[Par Yao Hervé Kingbêwé, lauréat du concour Prix Jérôme Adjakou Badou du merilleur journaliste d'investigation organisé dans le cadre de la mise en œuvre du Projet « Pour des médias plus professionnels au Bénin » de la Maison des Médias financé par Osiwa]

Tortures, sévices corporels, brimades, exploitation, traitements dégradants ou de faveur… Au Bénin, la surpopulation carcérale favorise des mécanismes de corruption et de pots-de-vin entretenus par certains détenus maîtres des lieux, parfois au grand bonheur du personnel pénitentiaire. En dépit des mesures récentes prises par les autorités publiques, cet état de choses persiste. Enquête réalisée dans les prisons civiles d’Abomey, d’Abomey-Calavi et de Cotonou.

« Moi, j’ai passé 46 jours de détention à la prison civile d’Abomey. Mais, je vous jure, j’ai vécu l’enfer pendant ce temps-là », confie Germain. La quarantaine, cet ex-détenu se reconstruit progressivement comme il peut dans son Covè natal  dans le département du Zou. Ancien agent de sécurité sorti de prison en 2006, il se rappelle, comme si c’était hier, les conditions exécrables dans lesquelles il a séjourné derrière les barreaux. Incarcéré pour avoir été « injustement mêlé à une affaire », selon ses dires, Germain, dès son arrivée à la prison civile d’Abomey, a été admis dans une cellule du bâtiment n° 8 réputé être un enfer. Une dizaine d’années après Germain, Ibrahim, qui a séjourné dans cette même prison jusqu’au 28 novembre 2016, déplore, lui aussi, les conditions dégradantes de détention dans cet engrenage. L’un et l’autre soutiennent que leur admission dans ces lieux, qu’ils décrivent comme la zone de tous les supplices, n’est pas anodine.

Payer pour avoir le droit de dormir… à même le sol

En mai 2008 déjà, la Fédération internationale de l’Action des Chrétiens pour l’abolition de la Torture (Fiacat) et son homologue, l’Acat-Bénin, mettent en cause les responsables pénitentiaires dans un rapport conjoint sur la détention au Bénin. Dans ce rapport présenté au Conseil des Droits de l’Homme en vue de l’examen du pays dans le cadre de l’examen périodique universel (Epu), les deux organisations chrétiennes de défense des droits de l’homme accusent les responsables de l’administration pénitentiaire et dénoncent des « mécanismes de brimades visant à maltraiter les nouveaux ». La Fiacat et  l’Acat-Bénin, dans leur rapport, évoquent « le paiement d’une somme dite de loyer allant jusqu’à 35 000 FCFA sans laquelle on ne peut vous attribuer une place pour dormir ». Bien avant elles, en 2004, la Fédération internationale des Ligues des droits de l’homme (Fidh) qui a visité la prison civile  de Cotonou et celle de Porto-Novo donnait l’alerte dans un rapport intitulé « la justice au Bénin : corruption et arbitraire ». « L'ensemble des prisonniers rencontrés par la mission a pu exprimer les mêmes remarques quant à leurs conditions de détention : le paiement d’un loyer annuel versé au personnel pénitencier et au responsable du bâtiment », lit-on dans le rapport de la Fidh.

Les supplices imposés aux adultes dans le but de les contraindre à payer pour être mieux lotis n’épargnent pas les plus jeunes. A la prison civile d’Abomey-Calavi qui détenait cette frange de populations carcérales jusqu’en février 2017, l’Organisation mondiale de lutte contre la torture (Omct) et l’association partenaire Enfants solidaires d’Afrique et du monde (Esam), au cours de leurs visites en septembre 2016, ont constaté que de nombreux mineurs incarcérés devaient « payer leurs codétenus adultes afin d’obtenir une place pour dormir. Lorsqu’ils n’en avaient pas les moyens, ils étaient contraints de dormir dans les toilettes ».

Tortures suggestives

Dormir dans des conditions de châtiment, Abdessi l’a connu à la prison civile d’Abomey-Calavi où il a passé sa première nuit dans la cellule baptisée ''Dallas'', debout dans les toilettes avec dix autres codétenus. « En prison, explique-t-il, on appelle ça ''phénomène des champs''. » A cette première forme du "phénomène des champs" s’ajoute une seconde que décrit le jeune étudiant ancien détenu : « On (un détenu ancien, Ndlr) vous fait asseoir, le premier dos au mur, le second en face entre les cuisses du premier, le troisième donne dos au deuxième, le quatrième face à lui et entre ses cuisses, ainsi de suite jusqu’à la fin. Quand le dernier est assis, on vous pousse de sorte à vous faire mal. » Tous ces traitements dégradants infligés aux détenus par des supers-détenus, « c’est pour vous contraindre à faire appel à vos parents pour qu’ils apportent de l’argent », martèle-t-il, bien décontenancé. Là, nous révèle le jeune étudiant sorti de prison, ceux qui n’ont pas de parents pouvant payer la « rançon », subissent les supplices jusqu’à un temps donné. « Tant que tes parents n'amèneront pas l’argent, tu passeras la nuit debout. La chance de sortir du champ, c’est quand il y a de nouveaux détenus pauvres », soutient-il, indiquant n’avoir passé qu’une seule nuit dans les champs, ses parents étant passés payer de l’argent auprès des responsables détenus pour son transfert dans une autre cellule dans la « cour des grands » !

