Par communiqué de presse, le ministère des Transport a ordonné, la restitution des permis de conduire saisis auprès des usagers de la route dans le cadre de l'opération de changement de ce document initié par le gouvernement. Le communiqué, signé par le directeur du cabinet du ministre, indique que le changement du permis de conduire aura bel et bien lieu mais pas maintenant. 

Téléchargez ici ledit communiqué

 

 

Le Millennium Challenge Account Bénin II (MCA)-Bénin II) a le plaisir de vous annoncer le lancement prochain du premier Appel à Propositions de Projets pour la Facilité d’Énergie Propre Hors Réseau au Bénin.

La Facilité d'Énergie Propre Hors Réseau (Off-Grid Clean Energy Facility en anglais, ou OCEF) est un fonds à frais partagés qui fournit un financement sous forme de subventions à des solutions d'énergie propre hors réseau éprouvées et durables dans le cadre de quatre fenêtres à l'échelle nationale au Bénin.

Le premier Appel à Propositions de Projets de l’OCEF sera lancé le 22 février 2018 et sera clôturé le 22 mai 2018.

Une plateforme de partenariat sera disponible sur www.ocef.bj à partir du 15 février 2018. Cette plateforme de partenariat offre la possibilité aux entreprises et organisations locales, régionales et internationales d'annoncer leur recherche d'un ou de plusieurs partenaires dans le but de financer et de mettre en œuvre des projets énergétiques ou projets d'efficacité énergétique au Bénin en tant que consortium.

Calendrier des évènements liés à la demande de candidatures pendant le premier trimestre 2018:

  • 15 février 2018: Lancement de la plateforme de partenariat sur www.ocef.bj
  • 22 février 2018: Lancement du premier Appel à proposition de Projets sur www.ocef.bj

Activités de communication de proximité au Bénin:

  • Porto-Novo le 27 février 2018
  • Abomey/Bohicon le 1er mars 2018
  • Lokossa le 2 mars 2018
  • Parakou le 6 mars 2018
  • Natitingou le 8 mars 2018

13 mars 2018: Atelier d’information à Cotonou pour les candidats potentiels. Cet atelier sert de session de travail, de partenariat et de clarifications et est destiné à réunir les acteurs internationaux et locaux principalement potentiels soumissionnaires de projets. Les soumissionnaires nationaux et internationaux sont vivement encouragés à y participer. Si vous souhaitez participer à cet atelier, veuillez-vous enregistrer par e-mail en vous adressant à : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.. Le nombre de places est limité à 200 et la date butoir d’inscription est le vendredi 9 mars 2018. Si votre organisation a besoin d’un visa pour le Bénin, veuillez-vous adresser à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. pour l’obtention d’une lettre d’invitation.

Toutes les réponses aux questions éventuelles liées à l’Appel à Propositions de Projets seront publiées sur le site de www.ocef.bj.

Les quatre fenêtres de l’OCEF couvrent les domaines suivants:

Fenêtre 1

Infrastructures publiques essentielles telles que:  infrastructures de traitement et de pompage d’eau, éclairage public, hôpitaux, centres de santé publique, tribunaux, universités, écoles et autres infrastructures communautaires.

Fenêtre 2

Décentralisation de la production et de la distribution d’électricité via des mini-réseaux ou des micro-réseaux à usage communautaire et / ou productif.

Fenêtre 3

Systèmes énergétiques domestiques. Soutien aux entreprises pour fournir des technologies d’énergie propre au niveau des ménages, y compris des systèmes solaires domestiques, des pico-systèmes et d’autres produits d’énergie renouvelable.

Fenêtre 4

Mesures d’efficacité énergétique. Soutien à la mise en œuvre de mesures d’efficacité énergétique au profit des institutions publiques, des ménages et des usagers du secteur commercial et du secteur industriel.

Le premier Appel à Propositions vise à sélectionner des projets dans le cadre des fenêtres 1, 3 et 4. L’Appel à Propositions de Projets pour la fenêtre 2 sera lancé au cours du second semestre de l’année 2018.

L'OCEF est l’outil de mise en œuvre du Projet Accès à l’Électricité Hors Réseau financé par la Millennium Challenge Corporation des États-Unis et mis en œuvre au Bénin par le Millennium Challenge Account - Bénin II.

