Les populations d’Adounko ont tout pour vivre paisiblement, mais qui, paradoxalement, ne parviennent pas à émerger. L’absence de l’énergie électrique a handicapé le développement de cette région et le bien-être social a pratiquement disparu du quotidien des habitants.

Jean-Discipline Adjomassokou

Adounko est une localité située à environ 13 km à l’ouest de Cotonou partagée entre les communes de Ouidah et d’Abomey Calavi. Adounko Kpèvi et Adounko Ayignon relèvent de Ouidah tandis que Djèkpota centre, Adounko Daho et Aclakou Gbagoudo sont sous l’administration d’Abomey Calavi. Un vaste territoire où vit depuis plusieurs années une population de plus de 30 000 habitants. Les populations ont comme activités principales la pêche et l’agriculture. On y découvre aussi des temples des divinités comme le Zangbéto, Egungun, Dan, Oro etc. C’est une zone séparée par la mer, d’un cours d’eau qui porte le nom de la localité Adounko. Les berges lagunaires bordées de cocotiers favorisent le développement touristique intense. Une zone pittoresque et touristique qui attire plusieurs personnes à organiser des pique-niques et des rencontres en quête de calme et de repos. Le vent doux qui souffle sur la région adoucit l’ardeur du soleil et conduit tout visiteur à se balader même les pieds nus sur des chemins sablonneux à longueur de journée en écoutant les chants des oiseaux sans se lasser. Mais lorsque le crépuscule commence par tomber, Adounko change de visage, l’obscurité s’étend partout empêchant de voir loin. Tout s’évanouit dans le noir et là, Adounko présente un aspect de mélancolie et de dégoût. A ce moment, les visiteurs se pressent à quitter les lieux. Du coup, les rues deviennent désertes et la vie est insupportable. La raison fondamentale réside dans l’inexistence de l’énergie électrique dans toute la localité.

Nid d’insécurité

A 20h, nous nous pointons dans la concession de dame Viviane Sossou, vendeuse de bouillie à Adounko Kpèvi. Elle s’active à servir à manger à ses enfants. Elle nous exprime son sentiment sur la situation: «Notre vie est désagréable ici à cause du manque d’électricité ». Elle éclaire sa demeure avec une lanterne. Elle voulait aller remettre un colis à l’une de ses amies dont la maison est située à une centaine de mètres de chez elle. Mais elle se rebiffe à remplir cette obligation parce qu’elle a peur de l’obscurité. « Nous ne sortons plus de nos maisons  à partir de 20h car les agressions des bandits sont récurrentes », regrette-t-elle. Adounko est devenu depuis quelques années un nid d’insécurité. Les malfrats sèment la terreur dans la localité. Rien ne leur échappe. « Les maisons abandonnées et les parcelles inoccupées sont des lieux de refuge pour les hors la loi », a déclaré Monsieur Nestor Comlan Byll, chef des quartiers Adounko Daho, Djèkpota centre et Aclakou Gbagoudo. Les femmes sont les plus exposées surtout lorsqu’elles reviennent du marché ou de la ville la nuit. Elles subissent les pires traitements des malfrats qui les dépouillent de tous leurs biens et abusent d’elles. Ils disparaissent dans la nature sans être inquiétés après leurs forfaits. « L’éclairage de la localité pouvait nous permettre de combattre ce fléau. Mais hélas », a ajouté Monsieur Nestor Comlan Byll. La lumière n’étant pas disponible, les enfants de Viviane Sossou, allongés sur une natte en paille, repartiront le lendemain à l’école sans pouvoir apprendre leurs leçons.  

Un déficit qui plombe  l’activité  économique

Les localités d’Adounko regorgent des potentialités économiques et touristiques qui devraient leur permettre d’assurer un développement harmonieux. Malheureusement, cette localité abandonnée à elle-même ne bénéficie d’aucun projet pour favoriser son essor. Il n’existe pas de bars et restaurants, ni d’un atelier de soudure ou d’une scierie et encore moins d’une poissonnerie ou d’un centre informatique ou de photocopie ou encore moins d’une quelconque unité de production. Les activités qui nécessiteront l’utilisation de l’énergie électrique ne sont pas les bienvenues à Adounko.  Les femmes qui tentent d’obtenir des microcrédits sont souvent désillusionnées. Les activités tombent en faillite et elles se retrouvent avec des dettes. « Je n’arrive plus à vendre mes poissons frais parce que je ne peux pas les mettre au frigo et je suis en faillite. Je croule sous le poids des dettes », a expliqué Odette Zossoungbo, vendeuse de poissons frais à Adounko Daho. « Les activités de nos femmes ne prospèrent pas faute d’électricité », déplore Monsieur Nestor Comlan Byll. Il est également impossible de se procurer des glaçons pour étancher la soif. Le seul salon de coiffure, pour hommes, d’Adounko Kpèvi ne comble pas les attentes de sa clientèle. Son propriétaire Denis Ganmètognimon fait fonctionner son salon à l’aide d’un groupe électrogène. Ce moteur le lâche régulièrement et décourage sa clientèle. Il ne vit pas de son métier car il fait un chiffre d’affaires d’à peine 500 FCFA par jour. Les jeunes sont abandonnés à eux-mêmes parce que toutes leurs initiatives économiques se soldent par un échec. C’est le cas de Fulbert Anagonou, un jeune qui avait ouvert un bar à Adounko Daho, mais il s’est précipité pour mettre les clés sous le paillasson parce qu’il n’arrivait pas à refroidir les boissons avec même des glaçons.

