayignon : « Nous menons les démarches auprès des autorités depuis plus de 20 ans, mais depuis, rien ».  Une situation qui complique l’existence humaine dans la localité. La vie est sérieusement perturbée sinon insupportable pour les habitants d’Adounko qui ont décidé d’y rester. Plusieurs personnes ont dû vendre leurs maisons pour aller construire à Hêvié, à Womey ou à Sèlolli Fandji, des localités déjà alimentées en énergie électrique.  Monsieur Byll Comlan Nestor indique que les autorités exigent le lotissement avant l’électrification d’Adounko. Or, les litiges domaniaux freinent les opérations de lotissement dans la zone. Il informe que les plans de voirie existent déjà et il suffit seulement d’alimenter Adounko si la volonté politique anime les dirigeants. Il souligne que l’inexistence de lotissement à Hêvié n’a pas empêché les autorités d’électrifier cette localité.

Les populations d’Adounko sont à bout de souffle dans les démarches pour l’électrification de leurs localités. Elles souhaitent voir des actes concrets et vivre comme tous les autres citoyens du pays en bénéficiant de l’énergie électrique pour améliorer leurs conditions de vie. Pour ces habitants, l’électricité passe avant le lotissement et l’adduction d’eau dans leur localité. Mais en attendant de bénéficier un jour peut-être de l’électrification, ce site culturel et touristique continuera de porter sa croix dans le noir.

 

 

  

 

 Des poissons contaminés.  Des vies humaines exposées, développant différentes sortes de pathologies à la consommation des poissons pris dans le lac. L’encombrement des tas d’immondices le long du lac Nokoué constitue un danger non seulement pour l’environnement ; mais pour les espèces halieutiques et humaines. Enquête.

 Des tas d’immondices encombrant quotidiennement le lac avec des conséquences néfastes

Assis torse nu dans son fauteuil dégarni de coussins devant sa case sur pilotis à Sainte-Cécile, un des quartiers de pêcheurs de Cotonou, M.Totin Aziadéko, pêcheur depuis plus d’une cinquantaine d’années, scrute cet après-midi le ciel en ce lundi du début du mois de septembre 2019, l’index entre les lèvres. Il secouait de temps à autre la tête. A la question de savoir ce qui l’intriguait si tant, le vieil homme répond sèchement : « La pêche sur le lac n’est plus rentable. Après plusieurs heures de pêche, je suis revenu avec seulement moins d’une dizaine de poissons carpes ». Son épouse Ablavi Mensah estime que les poissons du lac Nokoué ne comblent plus les besoins de la famille. « Je suis chaque fois obligée d’acheter les poissons congelés importés pour nourrir la famille », a-t-elle affirmé. M. Vincent Yétongnon, un pêcheur de Sainte-Cécile explique que les ordures constituent l’un des facteurs de l’appauvrissement en poissons du lac. Toute la bordure du lac Nokoué est aujourd’hui jonchée des ordures de toutes sortes. En cette période de crue, des pans entiers  s’écroulent et flottent au-dessus de l’eau. Une pollution qui expose les poissons à la contamination. En effet, la plupart des déchets déversés dans le lac contiennent des produits chimiques, biomédicaux, des métaux lourds comme le zinc, le mercure, le plomb, l’étain, le cuivre, le fer, le nickel etc. qui détruisent la vie des poissons. « Ces matières solides constituent un poison pour toutes les espèces vivantes dans le lac Nokoué », a indiqué M. Cyrille Aholoukpè, chef service point focal suivi-évaluation à la direction des pêches du ministère de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche. A Hindé, l’eau du lac est désormais de couleur ocre, polluée par des immondices. L’odeur que dégagent ces déchets est insoutenable. Les vendeurs et vendeuses de piments et d’ognons se sont installés de part et d’autre de l’eau pour faire écouler leurs marchandises. L’air suffocant empêche tout visiteur d’y résister longtemps. « Les responsables du marché ont formellement interdit de jeter des ordures dans le lac. Mais, nous retrouvons toujours ces déchets là », s’étonne dame Philomène Vivossi, vendeuse d’épices au marché Dantokpa. Il existe des endroits où les usagers du marché Dantokpa doivent obligatoirement déposer leurs ordures. Malheureusement, ces lieux sont délaissés par certains et les ordures se retrouvent dans le lac. « Lorsque les barques à ordures sont remplies, les marchands ne savent plus où déverser leurs déchets. Des inconnus vont nuitamment se livrer à cette sale besogne à l’insu de tout le monde », a fait savoir M. Assane Zoubérou, le secrétaire général de l’Association des réceptionnaires de piments et oignons de Malanville (Arpom) au marché Dantokpa. « Nous ne connaissons jamais ceux qui déversent les ordures dans le lac. Nous travaillons quotidiennement ici pour assainir le marché », s’est dédouané M. Goslin Ahamédé, contrôleur du Point de regroupement des déchets solides et ménagers de Hindé.