La Fondation GNIDEHOUE a organisé le vendredi 30 décembre dernier la 3ème édition de la soirée de récompense des innovations et actions pour la sauvegarde de l'environnement à l'auditorium de la Maison des Médias Thomas Megnassan à Cotonou.  Au cours de cette soirée qui a connu la distinction de 7 acteurs de l'environnement dont trois professionnels des médias, la Fondation a fait dont de poubelles à la Maison des Médias.  La remise a été faite devant l'assistance.

 

Avec seulement un niveau d’intégrité de 24,5%, le pouvoir judiciaire au Bénin est le plus corrompu selon l’Ong ALCRER et Social Watch Bénin, invités du club presse ‘’Café Médias Plus’’ du vendredi 19 janvier 2018. Vient ensuite la Chambre des comptes. Décryptage !

 

« La Justice est le pilier le plus fragile dans le dispositif d’intégrité avec une note de 24/100 ». Leaders du classement, elle compte en son sein, environ 75% de personnes enclines aux actes de corruption. C’est le verdict de l’étude réalisée l’Ong ALCRER et Social Watch Bénin suite à une demande exprimée par le gouvernement béninois. Toutefois, ce résultat est révélateur de certains problèmes auxquels est confronté le secteur judiciaire. En effet, Gustave Assah, Président du conseil d'administration de Social Watch Bénin, « le Bénin fait partie des pays qui veulent juger les délinquants financiers sans spécialistes avérés au sein de la Justice ». Pour lui, il faut par exemple recruter et former spécialement des magistrats sur les questions de crimes économiques et financiers et les infractions connexes. A cela s’ajoute l’indépendance de la Justice vis-à-vis des autres pouvoirs qui n’est pas encore une réalité.

Chambre des comptes, entreprises privées, institutions d’application de la loi, principales concurrentes

Si la corruption était un produit marchand dans le système national d’intégrité au Bénin, le secteur judiciaire a des concurrentes. La Chambre des comptes du Bénin arrive en deuxième position. Son niveau d’intégrité est estimé à 25% contre 24,5% pour la championne. L’organe sous la tutelle de la Cour suprême, chargé d’auditer les finances publiques, de recevoir les déclarations de patrimoines des hauts fonctionnaires et contrôler les comptes des partis politiques n’a pas une bonne image en matière de lutte contre la corruption et l’impunité. Cette place est due au fait qu’elle est sous la tutelle d’un autre organe et a des ressources humaines et financières très limitées. L’Ong ALCRER et Social Watch Bénin propose alors que la Chambre des comptes devienne une Cour des comptes pour garantir sa transparence.

Derrière la Chambre des comptes, les entreprises privées trustent la troisième place avec un faible niveau de 28% le système d’intégrité national. Les rapports qu’elles entretiennent avec l’administration publique sont souvent entourés par des affaires de corruption. Cela est dû en partie à l’abus de pouvoir de la part de l’administration publique. Les codes de conduite ne sont souvent pas respectés dans le privé. Les institutions d’application de la loi suivent de près, avec 31%. Il s’agit des agents de la police et de la gendarmerie, du Procureur de la République, des inspecteurs des services financiers et autres qui sont confrontés aux mêmes problèmes que ceux de la Justice.

 Société civile, partis politiques, administration publique, même panier

La société civile et les partis politiques occupent respectivement, la cinquième et la sixième place avec 35% et 37% comme niveau d’intégrité. En effet, la gouvernance interne de certaines organisations de la société civile ne garantie par la transparence souhaitée. Toutes ces organisations à ressources limitées dépendent souvent des financements extérieurs. Les partis politiques, l’un des maillons faibles en matière d’intégrité est le résultat d’un manque de financement public conséquent. Ils sont suivis par l’administration publique en septième avec 39% caractérisée par une forte « politisation et l’absence d’éthique ».

Parlement… Autorité nationale de lutte contre la corruption, corrompus 

Avec 44%, le parlement du Bénin occupe la huitième place. Selon Gustave Assah, « le problème aujourd’hui au Bénin n’est pas la corruption, mais l’impunité ». Ainsi, au nom de leur immunité parlementaire, certains députés impliqués dans des actes de corruption ne sont pas inquiétés. De même très peu déclarent leurs patrimoines. Seulement « 36 députés ont fait la déclaration de leurs biens », a indiqué le Président du conseil d'administration de Social Watch Bénin.  