Une fois dans l’étau, la résistance des détenus est mise à rude épreuve par des détenus anciens, des intimidateurs à la recherche d’argent. Pour contraindre les nouveaux à mettre la main à la poche et très vite, ces anciens usent de chantage. « Ils font pression sur vous », nous déclare Armand, ancien pensionnaire de la maison d’arrêt de Cotonou. Abdessi parle de tortures psychologiques : « Quand nous sommes arrivés le premier jour dans la prison, on nous avait alignés face à ''Hollywood'' ». "Hollywood" c’est le nom d’un bâtiment malpropre et surpeuplé de la prison civile d’Abomey-Calavi. D’une capacité d’environ cinquante places, ce bâtiment contenait plus de 150 détenus, selon des prisonniers ayant recouvré leur liberté. « Devant le bâtiment, ils ont commencé à nous faire du chantage en demandant : ‘’Qui est-ce qui a gardé de l’argent ? Si vous avez de l’argent, on ne va pas vous mettre ici’’ », relate l’ex-détenu de la prison civile d’Abomey-Calavi. Il dit se rappeler encore les phrases « assassines » lancées à leur endroit par les détenus venus les accueillir : « Ils nous disaient : ‘’ Vous, c’est quand nous on cherche à sortir que vous, vous venez ici ? On va vous tuer aujourd’hui. Si vos parents ne versent pas l’argent, vous voyez des pieds enflés dans la prison ? Cela ne nous dit absolument rien’’ ».  

Tortures initiatiques

Hormis le ''phénomène des champs'', soumettre les nouveaux détenus à d’autres sévices corporels est considéré comme un rite d’initiation à la vie carcérale. Passé le cap des champs, avant d’être transféré dans une autre cellule, Abdessi n’a pas échappé à ce rite qu’il appelle le « passement de barres ». Il décrit ceci comme un rite au cours duquel les nouveaux détenus, particulièrement ceux qui n’ont pu payer le montant nécessaire, apprennent les règles de fonctionnement prescrites par les "super-détenus". Tout comme les ''phénomènes de champ'', le ''passement de barres'' est  un moment « difficile et douloureux ». Parce que, renseigne Abdessi, « quand vous sortez le matin des bâtiments, il y a des supers-détenus qui vous assènent des coups. Quand ils disent quelque chose, vous devez le répéter à haute et intelligible voix pour que tous les détenus l’entendent. Quand ce n’est pas le cas, il y a deux détenus qui vous rouent de coups au moyen de tuyaux ». Durant ce rite, « la  toute première question qu’on vous pose, c’est de savoir comment vous appelez la prison quand vous étiez en liberté. Si vous répondez ''prison'', ils vous rouent de coups et rectifient que c’est plutôt '' les Etats-Unis''. Vous le répétez ensuite plusieurs fois à gorge déployée », se souvient-il très affligé.

La pratique de ces différents « rites initiatiques » aux nouveaux détenus, à en croire les détenus interrogés, est bien connue des responsables officiels de l’administration pénitentiaire. Une allégation que rejette d’office le gardien en chef de la prison civile d’Abomey-Calavi. « On ne peut pas savoir et laisser faire. Nous sommes là pour la sécurité dans la prison », s’est-il défendu. Ces « traitements inhumains et dégradants » sont  pourtant proscrits par la Constitution béninoise du 11 décembre 1990 qui, en son article 18, dispose clairement que : « Nul ne sera soumis à la torture, ni à des sévices ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ».

Des exploités résignés et sans défense

Après l’étape initiale des sévices et tortures dont  ils peuvent  se soustraire argent comptant, les détenus désireux d’apprendre un métier en vue de leur réinsertion professionnelle au terme du séjour carcéral subissent une autre sorte d’exploitation consentie à l’intérieur des prisons. C’est le cas des détenus employés dans le jardinage à la prison civile d’Abomey-Calavi. Installé sous l’ancien régisseur Edouard N’Déry-Suéry remplacé en août 2015, le jardin ne profite plus aux détenus qui y travaillent. « Les matériels nous ont été donnés par l’ancien régisseur. S’agissant des graines, on a des difficultés. Bien que ce soit à un coût très réduit, on a du mal à les avoir. C’est ceux qui sont dehors qui nous donnent à manger, on va encore sortir l’argent de notre poche pour financer ? », s’interroge l’un des détenus employés dans cette installation de jardinage. Le détenu témoigne en outre que la redistribution des revenus de la vente des produits du jardin n’est pas orthodoxe. « Savez-vous combien on paye aux détenus qui travaillent ici ? C’est ridicule. 800 FCFA par semaine pour l’arrosage deux fois par jour en plus du  sarclage. Certains étaient là avant moi. Au début, on leur payait 1500 FCFA par semaine parce qu’ils étaient au nombre de trois. Une demi-douzaine aujourd’hui, ils n’ont jamais touché les 1500 FCFA depuis 40 semaines ».

Approché à propos du travail des détenus, Me Roméo Godonou estime qu’au sens strict du Code du travail, « un prisonnier ne peut être un travailleur », donc ne peut prétendre à une rémunération. Outre les détenus mis en situation de travail qui ne sont pas payés comme il se doit,  les nouveaux venus dans cet univers carcéral sont mis à contribution, sans résistance. « On fait souvent recours à des nouveaux détenus qui font la corvée dans la maison. Ils viennent nous donner un coup de main sous l’autorisation du régisseur et des responsables du haut aussi »,  explique le détenu qui espère sortir dans peu de temps. La gestion des revenus du jardinage reste donc un mystère pour lui.

« Nous sommes en position de faiblesse. Vous remettez (les recettes, Ndlr), on vous dit merci. On ne peut pas leur demander comment ils les gèrent. On leur remet (l’argent, Ndlr), on ne sait pas comment ça se gère », n’a-t-il de cesse de répéter. Mourant de chagrin, ces détenus croient pourtant se résigner au travail pour avoir l’opportunité de sortir des cellules et surtout à l’idée de pouvoir jouir de l’expérience acquise, une fois hors des murs de la geôle. Le régisseur exploite-t-il ce jardin à des fins personnelles ? A-t-il une autorisation officielle pour ce faire ? A quoi sont destinées les recettes générées par l’exploitation du jardinage ? Interrogés à ce propos, la réponse des patrons de la prison est sèche. « Vous voulez savoir cela, pourquoi ? Vous n’avez pas honte de demander ces choses sur la gestion interne de la prison ? », lance le gardien chef à notre équipe de rédaction dans la matinée du 3 novembre 2017, avant de nous réclamer une autorisation de son ministère de tutelle, c’est-à-dire celui en charge de la Justice.