La contamination des poissons et de l’homme

Le comblement du lac Nokoué avec les ordures est un véritable danger aussi bien pour les poissons que pour les êtres humains. Tout d’abord, le lac se rétrécit dans le sens de la largeur à grande échelle à plusieurs endroits. « Ici à Hindé, les populations ont fermé le lac avec des ordures sur une distance de plus de vingt (20) mètres environ en cinq (05) ans », a avancé Mathieu Sonon, un vendeur de charbon à Hindé. L’espace est actuellement occupé par des marchands qui ne se soucient des conséquences d’un tel acte. Ensuite, les poissons se nourrissent contre leur gré des détritus des ordures qui sont en réalité des matières chimiques impropres à la consommation. « Il arrive parfois que nous trouvions des poissons et des crevettes morts à la surface de l’eau. Nous ne savons pas toujours ce qui leur arrive », a déploré M. Hector Djinou, pêcheur à Gbèdjromédé. Il est alors impossible de déterminer des produits halieutiques contaminés ou non qui proviennent du lac Nokoué. A cet effet, Cyrille Aholoukpè exhorte à la prudence. Les déchets solides et ménagers entrainent la baisse de la reproduction des poissons, la réduction du taux de fécondité, et l’augmentation du taux de mortalité des espèces halieutiques. Les poissons ne sont pas les seuls à être exposés aux effets de la pollution du lac. Les consommateurs de poissons et des autres produits issus de ce cours d’eau sont aussi concernés par cette contamination. « Nous recevons des patients qui développent des pathologies comme le cancer, des maladies cutanées, pulmonaires etc. Après les analyses, nous remarquons qu’ils ont consommé sans le savoir du plomb, du zinc, du mercure ou de l’étain», a déclaré un médecin qui a requis l’anonymat. Selon lui, la plupart de ses patients proviennent des quartiers de pêcheurs tels que Sainte-Cécile, Gbédjromédé, Hindé et Aïdjèdo.

Malgré les multiples séances de sensibilisation et de mobilisation organisées par la direction des pêches depuis 2017 à l’endroit des riverains du lac, les déchets solides et ménagers continuent d’être déversés dans le cours d’eau créant un déséquilibre de l’écosystème. « Les poissons ne retrouvent plus les conditions normales pour pondre beaucoup d’œufs afin de clore assez de poissons dans le lac », a précisé  Cyrille Aholoukpè. D’une superficie de 339 hectares, le lac Nokoué est le plus grand cours d’eau des départements de l’Atlantique et du Littoral. Il fournissait il y a encore quelques années plus de 18 000 tonnes de ressources halieutiques à la population. Aujourd’hui, l’on en trouve que 10 000 tonnes environ de produits du lac par an, selon la direction des pêches. La présence des ordures dans le lac perturbent sérieusement l’activité de la pêche sur le lac. Les poissons ne sont plus à foison comme auparavant il y a encore une vingtaine d’années. Les poissons se nourrissent mal et sont plus maigres. « Grâce à la pêche sur le lac Nokoué, j’ai construit ma maison et tous mes quatre enfants sont devenus des cadres de l’Etat. Aujourd’hui, je ne peux plus gagner mille (1000) FCA par jour de la vente des poissons », regrette M. Léon Gbètoho, pêcheur à Hindé.