La neuvième et la dixième position revient respectivement aux Organes de contrôle des élections et au Médiateur de la République avec une note de 45/100. La grande surprise de l’étude vient de l’Autorité nationale de lutte contre la corruption.  Organe public chargé de lutter contre la corruption ne réunit que 45% dans le système d’intégrité. Son autonomie, son indépendance et la confiance des citoyens sont des défis à relever.

Et enfin l’Exécutif et les médias

L’Exécutif, avec un score de 48/100, a les mêmes problèmes que le Parlement : l’impunité due l’immunité accordée aux membres du gouvernement et du Chef de l’Etat. Les médias gardent la treizième place avec 50% caractérisés par une absence de journalisme d’investigation sur les faits de corruption.

 

Venance TONONGBE

[Par Yao Hervé Kingbêwé, lauréat du concour Prix Jérôme Adjakou Badou du merilleur journaliste d'investigation organisé dans le cadre de la mise en œuvre du Projet « Pour des médias plus professionnels au Bénin » de la Maison des Médias financé par Osiwa]

Tortures, sévices corporels, brimades, exploitation, traitements dégradants ou de faveur… Au Bénin, la surpopulation carcérale favorise des mécanismes de corruption et de pots-de-vin entretenus par certains détenus maîtres des lieux, parfois au grand bonheur du personnel pénitentiaire. En dépit des mesures récentes prises par les autorités publiques, cet état de choses persiste. Enquête réalisée dans les prisons civiles d’Abomey, d’Abomey-Calavi et de Cotonou.

« Moi, j’ai passé 46 jours de détention à la prison civile d’Abomey. Mais, je vous jure, j’ai vécu l’enfer pendant ce temps-là », confie Germain. La quarantaine, cet ex-détenu se reconstruit progressivement comme il peut dans son Covè natal  dans le département du Zou. Ancien agent de sécurité sorti de prison en 2006, il se rappelle, comme si c’était hier, les conditions exécrables dans lesquelles il a séjourné derrière les barreaux. Incarcéré pour avoir été « injustement mêlé à une affaire », selon ses dires, Germain, dès son arrivée à la prison civile d’Abomey, a été admis dans une cellule du bâtiment n° 8 réputé être un enfer. Une dizaine d’années après Germain, Ibrahim, qui a séjourné dans cette même prison jusqu’au 28 novembre 2016, déplore, lui aussi, les conditions dégradantes de détention dans cet engrenage. L’un et l’autre soutiennent que leur admission dans ces lieux, qu’ils décrivent comme la zone de tous les supplices, n’est pas anodine.

Payer pour avoir le droit de dormir… à même le sol

En mai 2008 déjà, la Fédération internationale de l’Action des Chrétiens pour l’abolition de la Torture (Fiacat) et son homologue, l’Acat-Bénin, mettent en cause les responsables pénitentiaires dans un rapport conjoint sur la détention au Bénin. Dans ce rapport présenté au Conseil des Droits de l’Homme en vue de l’examen du pays dans le cadre de l’examen périodique universel (Epu), les deux organisations chrétiennes de défense des droits de l’homme accusent les responsables de l’administration pénitentiaire et dénoncent des « mécanismes de brimades visant à maltraiter les nouveaux ». La Fiacat et  l’Acat-Bénin, dans leur rapport, évoquent « le paiement d’une somme dite de loyer allant jusqu’à 35 000 FCFA sans laquelle on ne peut vous attribuer une place pour dormir ». Bien avant elles, en 2004, la Fédération internationale des Ligues des droits de l’homme (Fidh) qui a visité la prison civile  de Cotonou et celle de Porto-Novo donnait l’alerte dans un rapport intitulé « la justice au Bénin : corruption et arbitraire ». « L'ensemble des prisonniers rencontrés par la mission a pu exprimer les mêmes remarques quant à leurs conditions de détention : le paiement d’un loyer annuel versé au personnel pénitencier et au responsable du bâtiment », lit-on dans le rapport de la Fidh.

Les supplices imposés aux adultes dans le but de les contraindre à payer pour être mieux lotis n’épargnent pas les plus jeunes. A la prison civile d’Abomey-Calavi qui détenait cette frange de populations carcérales jusqu’en février 2017, l’Organisation mondiale de lutte contre la torture (Omct) et l’association partenaire Enfants solidaires d’Afrique et du monde (Esam), au cours de leurs visites en septembre 2016, ont constaté que de nombreux mineurs incarcérés devaient « payer leurs codétenus adultes afin d’obtenir une place pour dormir. Lorsqu’ils n’en avaient pas les moyens, ils étaient contraints de dormir dans les toilettes ».