Les toiles d’araignées et les risques

 Les habitants qui possèdent l’électricité dans leurs maisons à Adounko ont dû la tirer  depuis Cococodji  (la zone du Collège d’enseignement général Le Méridien) par le système archaïque et à risque appelé ‘’Toiles d’araignée’’ sur une distance de plus de 4 km. Pendant les saisons pluvieuses, les bois qui tiennent les fils électriques tombent au gré du vent dans l’eau ou sur la voie publique. Les femmes et les enfants sont souvent victimes d’électrocution. Parfois, certaines personnes mal intentionnées volent les fils électriques la nuit et plongent les propriétaires dans le noir. Mais les utilisateurs de ce système de toiles d’araignée ne sont pas du tout satisfaits de la qualité de l’énergie qui leur parvient. Ils assistent à la baisse permanente de tension ou à la coupure de longue durée de l’énergie électrique sans raison. Au domicile de Monsieur René Aballo cette nuit, c’est l’obscurité qui dicte sa loi. Il est alimenté par les toiles d’araignée. Ses voisins qui utilisent le même système disposent de l’énergie électrique. René Aballo ne comprend pas encore cette anomalie de ce soir. Il décide de faire le parcours à pied en compagnie de son fils pour vérifier l’état des toiles d’araignée à l’aide d’une torche. La mort dans l’âme, il constate que ses fils électriques ont été sectionnés et emportés par des inconnus. « Je suis malheureux », nous lance-t-il tout abasourdi. La seule Cafétéria Habib Lopez de Aclakou Gbagoudo fonctionne sur la base des toiles d’araignée. Mais son tenancier se plaint de l’augmentation des frais de consommation dont il est chaque fois contraint de payer. « Le transport de l’énergie par les toiles d’araignée nous coûte trop cher », a fait savoir Dadjè Habib, le tenancier de cette cafétéria. Beaucoup d’habitants viennent charger leurs portables auprès de ce dernier contre 100 FCFA. Il faut de longues heures pour charger un portable à cause de la baisse de tension. Mais également, Dadjè Habib déplore les dommages que subissent ses appareils électroménagers en raison des coupures intempestives et de la baisse de tension. Le jour où Dadjè Habib ne parvient pas à satisfaire ses clients, ceux-ci parcourent les 4 km pour charger leurs portables à Cococodji. Certains résidants de la localité qui ont opté pour l’énergie solaire subissent aussi des désagréments. C’est le cas de Monsieur Jean-Jacques Gbozèkpa Quenum, le chef quartier Adounko Ayignon, qui n’arrive pas à allumer son poste téléviseur à cause de la faible puissance de cette énergie renouvelable. Le conseiller Aurélien Zinsou, un élu local d’Adounko Daho est aussi victime de cette anomalie : « La puissance de l’énergie solaire est faible. J’ai dû remettre mon poste téléviseur à un ami de peur qu’il tombe en panne », avance-t-il. La nuit, les moteurs des groupes électrogènes vrombissent dans plusieurs maisons et empêchent même les occupants de dormir tranquillement. « Il n’est pas rentable d’utiliser un groupe électrogène. Je dépense plus de 30 000 FCFA pour le carburant chaque mois », a expliqué Monsieur  Cosme Adjovi, un opérateur économique d’Adounko Ayignon. Il regrette des dommages dont ses appareils électroménagers sont régulièrement victimes. « Il y a 3 mois, j’ai changé deux (02) ventilateurs et le poste téléviseur », a-t-il souligné.

Quid des infrastructures sociocommunautaires ?

Adounko est doté de quelques infrastructures, mais qui ne fonctionnent pas correctement en raison du manque d’électricité. C’est le cas du centre de santé d’Adounko Ayignon qui est aujourd’hui paralysé dans son bon fonctionnement. Dans cet établissement sanitaire, le calme qui y règne démontre la non fréquentation par les patients. Il est doté d’un aspirateur, mais par défaut d’électricité, cet appareil, dont le rôle est de désencombrer les nouveau-nés qui inhalent le liquide amniotique, est devenu un objet d’ornement dans le centre de santé. Il n’y a pas aussi un appareil frigorifique pour conserver les vaccins. Le personnel est toutes les fois obligé de se référer au centre de santé de Pahou à 15 km pour s’en approvisionner. Lorsque les vaccins ne sont pas disponibles, des infections comme le tétanos font des ravages dans la localité. « Lors des accouchements la nuit, j’utilise la lampe rechargeable », a expliqué l’infirmière Nanette Allakpa Bigo. Mais parfois l’énergie de la lampe s’affaiblit. « Là, j’écarquille les yeux pour pouvoir faire le travail et le drame peut survenir », a-elle ajouté. L’obscurité qui règne autour du centre de santé la nuit empêche les patients d’y aller pour se faire soigner.

Les écoles également ne fournissent pas souvent de bons résultats. . « Rares sont les élèves qui résident dans cette localité jusqu’à obtenir le baccalauréat », déplore Antoine Houessinon, le chef du village d’Adounko Kpèvi. Les parents pour la plupart font usage de lampions ou de lanternes à pétrole lampant pour éclairer leurs maisons. Les enfants ne bénéficient pas de cet éclairage pour réviser les cours. D’où le taux d’échec toujours en hausse chaque année avec l’abandon fréquent des études par les apprenants. Seuls, les parents ayant un peu plus de moyens financiers placent leurs enfants chez d’autres personnes à Cococodji, à Cotonou ou ailleurs pour pouvoir obtenir des résultats satisfaisants. Le centre de l’artisanat d’Adounko Kpèvi également ne s’anime pas comme il se doit, faute d’électricité. Pas de centres de loisirs ni de lieux de distraction pour les jeunes dans la localité.

Les démarches pour l’électricité dans l’impasse

Adounko est une région du département de l’atlantique qui était destinée à se développer plus vite que les localités environnantes. Mais le déficit de l’électricité a non seulement émoussé l’ardeur des bonnes volontés, mais surtout a sérieusement arriéré la localité. Une situation qui afflige véritablement Monsieur Rufin Agblo, l’un des jeunes dynamiques d’Adounko Kpèvi : « Regardez Cococodji, Akadjamè, Avlékété, Togbin et autres autour de nous où l’électricité fait le bonheur des populations. Mais ici, nous vivotons dans l’obscurité ». Effectivement, à cause du manque d’électricité, tous les quartiers d’Adounko n’ont pas pu connaitre un brin de développement. Une situation que ne comprend pas Monsieur Jean-Jacques Gbozèkpa Quenum, le chef du quartier d’Adounko Ayignon : « Nous menons les démarches auprès des autorités depuis plus de 20 ans, mais depuis, rien ».  Une situation qui complique l’existence humaine dans la localité. La vie est sérieusement perturbée sinon insupportable pour les habitants d’Adounko qui ont décidé d’y rester. Plusieurs personnes ont dû vendre leurs maisons pour aller construire à Hêvié, à Womey ou à Sèlolli Fandji, des localités déjà alimentées en énergie électrique.  Monsieur Byll Comlan Nestor indique que les autorités exigent le lotissement avant l’électrification d’Adounko. Or, les litiges domaniaux freinent les opérations de lotissement dans la zone. Il informe que les plans de voirie existent déjà et il suffit seulement d’alimenter Adounko si la volonté politique anime les dirigeants. Il souligne que l’inexistence de lotissement à Hêvié n’a pas empêché les autorités d’électrifier cette localité.