Des lobbies de privilégiés par chèque et espèces sonnantes

En prison au Bénin, il y a des détenus privilégiés dont le statut est dicté par leurs chéquiers. Ceux-là, selon plusieurs témoignages, sont des ''prisonniers VIP''. « Au moment où on te soumet à des corvées, on te frappe, on te gifle, on te maltraite, ceux dont les parents ont les moyens sont à l’ombre, à l’abri de toute forme de corvée, et ils vous observent », témoigne Abdessi. Ces « détenus à chèque » ont la possibilité de faire ou de posséder des choses interdites en prison. Alors que la détention de téléphone portable est réglementairement interdite en milieu carcéral, ils gardent sur eux leur téléphone et en font usage avec la bénédiction des responsables des centres pénitentiaires. « Il y a beaucoup de téléphones dedans », avoue l’ex-jeune détenu qui, lui, n’a pas eu la chance d’en utiliser. Par contre, Armand, l’ancien pensionnaire de la prison civile de Cotonou en a allègrement fait usage. « Moi, j’ai utilisé mon téléphone tout le temps que j’y ai passé », confirme-t-il.

Pour pouvoir utiliser leur téléphone en milieu carcéral, certains prisonniers sont obligés de soudoyer les "supers-détenus" et des membres du personnel administratif du centre. Selon des témoignages d’ex-détenus, la somme à verser pour avoir le droit d’utiliser son téléphone portable varie entre dix mille (10 000) FCFA et cent-cinquante mille (150 000) FCFA, en fonction de la marque et de la gamme de l’appareil téléphonique mais également de la classe sociale du détenu. Le témoignage d’un autre ex-détenu, qui s’est servi de son téléphone à la prison civile d’Abomey-Calavi, permet de décrire le circuit pour obtenir l’appareil. Le téléphone est déposé au niveau des gendarmes à l’entrée puis transite par des intermédiaires jusqu’à un responsable des détenus avant d’atterrir entre les mains du bénéficiaire, de sorte que l’agent de sécurité ne soit pas directement reconnu comme l’envoyeur.

Les privilégiés des prisons jouissent également de nombreuses autres faveurs et facilités. Toute une organisation est mise en place pour du lobbying, confirme un régisseur de prison, sous anonymat, qui témoigne avoir subi une pression. « Quand j’ai pris service, un lobby de détenus est venu me proposer un forfait mensuel de 3000 FCFA chacun pour avoir le droit de rester hors de leurs cellules jusqu’à 21h pendant que les autres sont enfermés à 18h », confie le régisseur, ajoutant qu’il a résisté à se faire adouber par cette offre, quoique bien forte et alléchante, c’est-à-dire près de 1,5 million FCFA le mois, vu leur nombre.

Cercle de jouisseurs

Il est difficile  d’évaluer tout le flux d’argent et d’avoir des précisions sur les circuits de la redistribution. Mais, diverses sources assurent que la surpopulation carcérale a fait place à des filières qui génèrent des ressources financières non négligeables par le truchement de la torture, des brimades et, dans le meilleur des cas, des traitements de faveur.  Selon certains détenus et des responsables de prison interrogés, le cœur de la machine de corruption se trouve au sein même des pensionnaires. L’argent profite à des "supers-détenus", prisonniers invétérés autoproclamés comme CDC, CBG, contrôleur général et adjoint contrôleur général… ainsi que leurs vassaux ayant pour mission de torturer et de faire chanter, sous les ordres de leurs maîtres, les nouveaux détenus. De fait, les "patrons", en nombre limité, travaillent avec leurs "hommes de confiance" qui s’adonnent, quant à eux, à des actes de maltraitance, de rançonnement et de corruption.

Chargés de les loger à leur arrivée, les chefs bâtiments ou leurs collaborateurs infligent aux nouveaux venus des traitements inhumains et dégradants, quitte à les contraindre à manifester le besoin d’avoir de meilleures conditions de détention contre des pots-de-vin généralement payés par les parents. En effet, à en croire les témoignages de bon nombre d’ex-prisonniers, c’est auprès des responsables des détenus, précisément les chefs bâtiments, que les nouveaux venus versent régulièrement l’argent, notamment pour leur « loyer ».

Cependant, alors qu’on est tenté de croire qu’il ne s’agit que d’affaires entre détenus, un régisseur nouvellement installé confie avoir appris l’implication des agents de sécurité en service dans le pénitencier. « Du gendarme installé à l’entrée jusqu’au régisseur, en passant par les gendarmes (des femmes) chargées de fouiller les visiteuses de détenus, chacun jouissait, chacun recevait sa part », affirme l’autorité pénitentiaire qui explique qu’il a constaté le fait à son arrivée comme régisseur. La pratique a la peau dure.

Mais « on ne rançonne personne de façon systématique »

Indexés par des prisonniers et suite à des rapports produits par plusieurs institutions de défense des droits de l’homme telles que de la Fidh, de la Fiacat et de l’Acat-Bénin au sujet de ce scandale de corruption sur fond de torture et sévices corporels en milieu carcéral, les responsables d’’administration pénitentiaire exigent une autorisation formelle du ministère de la Justice avant de réagir sur les faits allégués à leur encontre. Le régisseur de la prison civile de Cotonou, joint au téléphone dans l’après-midi du mardi du 24 octobre 2017, a en effet indiqué qu’il ne répondra à nos préoccupations qu’après présentation d’une autorisation à nous délivrée par le ministère de la Justice et de la Législation.