Tortures suggestives

Dormir dans des conditions de châtiment, Abdessi l’a connu à la prison civile d’Abomey-Calavi où il a passé sa première nuit dans la cellule baptisée ''Dallas'', debout dans les toilettes avec dix autres codétenus. « En prison, explique-t-il, on appelle ça ''phénomène des champs''. » A cette première forme du "phénomène des champs" s’ajoute une seconde que décrit le jeune étudiant ancien détenu : « On (un détenu ancien, Ndlr) vous fait asseoir, le premier dos au mur, le second en face entre les cuisses du premier, le troisième donne dos au deuxième, le quatrième face à lui et entre ses cuisses, ainsi de suite jusqu’à la fin. Quand le dernier est assis, on vous pousse de sorte à vous faire mal. » Tous ces traitements dégradants infligés aux détenus par des supers-détenus, « c’est pour vous contraindre à faire appel à vos parents pour qu’ils apportent de l’argent », martèle-t-il, bien décontenancé. Là, nous révèle le jeune étudiant sorti de prison, ceux qui n’ont pas de parents pouvant payer la « rançon », subissent les supplices jusqu’à un temps donné. « Tant que tes parents n'amèneront pas l’argent, tu passeras la nuit debout. La chance de sortir du champ, c’est quand il y a de nouveaux détenus pauvres », soutient-il, indiquant n’avoir passé qu’une seule nuit dans les champs, ses parents étant passés payer de l’argent auprès des responsables détenus pour son transfert dans une autre cellule dans la « cour des grands » !

Une fois dans l’étau, la résistance des détenus est mise à rude épreuve par des détenus anciens, des intimidateurs à la recherche d’argent. Pour contraindre les nouveaux à mettre la main à la poche et très vite, ces anciens usent de chantage. « Ils font pression sur vous », nous déclare Armand, ancien pensionnaire de la maison d’arrêt de Cotonou. Abdessi parle de tortures psychologiques : « Quand nous sommes arrivés le premier jour dans la prison, on nous avait alignés face à ''Hollywood'' ». "Hollywood" c’est le nom d’un bâtiment malpropre et surpeuplé de la prison civile d’Abomey-Calavi. D’une capacité d’environ cinquante places, ce bâtiment contenait plus de 150 détenus, selon des prisonniers ayant recouvré leur liberté. « Devant le bâtiment, ils ont commencé à nous faire du chantage en demandant : ‘’Qui est-ce qui a gardé de l’argent ? Si vous avez de l’argent, on ne va pas vous mettre ici’’ », relate l’ex-détenu de la prison civile d’Abomey-Calavi. Il dit se rappeler encore les phrases « assassines » lancées à leur endroit par les détenus venus les accueillir : « Ils nous disaient : ‘’ Vous, c’est quand nous on cherche à sortir que vous, vous venez ici ? On va vous tuer aujourd’hui. Si vos parents ne versent pas l’argent, vous voyez des pieds enflés dans la prison ? Cela ne nous dit absolument rien’’ ».  

Tortures initiatiques

Hormis le ''phénomène des champs'', soumettre les nouveaux détenus à d’autres sévices corporels est considéré comme un rite d’initiation à la vie carcérale. Passé le cap des champs, avant d’être transféré dans une autre cellule, Abdessi n’a pas échappé à ce rite qu’il appelle le « passement de barres ». Il décrit ceci comme un rite au cours duquel les nouveaux détenus, particulièrement ceux qui n’ont pu payer le montant nécessaire, apprennent les règles de fonctionnement prescrites par les "super-détenus". Tout comme les ''phénomènes de champ'', le ''passement de barres'' est  un moment « difficile et douloureux ». Parce que, renseigne Abdessi, « quand vous sortez le matin des bâtiments, il y a des supers-détenus qui vous assènent des coups. Quand ils disent quelque chose, vous devez le répéter à haute et intelligible voix pour que tous les détenus l’entendent. Quand ce n’est pas le cas, il y a deux détenus qui vous rouent de coups au moyen de tuyaux ». Durant ce rite, « la  toute première question qu’on vous pose, c’est de savoir comment vous appelez la prison quand vous étiez en liberté. Si vous répondez ''prison'', ils vous rouent de coups et rectifient que c’est plutôt '' les Etats-Unis''. Vous le répétez ensuite plusieurs fois à gorge déployée », se souvient-il très affligé.