Les populations d’Adounko sont à bout de souffle dans les démarches pour l’électrification de leurs localités. Elles souhaitent voir des actes concrets et vivre comme tous les autres citoyens du pays en bénéficiant de l’énergie électrique pour améliorer leurs conditions de vie. Pour ces habitants, l’électricité passe avant le lotissement et l’adduction d’eau dans leur localité. Mais en attendant de bénéficier un jour peut-être de l’électrification, ce site culturel et touristique continuera de porter sa croix dans le noir.

 

 

  

 

 

Après leur brillante réussite aux épreuves du Baccalauréat 2018 et leur positionnement dans le peloton de tête sur le plan national, l’euphorie des premiers jours a laissé place à un silence sur leur avenir. Eux, ce sont les 10 premiers au Baccalauréat 2018. Une année après leurs prouesses, force est de constater que certains parmi les lauréats au Bac 2018 errent encore dans les rues et ruelles de Cotonou et environ dans l’attente de leur départ pour l’étranger (la France) afin d’y poursuivre leurs études supérieures. Surpris par leur présence à cette période de l’année universitaire sur le territoire national, votre journal Educ’Action a pris sur lui, l’initiative de faire la lumière sur les raisons d’une année universitaire perdue. Enquête !

Adjéi KPONON & Romuald D. LOGBO

27 août 2018, la presse est conviée à prendre part à la conférence de presse qui fera la lumière sur les efforts fournis par les 34.452 nouveaux bacheliers du Bénin afin de savoir lesquels sont dignes des privilèges accordés par le décret n° 2017-155 du 10 mars 2017 portant critères d’attribution des allocations d’études universitaires. Avec une moyenne de 17,81 sur 20,  Ismaël Gounou Adam Soulé occupe la première marche du podium entouré de Adam Bassimath, 2ième avec 17,77 sur 20 et Elom Kodjo-Kpakpassou sorti 3ième avec 17,36 sur 20. A cette rencontre Bienvenu Koudjo, Directeur de Cabinet du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique (MESRS), déclare que « ceux qui ont obtenu la mention Très Bien dans les séries scientifiques ont automatiquement la bourse d’excellence. Elle leur donne le droit de choisir les établissements qu’ils veulent pour continuer leurs études partout sauf au Canada » à condition d’être parmi les dix premiers comme le précise le décret suscité. S’enchaînent alors les cérémonies de récompense pour la belle équipe de 10 jeunes gens. Depuis lors, l’eau a coulé sous les ponts. La nature faisant sa sélection a permis à chacun de prendre son chemin, mais la grande majorité des bénéficiaires sont encore sur le territoire national. Et pour cause !

Les raisons de la présence des lauréats sur le territoire national …

Selon les précisions de Narcisse Akplogan, Chef service des formations à l’étranger à la Direction des Bourses et Secours Universitaires (DBSU), rencontré le 9 mai 2019 dans son bureau, « le problème maintenant, c’est qu’ils n’ont plus la possibilité d’aller au Canada, avec les nouveaux textes. Donc, ils choisissent majoritairement la France. Alors que, avec la période à laquelle les résultats sont proclamés ici, ils n’ont plus la possibilité de s’inscrire pour l’année académique qui doit s’ouvrir en septembre. Ils doivent donc se préparer pour l’année qui suit via Campus France ». Les dés sont donc jetés, la plupart des bénéficiaires de la bourse nationale d’excellence sont donc contraints de choisir la France pour continuer leur parcours dans une formation de pointe non disponible au Bénin. Toujours sur les raisons de leur présence à Cotonou et environs, la mère de la 2ième au Bac 2018 soutient que « Adam Bassimath n’a pas voyagé jusqu’à présent parce qu’après les résultats, nous nous sommes rapprochés de la DBSU où nous avons appris que les écoles ont déjà commencé là-bas [en France, ndlr], et si on arrive à trouver une admission, on pourra lui octroyer une bourse ». Sur ces mots des responsables de la DBSU qui font naître l’espoir en ce que sa fille ne perde pas une année, dame Idrissou Adam a poursuivi les recherches sur ces fonds propres, des centaines de milliers de francs. Hélas ! « Comme les écoles ont commencé, nous avons eu l’admission d’une école privée mais, à la DBSU, il paraît que c’est celle d’une école publique qu’il faut avoir obligatoirement. Ce que nous n’avons pas eu », a confié, déçue la mère de la deuxième du Bénin. Et pour cause, l’obtention de la bourse d’excellence est conditionnée par l’admission effective obtenue auprès d’un établissement public français. Ce qui n’a pas été précisé à cette brave dame soucieuse du départ de sa fille pour ses études universitaires en France. Et pourtant, cette posture semble bien être confirmée par Narcisse Akplogan qui rappelle que « nous ne nous engageons pas avec les étudiants pour l’obtention de leur inscription. Ils se débrouillent pour avoir l’inscription dans une université et ils constituent un dossier qu’ils doivent déposer à la DBSU ». A cela, dame Idrissou, rencontrée l’avant-veille, explique la démarche qui a été sienne dans la procédure : « nous avons reçu le courrier d’une école à laquelle nous avons écrit. L’établissement a expliqué que notre courrier a été reçu et qu’après étude, ils vont nous faire signe. Donc nous avons imprimé la réponse de l’école qu’on a jointe au dossier de Bassimath pour le déposer mais jusqu’à présent, nous n’avons pas eu de suite ». S’il est vrai que les lauréats ayant choisi des établissements sur le continent africain suivent déjà les cours, les raisons ne manquent pas pour expliquer finalement cette perte d’une année universitaire par les lauréats désireux de poursuivre leurs études en France. Des raisons que le cabinet ministériel de l’enseignement supérieur s’est refusé de nous fournir malgré nos multiples relances.