 

                                                                         Jean-Discipline Adjomassokou

                                   

 

 

Après leur brillante réussite aux épreuves du Baccalauréat 2018 et leur positionnement dans le peloton de tête sur le plan national, l’euphorie des premiers jours a laissé place à un silence sur leur avenir. Eux, ce sont les 10 premiers au Baccalauréat 2018. Une année après leurs prouesses, force est de constater que certains parmi les lauréats au Bac 2018 errent encore dans les rues et ruelles de Cotonou et environ dans l’attente de leur départ pour l’étranger (la France) afin d’y poursuivre leurs études supérieures. Surpris par leur présence à cette période de l’année universitaire sur le territoire national, votre journal Educ’Action a pris sur lui, l’initiative de faire la lumière sur les raisons d’une année universitaire perdue. Enquête !

Adjéi KPONON & Romuald D. LOGBO

27 août 2018, la presse est conviée à prendre part à la conférence de presse qui fera la lumière sur les efforts fournis par les 34.452 nouveaux bacheliers du Bénin afin de savoir lesquels sont dignes des privilèges accordés par le décret n° 2017-155 du 10 mars 2017 portant critères d’attribution des allocations d’études universitaires. Avec une moyenne de 17,81 sur 20,  Ismaël Gounou Adam Soulé occupe la première marche du podium entouré de Adam Bassimath, 2ième avec 17,77 sur 20 et Elom Kodjo-Kpakpassou sorti 3ième avec 17,36 sur 20. A cette rencontre Bienvenu Koudjo, Directeur de Cabinet du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique (MESRS), déclare que « ceux qui ont obtenu la mention Très Bien dans les séries scientifiques ont automatiquement la bourse d’excellence. Elle leur donne le droit de choisir les établissements qu’ils veulent pour continuer leurs études partout sauf au Canada » à condition d’être parmi les dix premiers comme le précise le décret suscité. S’enchaînent alors les cérémonies de récompense pour la belle équipe de 10 jeunes gens. Depuis lors, l’eau a coulé sous les ponts. La nature faisant sa sélection a permis à chacun de prendre son chemin, mais la grande majorité des bénéficiaires sont encore sur le territoire national. Et pour cause !

Les raisons de la présence des lauréats sur le territoire national …

Selon les précisions de Narcisse Akplogan, Chef service des formations à l’étranger à la Direction des Bourses et Secours Universitaires (DBSU), rencontré le 9 mai 2019 dans son bureau, « le problème maintenant, c’est qu’ils n’ont plus la possibilité d’aller au Canada, avec les nouveaux textes. Donc, ils choisissent majoritairement la France. Alors que, avec la période à laquelle les résultats sont proclamés ici, ils n’ont plus la possibilité de s’inscrire pour l’année académique qui doit s’ouvrir en septembre. Ils doivent donc se préparer pour l’année qui suit via Campus France ». Les dés sont donc jetés, la plupart des bénéficiaires de la bourse nationale d’excellence sont donc contraints de choisir la France pour continuer leur parcours dans une formation de pointe non disponible au Bénin. Toujours sur les raisons de leur présence à Cotonou et environs, la mère de la 2ième au Bac 2018 soutient que « Adam Bassimath n’a pas voyagé jusqu’à présent parce qu’après les résultats, nous nous sommes rapprochés de la DBSU où nous avons appris que les écoles ont déjà commencé là-bas [en France, ndlr], et si on arrive à trouver une admission, on pourra lui octroyer une bourse ». Sur ces mots des responsables de la DBSU qui font naître l’espoir en ce que sa fille ne perde pas une année, dame Idrissou Adam a poursuivi les recherches sur ces fonds propres, des centaines de milliers de francs. Hélas ! « Comme les écoles ont commencé, nous avons eu l’admission d’une école privée mais, à la DBSU, il paraît que c’est celle d’une école publique qu’il faut avoir obligatoirement. Ce que nous n’avons pas eu », a confié, déçue la mère de la deuxième du Bénin. Et pour cause, l’obtention de la bourse d’excellence est conditionnée par l’admission effective obtenue auprès d’un établissement public français. Ce qui n’a pas été précisé à cette brave dame soucieuse du départ de sa fille pour ses études universitaires en France. Et pourtant, cette posture semble bien être confirmée par Narcisse Akplogan qui rappelle que « nous ne nous engageons pas avec les étudiants pour l’obtention de leur inscription. Ils se débrouillent pour avoir l’inscription dans une université et ils constituent un dossier qu’ils doivent déposer à la DBSU ». A cela, dame Idrissou, rencontrée l’avant-veille, explique la démarche qui a été sienne dans la procédure : « nous avons reçu le courrier d’une école à laquelle nous avons écrit. L’établissement a expliqué que notre courrier a été reçu et qu’après étude, ils vont nous faire signe. Donc nous avons imprimé la réponse de l’école qu’on a jointe au dossier de Bassimath pour le déposer mais jusqu’à présent, nous n’avons pas eu de suite ». S’il est vrai que les lauréats ayant choisi des établissements sur le continent africain suivent déjà les cours, les raisons ne manquent pas pour expliquer finalement cette perte d’une année universitaire par les lauréats désireux de poursuivre leurs études en France. Des raisons que le cabinet ministériel de l’enseignement supérieur s’est refusé de nous fournir malgré nos multiples relances.