Mais une source interne à l’administration pénitentiaire de la prison civile de Cotonou, sous anonymat, a reconnu l’existence de telles pratiques dans le milieu carcéral. « Effectivement, les gens avaient recours à ce genre de trucs (pratiques, Ndlr) pour se faire de l’argent », nous a-t-elle confirmé. Elle a tenu à préciser que, depuis quelques mois, « on ne rançonne plus ici de façon systématique ». Cette pratique, insiste cette même source, se conjugue progressivement au passé avec l’instauration de mesures dissuasives prises par le nouveau régisseur arrivé il y a un an.

Entre autres mesures, se trouve un numéro vert que les usagers peuvent appeler pour se plaindre dès qu’ils sont victimes de rançonnement. Sous le sceau de l’anonymat, un détenu qui séjourne dans cette maison d’arrêt depuis deux ans et qui a également payé deux cent mille (200 000) FCFA pour avoir un lit, confirme que la situation s’améliore. Il nous apprend que trois responsables prisonniers impliqués dans le dispositif de rançonnement des nouveaux détenus ont été déplacés et, récemment, un chef bâtiment a été démis pour avoir réclamé de l’argent à un nouveau venu avant de lui donner une place où dormir.

Des « souffrances extrêmes » : bientôt la fin ?

Au ministère de la Justice, chargé des milieux carcéraux, l’Administration est bien informée de ces pratiques. En janvier 2016, à la fin d’une mission dans les prisons béninoises, une délégation du sous-comité de l’Onu pour la prévention de la torture a fait de graves révélations dans un rapport gardé secret jusque-là. Quelques extraits publiés sur le site web du système des Nations Unies (www.un.org) consulté courant janvier 2017 indiquent que des « souffrances extrêmes » sont infligées aux détenus, sans donner d’autres détails.

S’adressant aux députés au début de l’année 2017, Me Joseph Djogbénou, ministre de la Justice et de la Législation, a fait le triste constat d’un certain « état de putréfaction sociale » dans lequel se trouvent les maisons carcérales. La directrice de l’Administration pénitentiaire et de la Protection des droits humains rassure, quant à elle, qu’un certain nombre d’actions sont en cours pour soulager les détenus et améliorer leurs conditions de vie carcérale. « On est en train de prendre des mesures pour désengorger les prisons », a confié Dr Hadonou Toffoun.

Dans ce sens, le Gouvernement, par note circulaire n° 1108/MJL/SP-C en date du 24 novembre 2016 à travers le ministère de la Justice, a rendu publique sa politique pénale. Le document ministériel reçu au cours de l’enquête mentionne que cette politique repose sur trois principes : responsabilité, utilité et proportionnalité. Suivant le principe de proportionnalité, les autorités d’enquête et de poursuite, c’est-à-dire les juges, devront « veiller à intégrer le critère de mesure dans le déroulement de l’enquête et de la procédure ainsi que dans l’application de la peine en prenant en considération la gravité ou non des actes ». Ce qui suppose des « solutions souples et adaptées à la délinquance en col bleu, notamment aux larcins et plus généralement à la répression de la petite délinquance » et « les moyens les plus importants aux infractions concourant aux crimes de sang ainsi que, plus généralement, à la délinquance en col blanc ».

Sur le terrain, le Gouvernement a posé un pas avec la réception, à Abomey le 23 juin 2017, d’une nouvelle prison civile. D’une capacité de 900 places, sa construction, selon le ministre Joseph Djogbénou, marque la volonté du Gouvernement béninois d’offrir de meilleures conditions aux détenus. L’ancienne prison a été entièrement rasée.

En outre, au terme de la session ordinaire du Conseil des ministres en date du 28 juin 2017, le Gouvernement a également adopté un projet de décret portant redéfinition de la carte pénitentiaire du Bénin. Désormais, les personnes condamnées par les tribunaux dans la région méridionale seront gardées dans la prison d’Akpro-Missérété ; celles condamnées par les tribunaux de la région centrale séjourneront dans la prison civile d’Abomey, tandis que les personnes condamnées par les tribunaux de la partie septentrionale seront emprisonnées à Parakou.

Avant la prise de cette mesure, souligne Me R. Godonou, « même celui qui est en détention provisoire est jeté dans le même bâtiment que les condamnés ». Pour le directeur d’Amnesty International Bénin, ces mesures constituent donc des pas dans l’allègement des souffrances de détenus. Selon le défenseur des droits de l’homme, ces mesures, si elles sont mises en œuvre de façon « transparente », devraient permettre de désengorger les prisons.

Encore du chemin…

Quoique salutaires, ces mesures ultimes n’ont pas mis fin aux actes de corruption dans le milieu carcéral. Si les nouveaux détenus ne sont plus contraints « systématiquement » de payer pour être logés, ils doivent cependant mettre la main à la poche pour l’entretien des bâtiments où ils sont abrités. « Quand il y a des ruptures de stocks de savon et de produits pour l’entretien des bâtiments que l’Etat envoie, ils (les détenus, Ndlr) se cotisent entre eux pour les acquérir », a indiqué notre source au sein du personnel de la maison d’arrêt de Cotonou.

La même pratique a cours à la prison civile d’Abomey-Calavi et ailleurs. « C’est une pratique interne aux détenus », reconnaît, sans pour autant la condamner, la directrice de l’Administration pénitentiaire et de la Protection des droits humains. Selon des témoignages, cette cotisation non prévue par la loi est loin d’être une mesure de cas de force majeure. Elle n’est imposée qu’aux nouveaux détenus qui payent les jours suivant leur admission. La somme à verser auprès des responsables de bâtiment varie suivant les prisons et le standing des bâtiments.