La pratique de ces différents « rites initiatiques » aux nouveaux détenus, à en croire les détenus interrogés, est bien connue des responsables officiels de l’administration pénitentiaire. Une allégation que rejette d’office le gardien en chef de la prison civile d’Abomey-Calavi. « On ne peut pas savoir et laisser faire. Nous sommes là pour la sécurité dans la prison », s’est-il défendu. Ces « traitements inhumains et dégradants » sont  pourtant proscrits par la Constitution béninoise du 11 décembre 1990 qui, en son article 18, dispose clairement que : « Nul ne sera soumis à la torture, ni à des sévices ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ».

Des exploités résignés et sans défense

Après l’étape initiale des sévices et tortures dont  ils peuvent  se soustraire argent comptant, les détenus désireux d’apprendre un métier en vue de leur réinsertion professionnelle au terme du séjour carcéral subissent une autre sorte d’exploitation consentie à l’intérieur des prisons. C’est le cas des détenus employés dans le jardinage à la prison civile d’Abomey-Calavi. Installé sous l’ancien régisseur Edouard N’Déry-Suéry remplacé en août 2015, le jardin ne profite plus aux détenus qui y travaillent. « Les matériels nous ont été donnés par l’ancien régisseur. S’agissant des graines, on a des difficultés. Bien que ce soit à un coût très réduit, on a du mal à les avoir. C’est ceux qui sont dehors qui nous donnent à manger, on va encore sortir l’argent de notre poche pour financer ? », s’interroge l’un des détenus employés dans cette installation de jardinage. Le détenu témoigne en outre que la redistribution des revenus de la vente des produits du jardin n’est pas orthodoxe. « Savez-vous combien on paye aux détenus qui travaillent ici ? C’est ridicule. 800 FCFA par semaine pour l’arrosage deux fois par jour en plus du  sarclage. Certains étaient là avant moi. Au début, on leur payait 1500 FCFA par semaine parce qu’ils étaient au nombre de trois. Une demi-douzaine aujourd’hui, ils n’ont jamais touché les 1500 FCFA depuis 40 semaines ».

Approché à propos du travail des détenus, Me Roméo Godonou estime qu’au sens strict du Code du travail, « un prisonnier ne peut être un travailleur », donc ne peut prétendre à une rémunération. Outre les détenus mis en situation de travail qui ne sont pas payés comme il se doit,  les nouveaux venus dans cet univers carcéral sont mis à contribution, sans résistance. « On fait souvent recours à des nouveaux détenus qui font la corvée dans la maison. Ils viennent nous donner un coup de main sous l’autorisation du régisseur et des responsables du haut aussi »,  explique le détenu qui espère sortir dans peu de temps. La gestion des revenus du jardinage reste donc un mystère pour lui.

« Nous sommes en position de faiblesse. Vous remettez (les recettes, Ndlr), on vous dit merci. On ne peut pas leur demander comment ils les gèrent. On leur remet (l’argent, Ndlr), on ne sait pas comment ça se gère », n’a-t-il de cesse de répéter. Mourant de chagrin, ces détenus croient pourtant se résigner au travail pour avoir l’opportunité de sortir des cellules et surtout à l’idée de pouvoir jouir de l’expérience acquise, une fois hors des murs de la geôle. Le régisseur exploite-t-il ce jardin à des fins personnelles ? A-t-il une autorisation officielle pour ce faire ? A quoi sont destinées les recettes générées par l’exploitation du jardinage ? Interrogés à ce propos, la réponse des patrons de la prison est sèche. « Vous voulez savoir cela, pourquoi ? Vous n’avez pas honte de demander ces choses sur la gestion interne de la prison ? », lance le gardien chef à notre équipe de rédaction dans la matinée du 3 novembre 2017, avant de nous réclamer une autorisation de son ministère de tutelle, c’est-à-dire celui en charge de la Justice.