Le silence inquiétant et surprenant des autorités

Tout en regrettant le fait que les nouveaux étudiants perdent une année, le responsable des formations à l’étranger reconnaît qu’« on ne peut pas demander aux autres pays de changer leur procédure d’inscription à cause de nous ». De plus, il précise aussi que « c’est après le Bac que l’étudiant sait qu’il est parmi les 10 premiers ou pas. Il ne peut pas entamer le processus de Campus France plus tôt en se disant ‘’si jamais je suis parmi les 10 premiers, je vais partir’’ ». Rappelons-le, en matière d’allocation de bourses universitaires, la DBSU et la Commission Nationale d’Attribution des Bourses et Aides Universitaires (CNABAU) sont les bras opérationnels de la politique du gouvernement. Pour donner la parole à chacun des  acteurs concernés, nous nous sommes rapprochés des différentes autorités concernées dont le Président de la CNABAU, Rodrigue Honkpehedji qui a expliqué le refus du dossier du 1er au Baccalauréat qui aurait choisi une université canadienne. Injonction lui a donc été faite d’opérer un autre choix en France ou en Afrique. Un choix qui n’a pas été notifié à la commission jusqu’à la date du 22 mai 2019 où nous l’avons rencontré à son bureau.  Fouinant, nous avons eu vent de l’existence d’une équipe au cabinet du MESRS chargée du suivi des bénéficiaires de la bourse nationale d’excellence et dont le Directeur Adjoint de Cabinet (DAC) en serait le responsable. Toutes les tentatives pour interroger le DAC se sont révélées vaines. En effet, après d’infructueuses tentatives de rencontre par appels téléphoniques, nous avons adressé un courrier au Ministre à l’attention du DAC en date du 20 mai 2019. Dans l’optique de faire le suivi du courrier, une rencontre fortuite avec le DAC a eu lieu le 23 mai 2019 à l’occasion de laquelle nous lui avons exposé les faits sans réussir à l’interroger. Une autre rencontre fortuite a eu lieu le 30 mai 2019 où le DAC avoue avoir reçu notification du courrier, s’est carrément refusé de se prêter à nos questions, évoquant la possibilité d’une rencontre avec une personne plus indiquée le lendemain. Tous les appels émis dès lors par nos soins sont restés sans suite jusqu’à l’heure où nous mettons sous presse. Aux dernières nouvelles, le 1er (Ismaël Gounou Adam Soulé) est toujours au pays et espère un jour voyager comme la 2ième (Adam Bassimath), même s’il n’a voulu nous en dire mot de son quotidien en attendant son départ. Quant à Elom Kodjo-Kpakpassou, il est rassurant de savoir qu’il a réussi à décrocher une inscription locale pour sauver l’année universitaire tout comme Adam Bassimath.

Les cérémonies de décès du dernier roi d'Abomey, Dédjalagni Agoli Agbo ont officiellement commencé depuis le 11 août 2018. Elles ont duré plusieurs mois. Elles ont été constituées d'une succession de rituels, les uns aussi importants que les autres avec tout ce qu'ils ont de hautement sacré. Que savoir de ces rituels ? Nous avons fait pour vous une incursion dans l'intimité de la tradition dans la cité des Guédévi .

Dans le royaume du Danxomè, quand le Monarque rejoint ses ancêtres, le grand public n'est pas informé de ce qui se passe dans la discrétion. Seuls les fils majeurs dont le Vidaxo (successeur désigné du roi), c'est-à-dire ceux qui ont déjà une femme et une progéniture sont informés. Ceux qui sont mineurs, c'est-à-dire les moins de 15 ans ne le sont pas. Si le décès intervient par exemple autour de 18h, avant 21h, le Monarque est enterré déjà. Et n'importe qui ne participe pas à cet enterrement, seuls les plus proches y participent. 

On fait appel à des fossoyeurs spéciaux. Ils viennent de Houawé. Ils viennent devant le Palais. On prend une toile noire pour leur bander les yeux. On les amène au lieu qui a été choisi pour creuser la fosse devant servir comme dernière demeure du Monarque. Des fois avant sa mort, le Monarque même a déjà préparé son enterrement en apprêtant tout ce qu'il faut pour son ensevelissement. Il a déjà acheté le pagne avec lequel on va le couvrir. On l'appelle Xhalokpakpa (la main aux quatre doigts, sans le pouce). Sa longueur fait à peu près 18 mètres. Le roi est enterré sans cercueil. On le met dans son " Li, c'est-à-dire le tombeau après avoir fait tout ce qu'il y a comme sacrifices et libations. Quand on finit de fermer la fosse, on bande à nouveau les yeux aux fossoyeurs et on les sort du Palais.  Ils ne devront plus jamais remettre les pieds à Abomey, sauf si un autre Monarque rejoint ses ancêtres. Personne ne doit savoir aussi que c'est eux qui ont fait la fosse qui a servi à ensevelir le roi. Après çà, la vie redevient normale au Palais. Pas de fuite d'annonce du décès du roi.

En attendant le sacre du futur roi, c'est le premier ministre du roi qui libère les affaires courantes du royaume. C'est à eux d'annoncer la date à laquelle la mort du Monarque sera rendue publique. Ce délai peut être plus de trois mois. Mais jamais moins de trois mois. Cette annonce s'appelle Assikplata ou le Zankoukou . Toute la famille royale se rassemble, croise les bras sur la tête dans une lamentation prolongée pour annoncer ensemble la disparition du Monarque. Cette lamentation d'ensemble commence depuis la maison jusqu'à l'extérieur de celle-ci.  Ce cri est accompagné du Zinli (41). Et c'est en ce moment que les sujets, c'est-à-dire la population apprend la maladie en même temps que la mort du roi. Personne ne verra son corps. Mais tout le monde est convaincu de ce qu'il est réellement mort. Il faut préciser qu'avant l'annonce officielle, aucun tambour ne doit résonner dans le royaume. Pas de cérémonie bruyante.  

Après la cérémonie des 41 Zinli, des sacrifices et autres libations se font. Mais pas au vu et au su du grand public. La famille continue aussi de recevoir les condoléances des uns et des autres. Dans l'ancien temps, lorsqu'on met le roi dans son  Li, on ferme la fosse jusqu'au 3/4 et le 1/4 qui reste demeure ouvert. C'est le jour du Assikplata qu'on ferme 1/4 qui reste. C'est ça ce qu'on appelle le Zankou.