Le silence inquiétant et surprenant des autorités

Tout en regrettant le fait que les nouveaux étudiants perdent une année, le responsable des formations à l’étranger reconnaît qu’« on ne peut pas demander aux autres pays de changer leur procédure d’inscription à cause de nous ». De plus, il précise aussi que « c’est après le Bac que l’étudiant sait qu’il est parmi les 10 premiers ou pas. Il ne peut pas entamer le processus de Campus France plus tôt en se disant ‘’si jamais je suis parmi les 10 premiers, je vais partir’’ ». Rappelons-le, en matière d’allocation de bourses universitaires, la DBSU et la Commission Nationale d’Attribution des Bourses et Aides Universitaires (CNABAU) sont les bras opérationnels de la politique du gouvernement. Pour donner la parole à chacun des  acteurs concernés, nous nous sommes rapprochés des différentes autorités concernées dont le Président de la CNABAU, Rodrigue Honkpehedji qui a expliqué le refus du dossier du 1er au Baccalauréat qui aurait choisi une université canadienne. Injonction lui a donc été faite d’opérer un autre choix en France ou en Afrique. Un choix qui n’a pas été notifié à la commission jusqu’à la date du 22 mai 2019 où nous l’avons rencontré à son bureau.  Fouinant, nous avons eu vent de l’existence d’une équipe au cabinet du MESRS chargée du suivi des bénéficiaires de la bourse nationale d’excellence et dont le Directeur Adjoint de Cabinet (DAC) en serait le responsable. Toutes les tentatives pour interroger le DAC se sont révélées vaines. En effet, après d’infructueuses tentatives de rencontre par appels téléphoniques, nous avons adressé un courrier au Ministre à l’attention du DAC en date du 20 mai 2019. Dans l’optique de faire le suivi du courrier, une rencontre fortuite avec le DAC a eu lieu le 23 mai 2019 à l’occasion de laquelle nous lui avons exposé les faits sans réussir à l’interroger. Une autre rencontre fortuite a eu lieu le 30 mai 2019 où le DAC avoue avoir reçu notification du courrier, s’est carrément refusé de se prêter à nos questions, évoquant la possibilité d’une rencontre avec une personne plus indiquée le lendemain. Tous les appels émis dès lors par nos soins sont restés sans suite jusqu’à l’heure où nous mettons sous presse. Aux dernières nouvelles, le 1er (Ismaël Gounou Adam Soulé) est toujours au pays et espère un jour voyager comme la 2ième (Adam Bassimath), même s’il n’a voulu nous en dire mot de son quotidien en attendant son départ. Quant à Elom Kodjo-Kpakpassou, il est rassurant de savoir qu’il a réussi à décrocher une inscription locale pour sauver l’année universitaire tout comme Adam Bassimath.