Des lobbies de privilégiés par chèque et espèces sonnantes

En prison au Bénin, il y a des détenus privilégiés dont le statut est dicté par leurs chéquiers. Ceux-là, selon plusieurs témoignages, sont des ''prisonniers VIP''. « Au moment où on te soumet à des corvées, on te frappe, on te gifle, on te maltraite, ceux dont les parents ont les moyens sont à l’ombre, à l’abri de toute forme de corvée, et ils vous observent », témoigne Abdessi. Ces « détenus à chèque » ont la possibilité de faire ou de posséder des choses interdites en prison. Alors que la détention de téléphone portable est réglementairement interdite en milieu carcéral, ils gardent sur eux leur téléphone et en font usage avec la bénédiction des responsables des centres pénitentiaires. « Il y a beaucoup de téléphones dedans », avoue l’ex-jeune détenu qui, lui, n’a pas eu la chance d’en utiliser. Par contre, Armand, l’ancien pensionnaire de la prison civile de Cotonou en a allègrement fait usage. « Moi, j’ai utilisé mon téléphone tout le temps que j’y ai passé », confirme-t-il.

Pour pouvoir utiliser leur téléphone en milieu carcéral, certains prisonniers sont obligés de soudoyer les "supers-détenus" et des membres du personnel administratif du centre. Selon des témoignages d’ex-détenus, la somme à verser pour avoir le droit d’utiliser son téléphone portable varie entre dix mille (10 000) FCFA et cent-cinquante mille (150 000) FCFA, en fonction de la marque et de la gamme de l’appareil téléphonique mais également de la classe sociale du détenu. Le témoignage d’un autre ex-détenu, qui s’est servi de son téléphone à la prison civile d’Abomey-Calavi, permet de décrire le circuit pour obtenir l’appareil. Le téléphone est déposé au niveau des gendarmes à l’entrée puis transite par des intermédiaires jusqu’à un responsable des détenus avant d’atterrir entre les mains du bénéficiaire, de sorte que l’agent de sécurité ne soit pas directement reconnu comme l’envoyeur.

Les privilégiés des prisons jouissent également de nombreuses autres faveurs et facilités. Toute une organisation est mise en place pour du lobbying, confirme un régisseur de prison, sous anonymat, qui témoigne avoir subi une pression. « Quand j’ai pris service, un lobby de détenus est venu me proposer un forfait mensuel de 3000 FCFA chacun pour avoir le droit de rester hors de leurs cellules jusqu’à 21h pendant que les autres sont enfermés à 18h », confie le régisseur, ajoutant qu’il a résisté à se faire adouber par cette offre, quoique bien forte et alléchante, c’est-à-dire près de 1,5 million FCFA le mois, vu leur nombre.

Cercle de jouisseurs

Il est difficile  d’évaluer tout le flux d’argent et d’avoir des précisions sur les circuits de la redistribution. Mais, diverses sources assurent que la surpopulation carcérale a fait place à des filières qui génèrent des ressources financières non négligeables par le truchement de la torture, des brimades et, dans le meilleur des cas, des traitements de faveur.  Selon certains détenus et des responsables de prison interrogés, le cœur de la machine de corruption se trouve au sein même des pensionnaires. L’argent profite à des "supers-détenus", prisonniers invétérés autoproclamés comme CDC, CBG, contrôleur général et adjoint contrôleur général… ainsi que leurs vassaux ayant pour mission de torturer et de faire chanter, sous les ordres de leurs maîtres, les nouveaux détenus. De fait, les "patrons", en nombre limité, travaillent avec leurs "hommes de confiance" qui s’adonnent, quant à eux, à des actes de maltraitance, de rançonnement et de corruption.

Chargés de les loger à leur arrivée, les chefs bâtiments ou leurs collaborateurs infligent aux nouveaux venus des traitements inhumains et dégradants, quitte à les contraindre à manifester le besoin d’avoir de meilleures conditions de détention contre des pots-de-vin généralement payés par les parents. En effet, à en croire les témoignages de bon nombre d’ex-prisonniers, c’est auprès des responsables des détenus, précisément les chefs bâtiments, que les nouveaux venus versent régulièrement l’argent, notamment pour leur « loyer ».

Cependant, alors qu’on est tenté de croire qu’il ne s’agit que d’affaires entre détenus, un régisseur nouvellement installé confie avoir appris l’implication des agents de sécurité en service dans le pénitencier. « Du gendarme installé à l’entrée jusqu’au régisseur, en passant par les gendarmes (des femmes) chargées de fouiller les visiteuses de détenus, chacun jouissait, chacun recevait sa part », affirme l’autorité pénitentiaire qui explique qu’il a constaté le fait à son arrivée comme régisseur. La pratique a la peau dure.