Pour être plus précis sur les rites funéraires royaux dans le royaume du Danxomè, signalons qu'une  pratique ancienne consistait à faire accompagner le défunt souverain d'une partie de ses épouses et de quelques-uns de ses serviteurs. Un Vidaxo comme le prince Ahanhanzo fut aussi accompagné dans son sépulcre par un jeune serviteur Nagot qui est désormais représenté dans le Assin de la collectivité Ahanhanzo comme membre à part entière de la famille.

À en croire les historiens, cette pratique n'est pas une invention du royaume du Danxomè et était déjà connu dans l'Égypte antique. De façon précise et selon d'autres sources que nous avons consultées, tous les rois du Danxomè se font enterrer par 41 de leurs épouses. Mais aujourd'hui, la tradition a évolué et aucune épouse n'accepterait de nos jours qu'on l'enterre avec son époux quoiqu'en soit le degré d'amour. Quand ont fini le Zankou, c'est la question de succession du roi défunt qui devient la préoccupation majeure.

Dans l'ancien temps, la succession précède les obsèques du roi défunt. Dès qu'on a fini l'ensevelissement du roi défunt et qu'on a congédié les fossoyeurs, les cérémonies d'intronisation du prochain roi débutent puisqu'il était déjà connu et c'est lui qui se chargera d'organiser les obsèques de son père, le roi défunt. Mais de nos jours, il est difficile de le faire car la succession n'étant plus automatiquement patrilinéaire, toutes les lignées royales aspirant à désigner le successeur. 

Les détails du Assikplata 

Généralement, pour annoncer le départ d'un roi vers ses ancêtres, c'est un des Migan qui vient porter la nouvelle aux sujets du roi, c'est-à-dire le peuple. Le Migan lui-même est informé par le Tavi qui est le premier responsable des pompes funèbres royales. C'est lui qui est installé sous le grand parasol qu'on remarque souvent à des occasions solennelles. Il a la réputation de parler très peu. C'est lui qui constate le décès et informe le Migan qui, à son tour, vient porter la nouvelle. Dès que l'information est donnée, il y a un certain nombre de rythmes qui retentissent.  

 

D'abord avant qu'on annonce le deuil, il y a le rythme qui annonce la sortie du roi qu'on appelle Dogba. Ce rythme est précédé du Kpalingan qui loue d'abord le roi. Et c'est après ça qu'on vient annoncer la mort du roi. Dès qu'on annonce le décès du Souverain, il y a des coups de canon qui sont tirés (au total 41). Dès que le premier coup de canon part,  nous avons une série de 41 groupes de Zinli qui commencent par jouer tous au même moment. Et c'est ça qui annonce le deuil. On les laisse jouer pendant un certain temps. Et pendant qu'ils jouent, les fils du roi défunt, les Gbonougan (Ministres du roi)...sont officiellement autorisés à pleurer. C'est pour cela qu'on appelle ce moment en fongbé (langue fon) Assikplata , c'est-à-dire porter les mains à la tête. Cette posture exprime bien l'attitude de quelqu'un qui est dans la détresse. Celui qui a perdu uniquement son père utilise la main gauche. Celui qui a perdu uniquement sa mère utilise la main droite. Celui qui a perdu les deux parents utilise les deux mains. Après ça, on les invite à s'asseoir. 

 L'animation par les 41 Zinli va se poursuivre et ceux qui s'occupent des pompes funèbres royales viennent avec des morceaux de percale, avec de l'argent et des bouteilles de Gin royal (liqueur). Chaque musicien qui est sur le vase en pot de terre reçoit un foulard, de l'argent dans le vase et la bouteille de Gin qu'on lui porte à la bouche. Ce geste sera répété au niveau de chaque musicien. Le morceau de percale qui leur a été remis est entouré autour du vase. Et c'est cela qui signifie en fongbé, Yé bla ta nou Zinli lè (on a coiffé les Zinli ). Pendant que l'animation se poursuit, tous ceux qui veulent, peuvent déposer des présents pour accompagner les enfants éplorés et la famille royale. C'est ça le Zindo de façon générale. Mais dans le cas d'espèce, on parle de pleurs. C'est-à-dire on a pleuré pour le roi (yé yavi nu dokounon). 

À la fin, on fait le point de tout ce qui a été collecté. L'annonce du montant global est faite publiquement. C'est après cela que les gens vont se retirer et on va programmer l'arrivée du Honton, l'ami du roi. C'est lui qui se charge de faire le Godido qui est une étape très importante dans les obsèques du Souverain et qu'on ne doit pas négliger. Le Godido est une cérémonie qui permet à l'ami intime du défunt de venir le couvrir d'une manière particulière aussi avec le Godo qui est en fait le calicot, un genre de sous-vêtement. Il est fait d'un petit morceau de tissu avec lequel on couvre le sexe. Le cadavre doit être protégé à partir de ses orifices pour éviter la décomposition rapide. Seul celui qui vous est vraiment cher peut jouer ce premier rôle, c'est-à-dire boucher les orifices du cadavre avec le Godo. Et la partie qu'on protège, c'est le sexe. Donc c'est l'ami intime du défunt qui fait le Godido. Après on prend une natte traditionnelle Kplakpla , on ajoute une bouteille de liqueur (de préférence Gin royal) avec un litre de Sodabi (liqueur de fabrication artisanale), du tissu percale, un tissu traditionnel qu'on appelle Avogan. On attache les deux extrémités de la natte traditionnelle. Tout est porté par un enfant à l'extérieur de la concession mortuaire. C'est depuis la voie qui mène à la maison mortuaire qu'on commence par animer. Quand on arrive à l'entrée de la maison, on décharge le jeune homme, on lui donne de l'argent. 