A Cotonou, par exemple, les prisonniers résidant dans le bâtiment offert par le Rotary Club payent entre « neuf mille (9000) et onze mille (11 000) FCFA », aux dires d’un détenu interrogé en ces lieux, le 26 octobre 2017. Il renseigne en plus que « c’est un peu plus élevé» dans le bâtiment VIP aménagé par un ancien député qui y a séjourné. Mieux, le régisseur d’une des prisons, qui a requis l’anonymat, affirme de façon laconique, sur notre insistance, qu’« il y a des détenus qui viennent et, compte tenu de leur rang social, négocient avec les chefs bâtiments pour avoir leur lit pour dormir ».

Tous les lits étant déjà occupés du fait de la surpopulation, ce sont alors les détenus faibles, ceux abandonnés à leur sort, qui cèdent leurs places avec le concours d’un chef bâtiment qui joue à l’entremetteur et à l’intimidateur, a laissé entendre ce responsable pénitentiaire, argumentant : « vous savez, il y a des détenus qui ne reçoivent pas de visite, qui n’ont pas d’argent ! » Ce patron de prison, qui estime qu’« on ne peut pas tout combattre à 100 % », tient à ne pas être mêlé au partage des recettes collectées auprès des personnes en détention. « Quand ça se passe bien, nous (les responsables du centre, Ndlr), on n’est pas au courant », avoue-t-il en assurant qu’il est de son devoir de procéder à des « sensibilisations » régulières à l’endroit des autres responsables du centre pour mettre fin aux pratiques de rançonnements.

Certes, les autorités pénitentiaires rencontrées et le Gouvernement affichent une volonté politique d’endiguer le mal ; mais « nous avons encore du chemin », fait observer M. Kikan d’Amnesty International Bénin. Il rappelle que « le Code pénal que nous utilisons actuellement ne criminalise pas la torture » bien que la Constitution béninoise l’interdise. De la lecture dudit code, l’avocat Roméo Godonou relève : « le mot torture est inconnu à la loi pénale béninoise de même que les traitements inhumains et dégradants, mais il y a des synonymes (coups et blessures, voie de fait) ». Cette sorte de bouche cousue, les organisations de défense des droits de l’Homme la déplorent, poursuivant leur lutte pour l’inscription du terme ''torture'' dans le nouveau code pénal attendu au Bénin.

 Les apprenants qui quittent la classe de CM2 au Primaire arrivent dans un autre univers au collège. A ce niveau, la cadence change contrairement au paisible rythme du primaire. Sur les plans chronologique, biologique, psychopédagogique et organisationnel, les enfants de moins en moins mature tant sur le plan organique que psychique sont confrontés à des mutations sans précédents, difficilement perceptibles par les regards d’adultes. Les conséquences de cette migration du primaire au collège agissent sur les enfants et sont compréhensibles par des regards avertis mais ne sautent pas aux yeux des profanes. Enquête en eau trouble sur un sujet inconnu.

Adjéi KPONON & Romuald D. LOGBO

 

Kaki flambant neuf, un visage heureux, une voix joviale. Pas besoin d’être visionnaire ou devin pour savoir que ce jeune garçon de 11 ans fait ses premiers pas en classe de sixième. S’il dispose d’une frêle expérience au collège, sa marche, observée au détour d’une ruelle à Abomey-Calavi, elle, reflète bien que Joseph Hounsa est un habitué des bancs de l’école. Comme lui, affecté au Collège d’Enseignement Général (CEG) 3 d’Abomey-Calavi, 410 apprenants ont été affectés au CEG Dantokpa selon Saturnin Gbaguidi, le directeur. Cependant, le directeur poursuit que nombreux sont ceux qui ne viendront pas dans son établissement qui fait corps avec le plus grand marché du Bénin, car ils ont pris le chemin des collèges privés alors qu’il leur a réservé un chaleureux accueil. Bref ! Cet accueil contient une réalité méconnue aux conséquences subtiles.

Des chiffres qui parlent …

Voici les statistiques des résultats de l’année scolaire 2016-2017 d’un CEG dont nous taisons le nom, visité lors de l’un de notre périple des vacances. Effectif total des élèves de 6è : 562. Ont effectivement participé aux évaluations : 524. Ont eu une moyenne supérieure ou égale à 10 sur 20 : 320 soit 61,06 %. Moyenne inférieure ou égale à 10 sur 20, toutes catégories confondues : 204 soit 38,94 %. Ces statistiques sont certes celles d’une seule école mais c’est certainement l’arbre qui cache la forêt. Et pour cause, le 6 janvier 2017, Lucien Kokou, Ministre des Enseignements Secondaire, Technique et de la Formation Professionnelle prenait l’arrêté n° 002/MESTFP/DC/SGM/IGM/DIPIQ/DEC/DESG/SA/95SGG16 fixant les conditions de passage, de redoublement et d’exclusion dans les lycées et collèges d’enseignement général pour sonner le glas des redoublements massifs dans les établissements publics d’enseignement secondaire. Un coup d’œil sur les statistiques et on constate que la décadence se poursuit. Si en classe de 5ème, on observe une légère hausse, car ils sont 65,55 % à avoir eu une moyenne supérieure ou égale à 10 sur 20, en classe de 4ème, la déculottée est brutale : 49,32 % ont eu une moyenne supérieure ou égale à 10 sur 20 soit 50,68 % d’échecs, c’est-à-dire 340 élèves sur les 671 qui ont pris part aux évaluations. La classe de troisième ne déroge pas à la règle. Ont composé : 611 élèves, ont obtenu une moyenne supérieure ou égale à 10 sur 20 : 256 soit 41,89 %, ont obtenu une moyenne inférieure à 10 sur 20 : 362 élèves soit 58,11 %. Certains peuvent à raison, pointer du doigt le niveau des apprenants mais ils existent une réalité négligée par les acteurs du système éducatif et qui met en lumière la question de l’intégration des apprenants qui arrivent dans un nouveau monde.