Mais « on ne rançonne personne de façon systématique »

Indexés par des prisonniers et suite à des rapports produits par plusieurs institutions de défense des droits de l’homme telles que de la Fidh, de la Fiacat et de l’Acat-Bénin au sujet de ce scandale de corruption sur fond de torture et sévices corporels en milieu carcéral, les responsables d’’administration pénitentiaire exigent une autorisation formelle du ministère de la Justice avant de réagir sur les faits allégués à leur encontre. Le régisseur de la prison civile de Cotonou, joint au téléphone dans l’après-midi du mardi du 24 octobre 2017, a en effet indiqué qu’il ne répondra à nos préoccupations qu’après présentation d’une autorisation à nous délivrée par le ministère de la Justice et de la Législation.

Mais une source interne à l’administration pénitentiaire de la prison civile de Cotonou, sous anonymat, a reconnu l’existence de telles pratiques dans le milieu carcéral. « Effectivement, les gens avaient recours à ce genre de trucs (pratiques, Ndlr) pour se faire de l’argent », nous a-t-elle confirmé. Elle a tenu à préciser que, depuis quelques mois, « on ne rançonne plus ici de façon systématique ». Cette pratique, insiste cette même source, se conjugue progressivement au passé avec l’instauration de mesures dissuasives prises par le nouveau régisseur arrivé il y a un an.

Entre autres mesures, se trouve un numéro vert que les usagers peuvent appeler pour se plaindre dès qu’ils sont victimes de rançonnement. Sous le sceau de l’anonymat, un détenu qui séjourne dans cette maison d’arrêt depuis deux ans et qui a également payé deux cent mille (200 000) FCFA pour avoir un lit, confirme que la situation s’améliore. Il nous apprend que trois responsables prisonniers impliqués dans le dispositif de rançonnement des nouveaux détenus ont été déplacés et, récemment, un chef bâtiment a été démis pour avoir réclamé de l’argent à un nouveau venu avant de lui donner une place où dormir.

Des « souffrances extrêmes » : bientôt la fin ?

Au ministère de la Justice, chargé des milieux carcéraux, l’Administration est bien informée de ces pratiques. En janvier 2016, à la fin d’une mission dans les prisons béninoises, une délégation du sous-comité de l’Onu pour la prévention de la torture a fait de graves révélations dans un rapport gardé secret jusque-là. Quelques extraits publiés sur le site web du système des Nations Unies (www.un.org) consulté courant janvier 2017 indiquent que des « souffrances extrêmes » sont infligées aux détenus, sans donner d’autres détails.

S’adressant aux députés au début de l’année 2017, Me Joseph Djogbénou, ministre de la Justice et de la Législation, a fait le triste constat d’un certain « état de putréfaction sociale » dans lequel se trouvent les maisons carcérales. La directrice de l’Administration pénitentiaire et de la Protection des droits humains rassure, quant à elle, qu’un certain nombre d’actions sont en cours pour soulager les détenus et améliorer leurs conditions de vie carcérale. « On est en train de prendre des mesures pour désengorger les prisons », a confié Dr Hadonou Toffoun.

Dans ce sens, le Gouvernement, par note circulaire n° 1108/MJL/SP-C en date du 24 novembre 2016 à travers le ministère de la Justice, a rendu publique sa politique pénale. Le document ministériel reçu au cours de l’enquête mentionne que cette politique repose sur trois principes : responsabilité, utilité et proportionnalité. Suivant le principe de proportionnalité, les autorités d’enquête et de poursuite, c’est-à-dire les juges, devront « veiller à intégrer le critère de mesure dans le déroulement de l’enquête et de la procédure ainsi que dans l’application de la peine en prenant en considération la gravité ou non des actes ». Ce qui suppose des « solutions souples et adaptées à la délinquance en col bleu, notamment aux larcins et plus généralement à la répression de la petite délinquance » et « les moyens les plus importants aux infractions concourant aux crimes de sang ainsi que, plus généralement, à la délinquance en col blanc ».

Sur le terrain, le Gouvernement a posé un pas avec la réception, à Abomey le 23 juin 2017, d’une nouvelle prison civile. D’une capacité de 900 places, sa construction, selon le ministre Joseph Djogbénou, marque la volonté du Gouvernement béninois d’offrir de meilleures conditions aux détenus. L’ancienne prison a été entièrement rasée.