Au cours de la cérémonie Godido , l'ami intime qui est venu couvrir les orifices vulnérables de son ami défunt raconte la vie du défunt du début de leur amitié jusqu'à la mort du défunt, notamment les derniers moments vécus ensembles. Tout ceci est raconté à une vedette de la chanson traditionnelle qui le met en musique. C'est généralement un moment pathétique où il y a beaucoup de pleurs et de lamentations. Pendant que la vedette est en train de magnifier le roi défunt, pendant qu'il est en train de chercher les mots les plus sensibles pour accrocher les parents du Souverain défunt, il reçoit beaucoup d'argent. Après, il fait le point de ce qu'il a reçu et il rend compte. Dès que le Honto ouvre le bal, tous les amis possibles du défunt Monarque passent pour présenter leurs condoléances. Après ce rituel de Godido, il y a ce qu'on appelle le Agounnon Zinli. Les enfants vont amener leurs différents Zinli qu'ils vont jouer. Après, les différents dignitaires, les Gbonougans...vont aussi jouer. Les frères du défunt souverain vont aussi amener leurs groupes de Zinli. Agassou viendra animer. Le Zomadonou viendra pleurer son père à travers son rythme Kpézin, ainsi de suite. C'est ce qui fait que la cérémonie dure plusieurs jours. Après tout ceci, les enfants seront marqués à travers un rituel qu'on appelle yé na dé ko. Ils iront au marché avec une petite forme de tatouage de terre rouge au front, à la poitrine et au bras. Au marché, ils vont rencontrer le responsable du marché qui est à Zomadago . Il les reçoit. Après avoir reçu des présents de leur part, celui-ci les autorise à faire des emplettes. Après les emplettes, ils retournent dans la maison mortuaire. Et c'est à ce moment là que le Chef des pompes funèbres viendra encore s'asseoir pour le chió didi, c'est-à-dire l'enterrement proprement dit qui marque la fin des rituels.

La succession au trône 

C'est le Vidaxo qui succède au Monarque qui a rejoint les ancêtres. Maintenant, il y a diverses catégories de Vidaxo. Normalement, c'est le fils aîné qui est le Vidaxo. Pour le désigner, il faut aussi qu'il réponde à certains critères. S'il est frappé par ces critères, il ne peut pas succéder à son père. Il faudra alors descendre au niveau de ses frères. Si dans ta vie tu as tué, tu ne peux pas accéder au trône. Si tu es un voleur, tu es exclu. Si tu as commis une fois l'adultère, tu es éliminé de la course au trône. Si tu es porteur d'une infirmité physique et visible, tu ne peux plus être successeur au trône. Tu dois avoir sur chaque main les cinq doigts. Si par mégarde il y a une malformation au niveau de ta main et que tu as un 6è doigt, tu es exclu. Un successeur au trône ne doigt pas souffrir de bégaiement. Voilà donc pour ce qui est des critères. 

Dans le cas d'espèce, un fils de feu Dédjalagni Agoli Agbo peut bien lui succéder car lui aussi a succédé à son feu père, TogniAhossou. Ce dernier aussi a succédé à son grand frère du nom de Kodo qui est devenu roi sous le nom fort de Ayi dó dò do. C'est lui qui a remplacé en 1940 Agoli Agbo, le dernier Monarque d'Abomey. Globalement donc tout c'est passé de père en fils. Donc c'est bien possible qu'un fils du roi Agoli Agbo qui vient de nous quitter lui succède au trône. Mais il y a une précision de taille à apporter. La royauté est rentrée dans trois familles : les fils de GLELE, les fils de Béhanzin et ceux de Agoli Agbo. Béhanzin a déjà régné. Agoli Agbo aussi. Normalement, cela doit remonter aux descendants de GLELE. C'est ce qui se rapporte. Je ne sais pas si les GLELE ont déjà désigné en leur sein celui qui portera la charge. S'ils ne parviennent pas à en trouver, appel sera fait aux enfants de Béhanzin. Mais là aussi, ce n’est pas encore la parfaite entente. 

Le premier ministre du roi ne peut en aucun cas lui succéder. Il n'est pas prince. Le roi en fait est un étranger au royaume. Il est originaire d'ailleurs, selon l'histoire. Or les gens d'Abomey sont des Guédévi. Le roi est à moitié né dans le peuple et à moitié né dans la famille royale. Sa maman doit être fille d'esclavage ou Guédévi. Mais il est impossible que son papa soit prince et que sa maman soit Princesse. Bref il ne faut pas être de sang royal pur. 

La succession au trône suit des normes bien précises. Elle s'organise sous l'autorité du fils aîné de la famille royale des Houégbadja. On l'appelle Agbohèssou. C'est du moins ce que révèlent les sources que nous avons confrontées. Au temps de GLELE, on a choisi Mèlé pour organiser avec Agbohèssou cette succession. Malheureusement, GLELE était encore en vie quand Mêlé a rejoint les ancêtres. Il n'a donc pas véritablement participé à l'organisation de la succession.  Mèlé ne peut d'ailleurs même pas régner. Son Papa est Prince et sa mère Princesse. Et c'est pourquoi à l'époque les Ahanhanzo ont été conviés. Malheureusement, GLELE était en vie quand Ahanhanzo a aussi rejoint les ancêtres. Il n'a pas pu régner.

Dans la succession au trône des Houégbadjavi, le Fa joue un rôle éminemment important. En effet, quand aucun critère ne frappe le candidat à la succession, on fait appel au fa. On le consulte pour voir si le prétendant peut vraiment régner sur le trône et répondre aux aspirations de ses sujets. Ceux qui consultent ce fa, c'est les Bokonon de Dadah , c'est-à-dire du roi. Et ces Bokonon sont : Djissa, Lanhoussi, Guèdègbé, Holo,...Ils sont tous réunis dans le Palais. Chacun explique selon sa science ce qu'a révélé le fa sur le successeur au trône. 

El-Hadj Affissou Anonrin

 

Un jugement rendu il y a 49 ans, exécuté il y a 48 ans, est ressuscité depuis quelques années par certaines personnes pour exproprier des propriétaires terriens à Hêvié, Tori Avamè et Houèdo. Conséquence, les déguerpissements opérés sur des dizaines d’hectares sèment la terreur et les victimes soupçonnent une manipulation grossière de la justice et des autorités locales.

04 avril 2012. Il y a comme un tremblement de terre chez Edouard Codo, lorsqu’il reçoit une signification de jugement qui lui enjoint de déguerpir d’un domaine qu’il a acquis depuis 1993 à Hêvié, dans la commune d’Abomey-Calavi. Ce sont les héritiers de feu Tchin A. Affodji qui lui opposent cette décision de justice. Celle-ci a été prise sur la base d’une autre décision réputée prise le 14 novembre 1970 et qui octroie à leur parent un domaine sur lequel se serait retrouvé Edouard Codo. Effaré, le retraité ne sait quoi faire et assiste impuissant à l’assaut contre ses biens.