Une réalité négligée et pourvoyeuse d’échecs …

Selon le Docteur Patrick Houessou, enseignant-chercheur au Département de Psychologie et des Sciences de l’Education (DPSE) de l’Université d’Abomey-Calavi, cette réalité fait appel à deux concepts en un qui sont l’affiliation qui recouvre en elle-même la notion de rupture de contexte, développés par Alain Coulon. En effet, poursuit le professeur, « la rupture de contexte symbolise le changement qu’il y a entre le niveau primaire et le niveau secondaire ». Et ces changements sont nombreux. Sur le plan pédagogique, ce n’est plus un maître pour toutes les matières mais un enseignant par matière ; soit au moins sept enseignants. Les cours ne durent plus 45 minutes voire une heure mais deux heures chacun en moyenne. Sur le plan psychologique, il ne s’agit plus de cerner le caractère ou la personnalité d’un enseignant mais de plusieurs enseignants. Et aussi, il y a beaucoup plus de liberté, car l’apprenant n’est plus soumis aux devoirs matinaux quotidiens ou aux leçons à réciter. Ce qui fait que les amis de classe eux aussi développent d’autres attitudes qu’il faut cerner.

Sur le plan organisationnel, le nouvel élève du collège n’est plus face au seul directeur de l’école primaire. Il y a le censeur, les surveillants, la secrétaire, le comptable et autres qu’il faut prendre en compte. Sans oublier qu’il y a le règlement pédagogique à respecter. Sinon, c’est la punition. Et même à ce niveau, les choses changent comme l’explique si bien Lydie Dangbo, enseignante au CEG Suru-Léré, en ces termes affectueux : « Au primaire, quand ils agissent mal, le maître les tape et c’est fini. Mais au collège, ce sont des heures de corvées qu’il faut exécuter dans le collège ou alors des heures de colle qui font perdre de points de conduite ». Là encore, il est important pour le puceau ou la pucelle du collège de retrousser ses manches pour mieux gérer son temps à répartir sur chaque matière. Ici au collège, les cours ne font plus une page et demie voire deux pages mais des pages sans oublier qu’il n’est pas recopié au tableau mais le professeur dicte le cours. Bref ! Un virage à 180 degrés.

En somme, l’élève de la classe de sixième est confronté à une dynamique pédagogique et psychologique qui fait appel à la mobilisation de toutes les ressources de son être pour faciliter son intégration au collège. Une réalité corroborée par le Docteur Houessou qui reconnaît que « lorsqu’il y a rupture de contexte, les enfants le ressentent aussi bien sur le plan pédagogique que sur le plan psychologique. Donc, c’est une réalité qui peut les emmener à avoir des résultats positifs ou négatifs ». Le chercheur continue. « Lorsque cette rupture de contexte est bien gérée et que l’enfant arrive à se retrouver facilement dans un certain délai, on parle d’affiliation ».

Dans cette hypothèse, l’apprenant a réussi son intégration et a su capitaliser les éléments de son nouvel environnement pédagogique. Cependant, le revers de la médaille, c’est-à-dire « lorsque la rupture de contexte n’est pas réussie, on parle de désaffiliation qui correspond très souvent à une situation d’échec. Cet échec peut s’exprimer de plusieurs manières », explique l’enseignant-chercheur. Pour lui, cette situation d’échec se manifeste soit par une réorientation dans un autre secteur d’enseignement, ou d’apprentissage, soit par un abandon consécutif d’un ou plusieurs redoublements.

En plus de cela, le chercheur révèle encore d’autres cas qui peuvent se présenter. « L’enfant peut être très intelligent mais les considérations environnementales peuvent constituer un blocage pour lui. Vous avez aussi des enfants dont les parents sont mutés en pleine année scolaire. Ils se sont déjà fixés des relations amicales et ils arrivent brutalement dans un autre environnement où ils doivent tout reprendre à zéro y compris les amis. Or, les recherches ont montré que les enfants sont très attachés à leur réseau amical.

Tous ces éléments peuvent pousser l’enfant, même s’il n’a pas de problème au niveau de ses résultats, à abandonner ». Par contre, le directeur du CEG Dantokpa, lui, fait retentir un autre son de cloche. En effet, l’homme soutient que ceux qui ne sont pas intégrés sont ceux qui ne sont pas suivis dans le cercle familial (c’est-à-dire à la maison) ou qui n’ont pas le niveau requis pour la sixième. Face à cette situation, de nombreuses questions restent sans réponses par faute de recherches appropriées et vulgarisées. Cependant, des pistes de solutions existent.

Parents d’élèves et chefs d’établissement à labarre …

Spécialiste des questions psychopédagogiques et ayant fait des recherches sur les raisons des échecs massifs en milieu universitaire béninois, Patrick Houessou n’a pas fait dans la dentelle. « C’est d’abord le rôle des parents. Ils sont les premiers conseillers et les premiers enseignants de leurs enfants. Ils doivent faire un premier travail de conscientisation. Lorsque l’enfant est admis en classe de 6ème, ce n’est pas parce qu’il a déjà 10, 11 ou 12 ans qu’on va penser qu’il sait déjà tout de l’environnement scolaire. Les parents doivent préparer psychologiquement les enfants depuis les vacances en leur rappelant que la rentrée va commencer bientôt », martèle le chercheur en donnant des exemples de paroles affectueuses que les parents pourraient prononcer. Au CEG Dantokpa, Saturnin Gbaguidi, le directeur, présente sa méthode. « A la rentrée, nous tenons un conseil avec nos professeurs. Cela leur permet de s’approprier leurs cahiers de charge et nous leur donnons des instructions pour ces élèves de 6ème avec qui, il faut réussir le contrat didactique dès le départ pour leur donner de l’engouement et les mettre à la tâche ». Censeur adjoint  au CEG du Lac, Christophe Atchada, présente aussi son arsenal méthodologique. « En sixième, on les accompagne pour mieux maîtriser les réalités du secondaire. En classe, à la cérémonie des couleurs, on les sensibilise. On leur dit de prendre toutes les matières au sérieux, qu’il ne faut surtout pas croire qu’il y a une composition de passage à la fin de l’année et que chaque jour compte pour le succès en fin d’année. Donc, c’est une sensibilisation permanente et constante à l’endroit des nouveaux apprenants du Secondaire mais aussi à l’endroit du corps d’encadrement majoritairement composé des enseignants ». 