En outre, au terme de la session ordinaire du Conseil des ministres en date du 28 juin 2017, le Gouvernement a également adopté un projet de décret portant redéfinition de la carte pénitentiaire du Bénin. Désormais, les personnes condamnées par les tribunaux dans la région méridionale seront gardées dans la prison d’Akpro-Missérété ; celles condamnées par les tribunaux de la région centrale séjourneront dans la prison civile d’Abomey, tandis que les personnes condamnées par les tribunaux de la partie septentrionale seront emprisonnées à Parakou.

Avant la prise de cette mesure, souligne Me R. Godonou, « même celui qui est en détention provisoire est jeté dans le même bâtiment que les condamnés ». Pour le directeur d’Amnesty International Bénin, ces mesures constituent donc des pas dans l’allègement des souffrances de détenus. Selon le défenseur des droits de l’homme, ces mesures, si elles sont mises en œuvre de façon « transparente », devraient permettre de désengorger les prisons.

Encore du chemin…

Quoique salutaires, ces mesures ultimes n’ont pas mis fin aux actes de corruption dans le milieu carcéral. Si les nouveaux détenus ne sont plus contraints « systématiquement » de payer pour être logés, ils doivent cependant mettre la main à la poche pour l’entretien des bâtiments où ils sont abrités. « Quand il y a des ruptures de stocks de savon et de produits pour l’entretien des bâtiments que l’Etat envoie, ils (les détenus, Ndlr) se cotisent entre eux pour les acquérir », a indiqué notre source au sein du personnel de la maison d’arrêt de Cotonou.

La même pratique a cours à la prison civile d’Abomey-Calavi et ailleurs. « C’est une pratique interne aux détenus », reconnaît, sans pour autant la condamner, la directrice de l’Administration pénitentiaire et de la Protection des droits humains. Selon des témoignages, cette cotisation non prévue par la loi est loin d’être une mesure de cas de force majeure. Elle n’est imposée qu’aux nouveaux détenus qui payent les jours suivant leur admission. La somme à verser auprès des responsables de bâtiment varie suivant les prisons et le standing des bâtiments.

A Cotonou, par exemple, les prisonniers résidant dans le bâtiment offert par le Rotary Club payent entre « neuf mille (9000) et onze mille (11 000) FCFA », aux dires d’un détenu interrogé en ces lieux, le 26 octobre 2017. Il renseigne en plus que « c’est un peu plus élevé» dans le bâtiment VIP aménagé par un ancien député qui y a séjourné. Mieux, le régisseur d’une des prisons, qui a requis l’anonymat, affirme de façon laconique, sur notre insistance, qu’« il y a des détenus qui viennent et, compte tenu de leur rang social, négocient avec les chefs bâtiments pour avoir leur lit pour dormir ».

Tous les lits étant déjà occupés du fait de la surpopulation, ce sont alors les détenus faibles, ceux abandonnés à leur sort, qui cèdent leurs places avec le concours d’un chef bâtiment qui joue à l’entremetteur et à l’intimidateur, a laissé entendre ce responsable pénitentiaire, argumentant : « vous savez, il y a des détenus qui ne reçoivent pas de visite, qui n’ont pas d’argent ! » Ce patron de prison, qui estime qu’« on ne peut pas tout combattre à 100 % », tient à ne pas être mêlé au partage des recettes collectées auprès des personnes en détention. « Quand ça se passe bien, nous (les responsables du centre, Ndlr), on n’est pas au courant », avoue-t-il en assurant qu’il est de son devoir de procéder à des « sensibilisations » régulières à l’endroit des autres responsables du centre pour mettre fin aux pratiques de rançonnements.

Certes, les autorités pénitentiaires rencontrées et le Gouvernement affichent une volonté politique d’endiguer le mal ; mais « nous avons encore du chemin », fait observer M. Kikan d’Amnesty International Bénin. Il rappelle que « le Code pénal que nous utilisons actuellement ne criminalise pas la torture » bien que la Constitution béninoise l’interdise. De la lecture dudit code, l’avocat Roméo Godonou relève : « le mot torture est inconnu à la loi pénale béninoise de même que les traitements inhumains et dégradants, mais il y a des synonymes (coups et blessures, voie de fait) ». Cette sorte de bouche cousue, les organisations de défense des droits de l’Homme la déplorent, poursuivant leur lutte pour l’inscription du terme ''torture'' dans le nouveau code pénal attendu au Bénin.