Comme lui, une centaine d’acquéreurs de parcelles sont sous les mêmes menaces d’expulsion et de déguerpissement forcé. Une ordonnance, n°10/1CRC/16 du 14 juin 2016 liste ainsi une vingtaine d’acquéreurs que le tribunal de première instance d’Abomey-Calavi ordonne d’expulser, à la requête des mêmes héritiers de feu Tchin A. Affodji. Concrètement, ce sont près de 200 hectares qui sont concernés par cette opération inédite, allant de Tori Avamè à Hêvié jusqu’à Houèdo.

Là où le faux se révèle

Malgré la violence employée pour exécuter cette décision de justice, des témoins n’ont pas manqué de dire ce qu’ils savent des terres objets de litige.

Eunagnon Trékpo est l’un de ces courageux. Il est un témoin vivant du jugement d’homologation du procès-verbal de délibération du conseil de famille des héritiers de feu Tchin A. Affodji. « Les héritiers de feu Tchin A. Affodji ne sont propriétaires d’aucun domaine de terre sis au lieudit Djogbé Sato à Hêvié comme le rapporte le jugement d’homologation du procès-verbal de délibération de conseil de famille, dans lequel mon nom est cité comme témoin », avoue le vieil homme. Il déclare sur l’honneur que les domaines ayant fait l’objet du jugement de novembre 1970 ont déjà été morcelés et vendus. De fait, il s’est avéré impossible de retrouver au greffe du tribunal de Cotonou, le jugement 165 bis du 14 novembre 1970, sur la base duquel les ayant-droits de feu Tchin A. Affodji fondent leurs actions.

En dehors des tentatives individuelles qui ont échoué, le greffier en chef du tribunal de première instance de Cotonou n’en trouve pas trace jusqu’ici dans les archives de la juridiction. Sollicitée à deux reprises par des huissiers de justice requis à cet effet, elle a régulièrement signifié que les fouilles opérées n’ont pas permis de retrouver la décision initiale que brandissent pourtant les pseudo propriétaires terriens. Le 28 décembre 2018, maitre Désirée Tossounon Zakari A. greffier en chef du tribunal de première instance de Cotonou, suite à la requête de l’huissier Antoine C. Lassehin, n’a pas dit autre chose. « Les recherches effectuées à ce jour pour vérifier l’existence réelle du jugement civil dit N°165 bis rendu le 14 novembre 1970 sont demeurées infructueuses. Lesdites recherches se poursuivent », assure la femme de droit. Les propriétaires spoliés de leurs biens soupçonnent alors un faux grossier, une falsification de décision de justice qui a déjà permis d’arracher des familles entières de leurs maisons.

Un mode opératoire rocambolesque

Un collectif des victimes a été formé. Il compte aujourd’hui environ une centaine de personnes. De fait, les recherches ont permis de découvrir que le jugement introuvable 165 bis ressemble trait pour trait à un autre jugement, 167 du même jour 14 novembre 1970, par lequel le même tribunal de Cotonou connaît du cas de Tchin A. Affodji face au sieur Mèhounou Kouton. Sur le même dossier opposant les mêmes parties, le tribunal de Cotonou est ainsi censé avoir pris le même jour deux décisions absolument identiques, en affublant l’une d’elles de la référence 165 bis. Un témoin de l’époque, Tchoudi Hodaï admet formellement que ledit jugement a déjà été exécuté depuis 1971, les domaines concernés ayant été morcelés et vendus depuis longtemps par leurs ayant-droits. « C’est à tort qu’ils font établir des titres fonciers sur Djogbè Zoungo, titres qu’ils transposent à volonté sur d’autres localités en cas de résistance des vrais ayant-droits », déclare –t-il.

C’est là en effet que le dossier se corse. Sur la base du jugement dont personne ne trouve trace au greffe du tribunal de Cotonou, les ayant-droits de feu Tchin A. Affodji se sont fait établir des titres fonciers, notamment depuis 2013. Les victimes n’hésitent pas alors à parler de « faux et usage de faux ». Ils se confient au président et au procureur de la république près le tribunal de première instance d’Abomey-Calavi à travers un mémoire déposé le 11 janvier 2019 auprès de cette juridiction. Dans ce document, ils font observer qu’il s’agit d’un « jugement imaginaire qui reprend le caduque 167 de la même date dans ses qualités, motifs et dispositifs. » Mais il n’a pas suffi de reprendre mot pour mot le jugement 167, il a fallu également obtenir la complaisance d’une bonne partie de l’administration foncière, au plan communal et central, mais aussi de solides complicités au sein de l’appareil judiciaire.

Chaque fois que les titres fonciers douteux font l’objet de dénonciation et de résistance farouche de la part des acquéreurs vigilants dans une localité donnée, la manœuvre se déplace ailleurs, toujours dans la zone, au grand dam des acquéreurs dont la quiétude est ainsi mise à rude épreuve. En attendant d’ouvrir un pan de cette autre manœuvre, on peut souligner que bien que la cause soit déjà au tribunal, les déguerpissements et altercations se multiplient dans la commune d’Abomey-Calavi.

Olivier ALLOCHEME 

Au Bénin, l'agriculture constitue le secteur le plus important de l'économie. Les filières maïs et soja, très prisées sont sujettes à de nombreuses transactions et leur exploitation transfrontalière en dit long. La place de l’informel dans ce commerce n’est non plus à négliger. En vérité existe-t-il un écart entre les chiffres officiels d’exportation et la réalité sur le terrain ? De Parakou à Malanville en faisant un détour à Nikki et à Tchikandou, notre enquête parcourt le trajet des exportations du maïs et du soja.

Marie-Louise Félicité BIDIAS

Gros porteur chargé de maïs

Dame Delphine, la quarantaine, grand foulard en tissu pagne noué sur la tête et un autre aux reins, s’active depuis ce matin. D’ici peu, son stock de maïs doit partir en direction de Malanville. Commerçante saisonnière, elle a l’habitude d’acheter le maïs à bas prix dans les villages environnants de la ville de Parakou, située à environ 400 km de Cotonou. Tous les six mois, elle le conditionne, le stocke et l’exporte à bon profit. Et ce jour, deux camions postés devant son magasin doivent faire le plein pour la frontière.

 Des heures plus tard, des gros camions chargés à l’extrême, à la  queue-leu-leu, se dirigent vers l’entrée de la ville de Malanville. Sous l’un d’eux, entièrement recouvert d’une bâche poussiéreuse, repose paisiblement sur un lit de circonstance, suspendu entre quatre boulons, son conducteur. Indifférent à tout ce qui se passe autour de lui, il récupère. Son trajet lui a donné du fil à retordre !