Les enseignants, le dernier rempart … 

Une fois en classe, le relai est assuré par les enseignants. A ce niveau, l’expert montre comment leur part est cruciale dans ce processus de rupture de contexte conduisant à l’affiliation. Il affirme qu’ils doivent accompagner les enfants en leur faisant comprendre qu’ils sont dans un contexte différent, de façon synergique avec l’administration des établissements. Ainsi, « une fois en classe, il s’agit là du relationnel pédagogique. Il appartient à l’enseignant de savoir comment gérer chaque enfant en fonction des caractères qu’il leur présente ou qu’il leur trouve. Il appartiendra à chaque enseignant d’accompagner tous les élèves qui lui sont confiés dans chacune des matières qu’ils auront », a expliqué l’expert.

En somme, c’est la responsabilité de chaque enseignant de mettre en place son arsenal méthodologique pour que psychologiquement et pédagogiquement l’enfant se sente attiré par sa matière. C’est la gestion de tous ces petits éléments qui finit par conduire les enfants soit à l’affiliation, soit à la désaffiliation. Force est aussi de constater que la question est étroitement liée au désamour que les apprenants ont pour certaines matières ou pour des enseignants.

« Quand il y a désaffiliation, selon le docteur Houessou, il peut avoir la dedans la gestion individuelle que chaque enseignant fait de sa relation avec les apprenants. Ce qui fait que dans des classes, vous avez des élèves qui aiment certains professeurs et n’aiment pas d’autres. Ce désamour pour les enseignants est généralisé chez certains élèves. Si cela arrive, c’est alors l’enseignant qu’il faut interroger, car un enseignant ne peut pas être désapprécié de tous les apprenants qu’il tient ». Affiliation et désaffiliation sont au carrefour du parcours de l’apprenant au Secondaire. Face au taux d’échecs observés, on est en droit de se demander ce que fait l’État.

L’État dans la posture du singe : ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire

Ici, le maître mot, c’est la question de l’accompagnement des apprenants par des conseillers d’orientation et des psychologues. Il s’agit de donner aux apprenants l’occasion de s’exprimer sur leur vécu dans un cadre nouveau. Pour Patrick Houessou, il est important que des spécialistes puissent « écouter l’enfant sur tous les autres aspects des problèmes qu’il peut avoir et qu’il n’ose pas évoquer ». L’État doit donc créer un espace d’expression de ces spécialistes. L’État, selon le chercheur, doit aller au-delà du superflu qui consiste à créer les conditions matérielles et humaines de la rentrée. Il doit se focaliser sur la qualité des enseignants en présence et des conditions de travail des apprenants qui sont généralement loin des normes ergonomiques optimales pour un travail et une éducation de qualité. Pour ce faire, Patrick Houessou estime que « le travail que l’État doit faire n’est pas aussi extraordinaire. Il suffit juste de trouver un moyen de mettre l’homme qu’il faut à la place qu’il faut ». C’est à ces conditions que l’éducation retrouvera ses lettres de noblesse et que chaque nouvel apprenant va se sentir fils d’un pays, car la nation met à sa disposition les moyens humain et matériel nécessaires à son bien-être et à son éducation.

L’abattoir Socavol de Saint-Brandan, près de Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor), a été placé en redressement judiciaire par le tribunal de commerce. Une victoire pour les 74 salariés, qui craignaient une liquidation. Ils ont laissé éclater leur joie, ce vendredi devant leur usine.

« C’est vendredi 13, on va aller jouer au loto. » Les 74 salariés de l’abattoir Socavol à Saint-Brandan étaient sceptiques quant à l’avenir de leur entreprise. Mais le tribunal de commerce de Saint-Brieuc a choisi d’accorder un délai de six mois pour remettre sur pied cet abattoir, lâché subitement par son actionnaire basé au Bénin. Ce vendredi après-midi à 14 h, les salariés ont laissé éclater leur joie devant leur usine.

Leur emploi est sauvé !

Sébastien Ajavon, actionnaire principal de cet abattoir de poules de réforme vivant au Bénin, a demandé, la semaine dernière, la liquidation pure et simple de cette entreprise. Un véritable choc pour les 74 salariés, résidant dans le pays de Quintin au sud de Saint-Brieuc, et qui pour la plupart, ont travaillé toute leur vie dans cette entreprise.

Le directeur avait annoncé un peu vite la liquidation de l’entreprise à ses salariés en fin de semaine dernière alors que le tribunal de commerce ne s’était pas encore prononcé.

Choqués, les 74 salariés avaient installé un piquet de grève devant leur abattoir. Certains ont appris la décision du tribunal, ce vendredi, avec un petit esprit de... Lire la suite de l'article sur AfricTv

Chute du taux des plaintes des populations à l’endroit des réseaux GSM. Conséquence du travail de fourmis de l’Autorité de régulation des communications électroniques et de la poste (ARCEP-BENIN) pour rappeler à l’ordre les opérateurs de téléphonie mobile. En dix années, les langues confessent que l’ARCEP-BENIN a eu des ambitions et a innové.

