Avec seulement un niveau d’intégrité de 24,5%, le pouvoir judiciaire au Bénin est le plus corrompu selon l’Ong ALCRER et Social Watch Bénin, invités du club presse ‘’Café Médias Plus’’ du vendredi 19 janvier 2018. Vient ensuite la Chambre des comptes. Décryptage !

 

« La Justice est le pilier le plus fragile dans le dispositif d’intégrité avec une note de 24/100 ». Leaders du classement, elle compte en son sein, environ 75% de personnes enclines aux actes de corruption. C’est le verdict de l’étude réalisée l’Ong ALCRER et Social Watch Bénin suite à une demande exprimée par le gouvernement béninois. Toutefois, ce résultat est révélateur de certains problèmes auxquels est confronté le secteur judiciaire. En effet, Gustave Assah, Président du conseil d'administration de Social Watch Bénin, « le Bénin fait partie des pays qui veulent juger les délinquants financiers sans spécialistes avérés au sein de la Justice ». Pour lui, il faut par exemple recruter et former spécialement des magistrats sur les questions de crimes économiques et financiers et les infractions connexes. A cela s’ajoute l’indépendance de la Justice vis-à-vis des autres pouvoirs qui n’est pas encore une réalité.

Chambre des comptes, entreprises privées, institutions d’application de la loi, principales concurrentes

Si la corruption était un produit marchand dans le système national d’intégrité au Bénin, le secteur judiciaire a des concurrentes. La Chambre des comptes du Bénin arrive en deuxième position. Son niveau d’intégrité est estimé à 25% contre 24,5% pour la championne. L’organe sous la tutelle de la Cour suprême, chargé d’auditer les finances publiques, de recevoir les déclarations de patrimoines des hauts fonctionnaires et contrôler les comptes des partis politiques n’a pas une bonne image en matière de lutte contre la corruption et l’impunité. Cette place est due au fait qu’elle est sous la tutelle d’un autre organe et a des ressources humaines et financières très limitées. L’Ong ALCRER et Social Watch Bénin propose alors que la Chambre des comptes devienne une Cour des comptes pour garantir sa transparence.

Derrière la Chambre des comptes, les entreprises privées trustent la troisième place avec un faible niveau de 28% le système d’intégrité national. Les rapports qu’elles entretiennent avec l’administration publique sont souvent entourés par des affaires de corruption. Cela est dû en partie à l’abus de pouvoir de la part de l’administration publique. Les codes de conduite ne sont souvent pas respectés dans le privé. Les institutions d’application de la loi suivent de près, avec 31%. Il s’agit des agents de la police et de la gendarmerie, du Procureur de la République, des inspecteurs des services financiers et autres qui sont confrontés aux mêmes problèmes que ceux de la Justice.

 Société civile, partis politiques, administration publique, même panier

La société civile et les partis politiques occupent respectivement, la cinquième et la sixième place avec 35% et 37% comme niveau d’intégrité. En effet, la gouvernance interne de certaines organisations de la société civile ne garantie par la transparence souhaitée. Toutes ces organisations à ressources limitées dépendent souvent des financements extérieurs. Les partis politiques, l’un des maillons faibles en matière d’intégrité est le résultat d’un manque de financement public conséquent. Ils sont suivis par l’administration publique en septième avec 39% caractérisée par une forte « politisation et l’absence d’éthique ».

Parlement… Autorité nationale de lutte contre la corruption, corrompus 

Avec 44%, le parlement du Bénin occupe la huitième place. Selon Gustave Assah, « le problème aujourd’hui au Bénin n’est pas la corruption, mais l’impunité ». Ainsi, au nom de leur immunité parlementaire, certains députés impliqués dans des actes de corruption ne sont pas inquiétés. De même très peu déclarent leurs patrimoines. Seulement « 36 députés ont fait la déclaration de leurs biens », a indiqué le Président du conseil d'administration de Social Watch Bénin.  

La neuvième et la dixième position revient respectivement aux Organes de contrôle des élections et au Médiateur de la République avec une note de 45/100. La grande surprise de l’étude vient de l’Autorité nationale de lutte contre la corruption.  Organe public chargé de lutter contre la corruption ne réunit que 45% dans le système d’intégrité. Son autonomie, son indépendance et la confiance des citoyens sont des défis à relever.

Et enfin l’Exécutif et les médias

L’Exécutif, avec un score de 48/100, a les mêmes problèmes que le Parlement : l’impunité due l’immunité accordée aux membres du gouvernement et du Chef de l’Etat. Les médias gardent la treizième place avec 50% caractérisés par une absence de journalisme d’investigation sur les faits de corruption.

 

Venance TONONGBE