Malanville, le comptoir des exportations

Avec plus de 261 693 habitants (recensement de 2013), cette ville commerciale, couloir de spéculation par excellence, est situé à 738 km et à 8h de route de Cotonou. Avec le fleuve le Niger, dans sa partie septentrionale, elle est reliée par un pont de 600 m de long, à la ville Gaya au Niger. Sur plus d’une centaine de mètres, l’affluant donne peu de garantie sur la maitrise du flux des échanges entre les deux pays. C’est une maigre et faible barrière contre la contrebande. La frontière Est de la ville donne sur le puissant Nigéria. Les autorités douanières déplorent toujours l’insuffisance de moyens pour effectuer les contrôles du trafic fluvial.

Au cœur des transactions multiformes, le marché international de Malanville est le reflet d’une activité commerciale formelle et informelle. Les barrières commerciales à l’entrée et à la sortie du marché sont régulées par des commerçants organisés en associations ou en groupements informels. Les relations commerciales se basent en majorité sur des commandes verbales et des négociations. Les camions sont chargés aussi bien de denrées de première nécessité que de produits viviers dont le maïs et le soja. En 2004, déjà, près de 2000 tonnes de céréales transitaient chaque semaine par ce marché, révèle Guy-Michel Bolivi, dans une étude du Club sahel et l’Afrique de l’Ouest.

Nikki et Tchikandou

Du côté aussi de Nikki, en direction du Nigéria et à 529,7km au nord de Cotonou, on note aussi une effervescence. Le soja et le maïs produits dans cette région sont commercialisés à au moins 80% vers le Nigéria et le Niger, gros consommateurs de ces produits. De Nikki, le transport se fait généralement en camions jusqu’à Tchikandou, dernier village à la frontière avec le Nigéria et situé à 22 km. Des transactions semblables se passent mais, cette fois-ci, en direction du géant Nigéria où ces produits sont très sollicités. 

Camion stationné à Tchikandou

Le maïs et le soja, produits d’exportation très prisés

La campagne 2017-2018, fait mention de 1 600 000 tonnes de maïs produits, contre 1 200 000 tonnes pour la campagne 2016-2017. Le Bénin mise de plus en plus aussi sur le soja. Très prisé, très nutritif, ses produits dérivés sont bon marché. La production de soja entre 2007 et 2016 a été multipliée par plus de 10. Elle vaut 156 901 tonnes. Le sac de 100 Kg de soja coûte 20 000F Cfa tandis que celui du maïs coûtent 13 000 F CFA, au marché « Dépôt » de Parakou.

A la Direction générale des Douanes et des droits indirects de Cotonou, l’inspecteur Assouma-Amadou Sahabi explique les taxes requises pour exporter ces produits. La Taxe de voirie, pour l’entretien des voies au profit des collectivités. La Redevance informatique (10 000 F CFA/déclaration), la Taxe statistique (1% de la valeur en douane). En plus et depuis 2018, la Contribution à la recherche agricole. Pour le maïs et le soja, elle s’élève à 10 F CFA par Kg de produit. Non sans oublier aussi le certificat sanitaire/phytosanitaire auprès du Ministère de l'Agriculture.

L’exportation lutte avec l’informel

L’économie du Bénin est basée à plus de 70% sur l’agriculture avec plus des deux tiers de la population active dans ce secteur. Selon l’Institut de statistique et de l’analyse économique (Insae), les exportations au Bénin ont atteint 165,84 milliards de F CFA au 2ème trimestre de 2017 contre 96,86 milliards de F Cfa au 1er trimestre 2017.  

Les flux informels entre le Bénin et le Nigéria, s’élèvent à 4,9 milliards de dollars, selon, la Banque mondiale, dans le rapport sur l’actualisation de l’étude diagnostique pour l’intégration du commerce pour le Bénin. Pour les experts, le caractère informel du commerce parallèle soustrait des pans entiers de l'économie nationale hors du champ de l’impôt et de la réglementation. Il alimente le cercle vicieux de l'informalité, des distorsions et de la pauvreté. Par ailleurs, des marchandises de plus de 800 millions de dollars traversent les frontières du Bénin d’une manière frauduleuse chaque année, principalement du fait de petits commerçants (‘’Enquête Ecene extrapolée sur une année’’). La moitié des échanges légaux nationaux ne bénéficiant pas des réductions tarifaires disponibles sur papier.  

Les statistiques officielles des exportations du Bénin pour 2011 représenteraient moins de la moitié (environ 44 %) des exportations réelles, affirme la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao). Ce sont 2,1 milliards de FCFA d’exportations informelles sur une période de dix jours en 2011, contre un chiffre officiel au prorata de 4,6 milliards de FCFA. Les chiffres officiels ne représentent que 70 % du niveau réel du commerce.

Chiffres officiels mais réalité du terrain oblige

Il demeure toujours difficile de quantifier avec précision le coût exact de l’exportation des produits vivriers comme le maïs et le soja par voie transfrontalière.  Aucune trace, au niveau des autorités, de la quantité de produits passant les frontières au moyen de pirogues, après un premier trajet en charrettes, à motos, en bicyclettes ou même à dos d’âne. La non-maîtrise du flux commercial transfrontalier constitue un réel manque à gagner. Mais pour la Douane, en réalité, les taxes à l’exportation des produits vivriers sont étudiées en conséquence, afin d’encourager l’exportation. Selon elle, la levée d’interdiction d’exploiter le maïs a levé le coin de voile sur l’exploitation illicite de ces produits vivriers. Mais, l’incivisme et l’ignorance poussent toujours certains sur le chemin de l’informel. Pour le chef de service des usagers de la Douane, la Direction de renseignement et d’enquêtes douanières, les Services d’intervention rapide, en permanence, font la recherche. Ceci afin de réprimer la fraude sur toutes ses formes sur leur territoire de compétence, en dehors des bureaux de douane.

Cet article a été rédigé par ‘’Mayro Magazine’’ dans le cadre de "La Richesse des Nations’’, un programme panafricain de développement des compétences médias dirigé par la Fondation Thomson Reuters. Plus d’informations sur http://www.wealth-of-nations.org/fr/ .

La Fondation Thomson Reuters n’est pas responsable des contenus publiés, ceux-ci relevant exclusivement de la responsabilité des éditeurs.