Hilacondji, les 28 et 29 septembre 2017. Le téléphone portable gardé sur soi ne perd pas de réseau comme cela était le cas il y a deux ou trois ans. Zéro brouille en 2017 sur le tronçon Grand-Popo – Hilacondji, confirme Maxime, vendeur ambulant. Codjo, assis sur sa véranda, atteste ce confort dans les appels téléphoniques, « Nous n’avons pas connu de dérangement cette année sur les réseaux. Actuellement, notre objectif est de passer aux 4G. J’ai même un ami qui vient de l’activer … » Les raisons de cette amélioration de la qualité de service en matière d’émission et de réception des appels téléphoniques via les réseaux GSM sont évoquées dans le rapport général d’activité 2016 de l’Autorité de régulation des communications électroniques et de la poste (ARCEP-BENIN). Selon ce document, « Compte tenu des dysfonctionnements enregistrés sur les réseaux des opérateurs de téléphonie mobile dans les zones frontalières des deux pays et les évolutions technologiques intervenues ces dernières années dans le secteur des communications électroniques, l’accord de coordination et de partage des fréquences (…), signé en décembre 2010, entre le Bénin et le Togo, a été révisé en juillet 2016 ». En outre, renchérit le rapport, à l’opposé de 2015, deux contrôles de fonctionnement des réseaux ont été effectués par les équipes de l’ARCEP dans les zones frontalières avec le Togo. Et à force de renforcer ces contrôles, les plaintes des consommateurs ont baissé pour progressivement devenir  marginales tels que les signaux se dessinent dans le rapport de 2016 : « 117 plaintes ont été reçues et traitées par l’ARCEP en 2016 contre 284 sur l’année 2015 ». Et au nombre de ces plaintes, celles portant sur la qualité du service a chuté de 55 en 2015 à 18 en 2016. 

Malanville témoigne 

Les effets des actions de l’ARCEP sont également perçus à plus de 800 kilomètres de Hilacondji, dans la partie septentrionale du pays. Issouf, agent de la mairie dans la ville frontalière du Bénin avec le Niger, est fier d’affirmer : « Ici à Malanville, nous ne connaissons pas de perturbation de réseau. Nous téléphonons quand nous voulons et comme nous voulons ». Sa déclaration est corroborée par les tableaux statistiques de l’ARCEP relatifs au taux de couverture en superficie et en population des réseaux GSM. Un coup d’œil sur ces données indique que plus de neuf zones sur dix sont couvertes par les opérateurs des téléphonies mobiles et presque dix Béninois sur dix sont touchés par ces réseaux GSM. Des taux obtenus grâces aux différentes décisions de régulations prises au niveau de l’organe de régulation. Ce sont près de 19 décisions qui ont été prises par mois en 2016, renseigne le rapport général d’activités.

Inauguration de la nouvelle décennie

Et l’ARCEP n’entend pas s’arrêter à ces chantiers d’amélioration de la qualité de couverture et de service des réseaux GSM qui ont été son leitmotiv de 2007 à 2016. La preuve, elle ouvre sa nouvelle décennie avec le projet " de portabilité des numéros mobiles" qui est « la possibilité pour un abonné de conserver son numéro en cas de changement d’opérateur de téléphonie mobile », commente Rafiatou MONROU, ministre de l’Economie numérique et de la communication.  C’est une révolution, vante-t-elle, qui « contribue à l’amélioration de la qualité des réseaux et des services offerts aux consommateurs, à la réduction des prix et stimule la concurrence puis l’innovation ». Toutes choses qui montrent que les autorités ne se sont pas trompées en voulant « faire de l’ARCEP, une institution de régulation forte et de référence qui favorise le développement d’une économie numérique ». Une vision que doivent nécessairement partager les opérateurs de téléphonie mobile en optimisant leurs réseaux et en investissant sur les réseaux, suggère Sami Tabbane, l’un des consultants qui a audité l’ARCEP en lui traçant le chemin des nouveaux jours.   

 

Vadim QUIRIN

 

ARCEP, le personnel jeune au service de l’audace et de l’innovation

 Plus de huit agents sur dix ont moins de 40 ans à l’Autorité de régulation des communications électroniques et de la poste (ARCEP-BENIN). Un véritable atout qui colle au domaine mouvant de la technologie. Le rapport général des activités de 2016 apprécie cette richesse : « Cet effectif composé majoritairement de jeunes permet d’asseoir une politique de développement et d’expertises variées en matière de communications électroniques et de la poste ». Il faut noter qu’au 31 décembre 2016, le secrétariat exécutif de l’ARCEP comptait au total 96 agents dont 50 cadres, 25 agents de maîtrise et 21 agents d’exécution.

 

 

 

ARCEP, une référence en matière d’accès aux sources d’information

 

Sur dix offices de service public, l’Autorité de régulation des communications électroniques et de la poste (ARCEP-BENIN) peut être considérée comme la locomotive en matière d’accès aux sources d’information. Pas besoin de se déplacer pour consulter les rapports de 2007 à 2016. Un seul clic sur leur site internet et le tour est joué. Les décisions rendues, la synthèse des audits sont également accessibles sur le site. Force aussi l’admiration, la manière qualitative de présenter le rapport d’une année à une autre. Une simple présentation de forme qui force à reconnaître que sur dix années de régulation, l’ARCEP a évolué d’ambition en ambition.

 

A Cotonou, ville située en dessous du niveau de la mer, les eaux pluviales ne constituent pas à elles seules, une menace pour les populations. Dans cette agglomération urbaine, sans stations d’épuration, il y a pire : la menace des eaux usées.

De loin, un torrent noir, qui ne se distingue de la terre ferme que par les barques qui s’y flottent. De près, un flot intarissable d’eau, charriant toutes sortes de déchets, arrose la berge. Nous sommes à Ahouansori Tokpa, où s’achève, en permanence, une bonne partie des eaux usées de la ville. « C’est des eaux qui viennent aussi bien de Dantokpa que des quartiers voisins. Ça coule tout le temps, avec toutes sortes d’odeur », signale dame Geneviève, vendeuse de riz, installée sur l’une des canalisations qui se vide dans la lagune. Cependant, ce qui inquiète plutôt ces